Conte: Une princesse, un dragon, etc. …

1 septembre 2010 à 22:55 | Publié dans Princesse des Roses, Sappho | 2 commentaires
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Il s'agit du château de Neuschwanstein.

Le roi Oikonomos d’Ishys voulait pour sa fille unique, le plus valeureux et le plus brave des époux, idéalement un prince de grande vigueur et de grande valeur. Il avait perdu son épouse peu de temps après la naissance de sa fille, elle n’avait pas supporté les rigueur du plus terribles des hivers qu’ait connu le pays depuis des siècles. Oikonomos aimait tant sa femme qu’il ne pu se résoudre à se remarier, aucune femme ne trouvant valeur à ses yeux, aucune digne de succéder à la défunte reine, mais surtout aucune digne de devenir la belle-mère de sa fille Leukô.
C’était une splendide jeune femme en devenir, la fierté de son père, le plus précieux des trésors du palais aux yeux du roi qui ne lui donnait que le meilleur en tout.
La jeune fille grandissait et la question de son mariage allait devenir une question d’actualité dans quelques années. Aucun des jeunes hommes qu’il voyait à la cour ne lui semblait digne de sa fille, d’autant plus qu’elle et son époux hériteraient de son royaume à sa mort. Derrière chacun, un arriviste assoiffé de puissance pouvait se cacher. Le roi ne savait comment s’y prendre pour être sûr de son choix. Aussi, invita-t-il de nombreux sages, mystiques et savants en plus de son conseil pour réfléchir à comment s’y prendre pour être sûr que son futur gendre ait toutes les qualités qu’il lui voudrait, car entretemps il voulu encore mieux pour sa perle de fille.

Ce concile s’éternisait et était interminable, personne n’était d’accord, à tous, plus de mille idées s’opposaient, toutes la meilleure, et au bout d’un an, puis deux, puis trois, puis le roi Oikonomos en eu assez. Il les fit tous saisir et amener dans sa salle du trône. L’expression furieuse, il s’adressa à eux:

– Vous avez une semaine! Au matin du huitième jour, un seul d’entre vous se présentera devant moi pour vous représenter tous. Cela fait trois ans que je vous entretiens et que j’attends la solution à la question que je vous avais posée. J’ai l’impression de vous avoir engraissé inutilement, aussi, si la solution ne me convient pas, je récupèrerai mon argent en vous vendant comme esclaves lettrés. Et si un de vous pensait à s’enfuir, à ne serait sortir de l’académie que vous m’avez fait construire, je serai prêt à donner à mes chiens la plus savante des nourritures qu’ils n’ont jamais eu.
Suis-je clair?

Un silence absolu régna sur le salle un moment, jusqu’à ce que le fou rire d’un musicien de la cour n’explosa, ne diminuant en rien la terreur qui s’était emparé de la foule des savants. C’était Mankas, un jeune musicien et poète, il s’était fait une spécialité ces trois dernières années de railler ceux qu’il surnommait « les ventres savants ».

Conduits à l’académie, la panique s’empara des savants et chacun courait dans tous les sens à la recherche du plus sage d’entre eux. Etrangement, plus aucun ne se définissait comme tel.
Qu’allaient-ils faire? Qu’allaient-ils donner comme solution au roi? La panique montait!
Soudain, dans leur folie, une idée survint! Le plus jeune d’entre eux devait être celui qui aurait le plus à perdre, car ayant le plus de temps de vie. Une fois de plus l’affolement survint, quand ils virent un jeune garçon, ah non, il était le plus âgé, il avait trouvé un secret pour rajeunir. Mais si! S’il peut rajeunir, c’est lui qui a le plus de temps de vie à perdre! Il fut désigné aussi tôt pour être celui qui allait répondre au roi. En plus, si il est si âgé, s’il a trouvé un tel secret, c’est sûr, c’est lui le plus sage d’entre tous!

Il n’y avait qu’un problème, que tous ignoraient, il s’agissait bel et bien d’un garçonnet, son maître l’avait fait venir auprès de lui en racontant une histoire abracadabrante pour faire payer ses services très chers. Malheureusement pour l’enfant, son maître était mort d’un accident à cause d’un accident, une soirée un peu trop arrosée… Il n’avait jamais osé dire la vérité par la suite, de peur d’être puni.

Arriva ainsi le huitième matin…
Toute la cour du roi Oikonomos était présente, tout le monde voulait savoir quelle allait être la réponse des sages. Même la princesse Leukô était là, pour savoir enfin ce qui l’attendait… Bien évidemment le sarcastique Mankas était à l’affut de la réponse, dubitatif.
Enfin, le « troupeau » de sages fut amené et leur représentant, terrorisé, appelé à sortir du groupe pour se présenter devant le roi… Ce dernier parut surpris, mais continua:

– Alors savant, quelle est votre réponse?
– Faites amener votre fille dans une tour, faites garder cette tour par un dragon, et le prince qui vaincra le dragon sera digne de l’épouser.

L’assemblée resta stupéfaite de cette réponse. C’était digne d’un conte de fées!
Le rire de Mankas brisa encore le silence avant que les murmures se fassent dans toute la salle du trône. Les savants blêmirent en pensant à la réponse qui avait été faite au roi, chacun aurait fait une réponse plus mature et plus sage. Comment le meilleur d’entre eux pouvait avoir proposé une solution d’une telle naïveté?

Affolé par les réactions autour de lui, le garçonnet n’en tint plus et se jeta aux pieds du roi avouant la supercherie le concernant et implorant sa pitié.
Le rire de Mankas résonna de plus belle, couvrant le début de brouhaha de l’assistance.

Un « sage » se jeta au sol aussi implorant à son tour:

– Pitié! J’ai une autre solution à vous proposer!
– Pourquoi écouterais-je? J’avais dit qu’un seul d’entre vous vous représenterait.
– Il a avoué n’être qu’un enfant. J’ai une proposition moins stupide que ces histoires de dragons à vous proposer. Il faudrait que votre futur gendre…

Une corde de lyre claqua et imposa sa vibration claire dans l’air.
Mankas fendit la foule et avança vers le savant.

– Moins stupide?… Tu insultes toute la lignée de notre roi et tout notre peuple!
Contrairement à toi, je suis natif de ce royaume. Depuis les années que tu vis aux crochets de notre seigneur, n’as tu pas remarqué que son blason est composé de trois dragons de couleurs différentes? L’ancêtre fondateur de la dynastie de notre sire a vaincu ici même ces trois dragons, libérant ainsi la contrée. Les ancêtres de notre peuple le désignèrent ensuite pour être leur roi suite à cet exploit.
Alors, non, pour nous, ce n’est pas une stupide histoire de dragons, tu insultes le plus grand héros que n’ai jamais eu Ishys et dont notre roi est le descendant.
– Je ne savais pas…
– Et tu te prétends savant? Il suffit de regarder nos bannières autour de toi! Vous vous êtes tous fait avoir par un enfant!
– Cela suffit, Mankas!
Cette histoire de dragons me plait. Ce jeune garçon a eu le courage d’avouer son mensonge et son idée va dans le sens de nos traditions.
Cependant, je remarque le peu de cas que vous avez tous, vous autres savants, fait de l’histoire de vos hôtes. Mais je constate à quel point je vous ai engraissés et le peu de reconnaissance que cela vous a évoqué.
Bernés par un jeune garçon qui n’est pas si malhonnête… Votre sort sera donc celui que je vous avais prévu et cela renflouera le trésor royal.
– Pitiééé…
– Majesté? Pourrais-je avoir l’enfant? Je suis toujours célibataire et n’ai pas de fils. Le désir de prendre un apprenti pourtant se…
– Il est à toi, Mankas. Tu m’as permis de voir où était la sagesse. Et les autres, qu’on les emmène pour se faire vendre!
– Pitiééé…

Les gardes se saisirent des « ventres savants » et les amenèrent hors de la salle du trône dans une agitation pleine de hurlement de désespoir, de pleurs, de supplications..
Le calme revint bientôt dans la salle du trône. La cour était encore quelque peu choquée de la tournure de l’affaire.

– Bon… Reprenons… Alors petit, comme tu es le dernier ‘sage’ qu’il me reste, que me suggèrerais tu d’autre?
– Moi?… Et bien, majesté… Il faut que le futur mari de votre fille soit aussi vaillant que votre ancêtre, alors il faut trois dragons de couleurs différentes pour garder sa tour.
– Excellente idée!
– Mais il y a un problème…
– Ah? Lequel?
– Bin… Un dragon, c’est déjà dangereux, alors trois, ça l’est encore plus. et il faudra qu’ils mangent et la princesse aussi…
– C’est vrai. Alors, as tu quelque chose à me suggérer là-dessus?
– Malheureusement non majesté… Je suis encore très jeune et pas si sage…
– Il y a un vieux castelet avec un donjon qui ressemble plus à une tour de guet à la pointe ouest de vos domaines majesté. Ce n’est pas peuplé et il doit bien y avoir un passage secret qui doit pouvoir permettre d’amener de la nourriture à votre fille…
– Parfait, Mankas. Cela me convient!
Cependant, je veux que mon futur gendre surpasse tous les autres. Il devra fonder avec ma fille une nouvelle dynastie, aussi, je veux qui soit encore plus vaillant que ça, ce ne sera pas trois dragons de couleurs différentes, mais six !
Trois dragons

Des années étaient passées depuis que le roi Oikonomos avait pris sa décision dans sa salle du trône. Les savants avaient été vites vendus et le trésor royal s’était vite rempli à nouveau, mais il avait fallu des mois pour remettre en état le vieux donjon pour qu’il soit d’un confort digne de la princesse d’un roi si puissant. Il avait fallu aussi des mois pour que des chasseurs de dragons capturent six dragons de couleurs différentes.

Des dizaines de chevaliers, pour certains de vrais princes de sang s’étaient présentés pour relever le défi du roi Oikonomos et gagner sa fille en mariage et la succession au trône. Tous s’étaient fait massacrer par les six farouches et impitoyables gardiens. Aucun n’en était sorti vivant, en dehors de quelques lâches ayant rapidement pris la fuite après avoir aperçu le premier dragon. Certains avaient même essayé de tricher est amenant des troupes, mais eux aussi avaient fini dans les monstrueux estomacs après un horrible claquement de mâchoire. Parfois une des bêtes était blessée, mais leur nombre était suffisant pour qu’elle puisse recouvrer ses forces sans que le défi ne soit remporté.

La princesse Leukô commençait à désespérer que quiconque puisse un jour remporter le défi de son père. Elle se trouvait même vieille fille parfois, heureusement, la présence rassurante de Tharralée, sa servante, lui permettait de tenir. En de rares occasions, elle reprenait espoir en voyant qu’un chevalier prétendant blessait grièvement plusieurs de ces monstres reptiliens qui la dégouttaient de plus en plus, mais l’espoir était toujours de courte durée, la fin était toujours la même, les dragons finissaient toujours par l’emporter, se repaitre de l’infortuné prétendant et se remettre de leurs blessures. Elle les détestait. Tant de vies perdues, tout ça en vain. Son père avait placé la barre trop haut, personne ne pourrait vaincre six dragon, même son ancêtre.

– Princesse!
– Oui, Tharralée?
– Des chevaliers! Ils approchent. Je m’étais levée pour… euh… enfin bref… et j’en ai vu un par la meurtrière arriver un par le sud et en allant à l’observatoire pour mieux le voir, j’en ai vu un autre arriver par le nord.
– Les pauvres malheureux… Encore des victimes sacrificielles sur l’autel de l’orgueil de mon père… Combien y en aura-t-il encore?

Le son d’un cor retentit au nord, un long vrombissement sourd en signe de défi aux monstres peuplant le castelet. Un autre, plus clair, lui répondit venant du sud.
Tharralée se précipita aux fenêtres pour voir ce dont ils avaient l’air. La princesse Leukô resta allongée sur son lit. Elle ne tenait même plus à les voir, sachant qu’ils mourraient.

– Ils ne sont pas bien grands, mais ils semblent déterminés. Tous deux chargent vers la castelet.
– Qu’ont les hommes à vouloir mourir dans de telles conditions dans un défi aussi absurde que mortel?
– Ils tentent simplement leur chance, princesse.
– Ce n’est pas l’amour pour lequel ils tentent leur chance. Ils ne me connaissent même pas, c’est le prix qu’ils veulent, le royaume de mon père, et je fais partie de ce prix.
– Celui du nord a une bannière, je dirais ‘lavande’, et celui du sud une bannière pourpre.
– Dans un quart d’heure, ils seront tous deux morts…

Mais les bruits de combat ne cessèrent pas dans le quart d’heure, pas même dans l’heure qui suivit. Les rugissements des dragons écœuraient Leukô, elle ne supportait plus de les entendre. L’écho de leur furie résonnait dans sa tête.

Pourtant à un moment, un hurlement différent se fit entendre. C’était le dragon vert, elle reconnaissait sa ‘voie’, il venait de subir une blessure douloureuse. Elle réalisa alors que tout l’heure elle avait aussi entendu un hurlement de douleur d’un autre dragon, alors qu’elle essayait de sortir tout ça de sa tête, le dragon orange avait lui aussi subi une blessure qui devait le faire souffrir.
Elle rejoint alors Tharralée qui avait tout suivi depuis le début.

– Que s’est il passé avec le dragon vert?
– Le chevalier pourpre vient de lui crever un œil avec un javelot.

En effet, il s’était mis sur le retrait avec le dragon orange. Les dragons faisaient toujours ça quand ils étaient blessés, ils se retiraient pour laisser les autres faire leur sinistre œuvre de mort.
L’œil droit du dragon était effectivement ensanglanté.

– Et avec l’orange?
– Le chevalier lavande lui à brisé une aile tout à l’heure avec une hache.

Les deux chevaliers se battaient côte à côte, l’un protégeant l’autre qui attaquait. C’est vrai qu’ils n’étaient pas bien grands et bien robustes, mais ils faisaient montre d’une grande vivacité et d’une grande agilité.
Du casque du chevalier ‘lavande’, de longs cheveux blonds cascadaient libres comme les portent certains hommes du nord pour ce qu’en avait appris Leukô. C’était une drôle de couleur que ce lavande, pas très courant parmi les chevaliers qu’elle avait déjà vu mourir au pied du donjon, c’était même peut-être la première fois qu’elle voyait portée cette couleur.
L’autre, le chevalier pourpre, couleur plus classique, mais signe de haut chez les gens du sud était moins atypique, les chevaliers du sud était souvent plus petits. Elle reconnaissait aussi cette tresse de cheveux noirs si particulière qu’ils ont, elle doit bien avoir une signification spéciale, mais aucun n’ayant survécu, elle n’en connaissait pas le sens.

Leukô se mit à pleurer. C’est vrai qu’ils étaient braves, ils devaient aussi être jeunes tous les deux, quel gâchis qu’ils doivent mourir tous les deux ici. Chacun aurait pu avoir une vie pleine s’il était resté dans sa contrée. Tharralée remarqua les larmes de sa maîtresse et la pris dans les bras comme elle l’avait fait tant de fois pour la consoler.

Soudain, l’impossible se produisit. Alors que le dragon rouge prenait son souffle pour cracher un déluge de feu sur les deux combattants, le chevalier lavande sorti de la protection que lui offrait son compagnon d’armes pour se précipiter sous le ventre du monstre avec un épieu massif. Commençant à vomir des flammes, le dragon s’empala tout seul sur l’épieu fermement maintenu pas « Lavande ».
Le cœur était touché! Un flot bouillonnant lui sortait de la poitrine alors que la bête rugissait de douleur et comprenant sa fin proche.
Les dragons eux-mêmes semblaient stupéfaits par ce venait de se passer, car ils marquèrent un temps d’arrêt. Le plus féroce et farouche d’entre eux était en train d’agoniser!
« Pourpre » profita de cet instant d’inattention des dragons pour ramasser une lourde hache de bataille avant de trancher un doigt au dragon jaune qui, à son tour, hurla de douleur, rappelant aux dragons dans quoi ils étaient engagés. Ayant perdu Lavande du regard, celui-ci réapparut, portant un violent coup de taille dans l’abdomen du dragon bleu avec une grande épée de bataille.

Les dragons se dégageaient du combat pour se regrouper. C’était inédit! Ils semblaient douter. Sur les six, le plus dangereux était mort et quatre étaient blessés.
Les deux chevaliers en profitèrent eux aussi, ils prirent un peu de repos dans un endroit qu’ils pourraient défendre.

– Tu as vu ce que j’ai vu?
– Oui, maîtresse.
– Mais où ont ils trouvé ces armes?
– Ce sont sûrement celles de leurs infortunés prédécesseurs, elles sont abandonnées un peu partout dans le castelet, là où ils sont morts. Les dragons les laissent derrière eux quand ils dévorent leurs propriétaires.

Leukô commençait à reprendre espoir. Ces deux là avaient réussi ce que jamais aucun de leurs prédécesseurs n’avait réussi avant.

– Tu crois qu’ils vont arriver à les vaincre?
– Je n’en sais rien, maîtresse, mais je l’espère. Ca serait la fin de l’enfermement ici pour nous deux.
– Où sont ils passés?
– A l’abri pour se reposer et se soigner, je suppose, les dragons ne vont pas en rester là.

Une certaine tension habitait Leukô. Et si la fin de son enfermement approchait? Elle ne voulait pas se donner trop de faux espoirs non plus, mais ce qu’elle avait vu, ce démon rouge baignant dans son sang et le doute chez les autres pouvait permettre les espoirs les plus fous.

De longs instants passèrent et les dragons se décidèrent à se mettre à la recherche de leurs proies humant l’air, ils tentaient de retrouver les deux chevaliers. Un tas de pierres s’effondra révélant Lavande. Les cinq immondes têtes se tournèrent vers lui. Le dragon bleu hurla de douleur, un de ses yeux était ensanglanté, la diversion de Lavande avait positionné la monstrueuse tête dans l’angle parfait pour un tir de flèche de Pourpre.

Les deux chevaliers coururent l’un vers l’autre et reprirent leurs dispositions de combat combiné, prêts à tenir bon contre tout assaut. Ils souffraient, c’était une évidence, ils avaient pris de nombreuses blessures, leurs armures étaient endommagées, mais si leur attention faillait, c’était la mort qui s’abattrait sur eux. Ils maintenaient les dragons à distance avec une longue lance maniée par l’un, l’autre couvrant leur binôme des souffles mortels par un immense bouclier. Ils se relayaient quand ils pouvaient quand un fatiguait trop à son poste.

Le soleil commençait à décliner. Tant l’intensité des assauts des dragons que la défense des deux braves commençait à faiblir, la bataille avait duré toute la journée en dehors de la pause ayant suivi la mort du dragon rouge. Soudain, Lavande arrêta de manier le bouclier pour se mettre à courir, prenant de surprise les dragons, il passa entre eux sans qu’ils aient eu le temps de l’intercepter. Aussitôt, ils se jetèrent tous à sa poursuite.

– Que fait-il? Il est devenu fou?
– Je n’en sais rien princesse. Voyons ce qu’il fait, venez, je crois qu’il va contourner notre donjon.

C’était effectivement ce qu’il fit poursuivi des cinq ignobles lézard géants. L’orange était en tête, il semblait vouloir se venger de son aile brisée, il gagnait du terrain. Au moment de prendre le troisième angle du donjon, il était quasiment sur lui.
Angoissées de son sort, Leukô et Tharralée changèrent de fenêtre pour voir s’il allait s’en sortir, une fois le virage effectué. Elles arrivèrent juste à temps pour voir Lavande faire un grand signe de bras à Pourpre qui ajusta sa saisie d’un immense épieu. Ayant trop d’élan pour modifier sa course, la fureur orange vint s’empaler avec une violence telle que Pourpre fut lui projeté sous le choc.

– Ils en ont tué un autre! Tu crois qu’il est mort?
– De qui vous parlez? Du dragon ou du chevalier?
– Du chevalier, voyons, il ne bouge plus!
– Je n’en sais rien, mais j’espère que non.

La stupeur prit encore les dragons, le second d’entre eux venait de mourir. Le chevalier pourpre ne bougeait effectivement plus, il gisait à côté du cadavre de la bête qu’il venait de tuer au pied du donjon.
Alors que le dragon vert s’approchait une flèche vint rebondir sur ses écailles, suivie d’une autre et encore d’une autre. Les dragons se précipitèrent, seul et juste armé d’un arc, il ne représentait guère de danger. Il se remit à courir en tournant autour du donjon.

Le moins blessé de tous, le dragon violet fut le premier à passer l’angle, mais Lavande d’un grand coup circulaire d’épée bâtarde lui fit une longue entaille sur le flanc. Les autres qui le suivaient de près se heurtèrent à leur congénère. Lâchant son arme, Lavande courut au chevet de son camarade pour l’aider à se relever et s’éloigner à couvert, le soutenant.
Les dragons, désabusés des deux dernières embuscades et las de cette journée de bataille, ne se jetèrent pas sur eux. Ils avaient le temps, il jouait pour eux, les deux humains étaient blessés aussi, mais la physionomie d’un dragon fait qu’il récupère mieux et qu’il a plus de puissance.

– Il est vivant! Loués soient les dieux et les déesses des batailles!
– Vous avez eu peur pour lui, princesse?
– Bien sûr! Pour les deux, ils…

Leukô vit une étrange expression sur le visage de sa servante. Cette dernière n’avait pu que voir l’excitation qui l’habitait. Tout n’était pas fini, la bataille devait aller à son terme, mais elle envisager que le tandem des deux chevaliers puisse réussir là où tant avaient trouvé la mort.

– Ne te moque pas de moi, Tharralée…
– Je ne me moque pas, je suis contente de vous voir revivre. Ces derniers temps, vous étiez très cynique quand des chevaliers se présentaient.
– Je crois qu’ils peuvent réussir.
– C’est possible. Disons déjà qu’ils ont fait bien plus que quiconque avant.
– Je veux qu’ils réussissent. Je le souhaite de tout mon cœur.
– Nous pourrions enfin quitter cette prison.
– Qu’est qu’ils ont que les autres n’avaient pas?
– Je crois que c’est un ensemble de petites choses qui ensemble font qu’ils y arrivent.
– Lesquelles?
– Déjà, ils se battent ensemble et pas chacun de leur côté. Ils se coordonnent pour garder les dragons loin d’eux. Si l’un commence à fatiguer de se battre à sa place, l’autre prend le relai pendant que l’autre peut souffler.
Ils sont intelligents, ils ont observé comment réagissaient les dragons et ils ont monté des stratégies à deux pour arriver à les blesser et les tuer. Mais surtout, ils se font confiance. Ils ont pleinement confiance l’un dans l’autre. Si un s’expose dans leurs tactiques, il sait que l’autre sera là pour une autre action qui lui permettra de s’en sortir.
Ou comme tout à l’heure, Pourpre était inconscient et incapable de se défendre, Lavande n’a pas hésité à prendre des risques pour aller le sauver.
– Lavande a beaucoup de courage.
– Ne croyez pas que Pourpre n’en est pas autant.
Il devait rester à son poste pour attirer le souffle du dragon rouge. De plus, même si Lavande s’expose plus sur l’instant, il faut beaucoup de courage pour accepter ce qu’il fait dans leurs tactiques.
– Oui, c’est lui qui a tué le dragon orange.
– Pas seulement. Chaque fois que Lavande s’expose, c’est sur lui que repose le succès de leur tactique, il a beaucoup de pression, il n’a pas droit à l’échec, car si il faillit, c’est son camarade qui meurt, il est responsable de sa vie à ces moments, de leurs vies à tous deux. Ce sont deux formes de courages différents.
– Tu as raison, ce sont tous deux des héros.
– Dignes de vous épouser?
– Tharralée! Tu te moques encore!
– Oui, j’avoue. Mais si ils remportent le défi de votre père, c’est à deux, vous les épousez tous les deux?
– Bien évidemment!
– Princesse, vous êtes une coquine… Les lois de notre royaume ne le permettent pas.
– Dommage…
– Princesse!
– A moi de me moquer un peu aussi… Mais je ne sais ce qu’il conviendrait de faire dans ce cas. A deux, ils auraient tué six dragons. C’est bien du niveau de mon ancêtre. Aucun des deux n’aurait démérité et il serait injuste qu’un seul soit déclaré vainqueur. Et il est hors de question que mon père refuse de reconnaitre leur victoire et reconduise l’épreuve en repeuplant de dragon le castelet et nous maintenant ici. Alors, je ne sais pas ce qu’il en sera s’ils réussissent.
– Et s’ils échouent?
– Mon père devra trouver au moins deux nouveaux dragons, mais là encore, je ne sais pas ce qu’il en sera, je ne le supporterai pas.
– Allez donc vous coucher, princesse. Les dragons se regroupent pour se reposer et se sécuriser entre eux. Les chevaliers doivent faire la même chose de leur côté, je ne crois pas qu’il y ait de combats cette nuit. La journée d’aujourd’hui a été éprouvante pour tout le monde et celle de demain le sera aussi.
– Tu as raison, bonne nuit, Tharralée.
– Bonne nuit, princesse, peut-être que demain se jouera le sort de tout le monde…

La princesse Leukô s’était rapidement endormie. Les émotions de la veille l’avaient éprouvée. Mais son sommeil avait été agité. Elle avait rêvé de tant de choses s’assemblant de manière désordonnées, l’horreur des morts qu’avaient causé les dragons, la mort des deux dragons , ces deux chevaliers luttant jusqu’au bout de leurs forces, tout cela faisant confusion dans ses rêves.
Elle se leva tôt et alla prendre un eu d’air frais à la fenêtre. Il était chargé de l’odeur putride des cadavres en décomposition, mais elle ne s’en rendait plus compte en temps normal tellement elle y était habitués par ses années à le respirer. Cela finirait peut-être bientôt…
Le soleil n’était pas encore levé et les dragons se reposaient encore, regroupés le long de la muraille. Mais de l’autre côté de son champ de vision, elle remarqua une ombre qui se déplaçait prudemment. Elle alla réveiller silencieusement sa servante.

– Viens voir, Tharralée. je crois qu’il va se passer quelque chose…

Entretemps, l’ombre était devenue une silhouette que les premiers rayons du jour commençaient à éclairer. Il se tenait seul, droit comme un i sur l’esplanade du donjon. Il porta quelque chose à sa bouche et retentit le son clair des cors du sud.

– Mais que fait-il?
– Je n’en sais rien, princesse, peut-être une de leurs stratégie…

Les dragons se dressèrent brusquement. Ce pauvre humain les défiait! La bataille allait reprendre! Ils se précipitèrent sur lui en dehors du dragon jaune qui se surprit d’une douleur à une patte avant dont un doigt avait été tranché la veille au moment de la mort du dragon rouge. Il était donc seul quand Lavande sauta sur sa tête armé d’une sorte de pioche dont il enfonça profondément le pic dans son crâne, le tuant sur le coup sans que personne ne remarque la chose en dehors des deux spectatrices de la tour.
De son côté, Pourpre se mit à courir pour contourner le donjon comme le faisait la veille Lavande. Mais les dragons firent un détour que de prendre au plus court à l’angle.

– Que font-ils?
– Les dragons ne sont pas des créatures stupides. Ils ont compris hier que nos deux champions pouvaient les attendre après l’angle pour les prendre par surprise avec un épieu ou une épée, alors ils se méfient pour ne pas tomber à nouveau dans un piège.

Entretemps, Pourpre prenait le second angle. La princesse et sa servante changèrent de fenêtre pour voir ce qu’il allait faire.
A mi-donjon, un mur de feu se dressait et sans ralentir sa course, pourpre le traversa pour rejoindre le poste défensif de la veille où l’attendait déjà Lavande. Les dragons s’arrêtèrent et le contournèrent prudemment, laissant le temps aux chevaliers de prendre leurs postures de combat.

– Qu’est ce que ça veut dire? Les dragons ne craignent pas le feu!
– C’est la même chose, ils ne savent pas ce qui pourrait les attendre derrière, aussi sont ils prudents.
– Ils savent qu’ils vont mourir, la moitié d’entre eux est déjà morte, on va être libre!
– Ne précipitez pas les choses, princesse, nos champions n’ont pas encore gagné.
– Mais il ne reste que trois dragons et ils sont blessés.
– Les chevaliers aussi sont blessés. Les dragons récupèrent plus vite de leurs blessures et de la fatigue. Ces deux chevaliers sont toujours fatigués de leurs combats d’hier, ils ont dû peu dormir, se relayant au cas où les dragons attaquent et ils ont dû faire les préparatifs pour leur attaque de ce matin. Je ne sais même pas s’ils ont pu manger.
– C’est quoi ce mur de feu?
– Ca sent l’huile, ils ont dû en trouver dans le castelet et creuser une tranchée pour l’y mettre. Ca aussi a dû les fatiguer.
– Tu crois qu’ils vont réussir à vaincre?
– Je n’en sais rien, princesse. Rien n’est encore joué.

La bataille de position entre les chevaliers et les dragons continua. Leukô constatait que ce que lui avait dit Tharralée était vrai, ils semblaient épuisés alors que ce n’était que le matin. Ils tenaient bon, mais leur vigueur était moindre que la veille. Heureusement qu’il y avait moins de dragons et qu’ils en aient rendus borgnes eux, ils n’auraient pas pu résister sinon.

La situation s’enlisait, ce n’était pas en faveur des deux chevaliers, aussi les dragons devenaient plus pressant dans leurs attaques. La princesse Leukô angoissait, elle avait tant voulu y croire Que la déception qui s’annonçait allait être d’autant plus terrible.
A un moment, Lavande trébucha alors qu’il portait la lance sur une attaque du dragon vert, il tomba en arrière. Le cœur de Leukô se retint de battre. Le dragon avança pour profiter de la situation et les massacrer. Leukô hurla. Pourpre sortit de la protection du bouclier pour planter une épée à travers la patte du monstre du côté où il était aveugle. La bête se dressa aussitôt en hurlant. En voulant se reposer sur sa patte intacte, la bête qui n’avait pas vu, qu’entretemps, Lavande avait jeté à Pourpre la longue lance s’embrocha mortellement dessus.

– Tu crois que c’était fait exprès depuis le début?
– Je n’en sais rien, je ne suis pas sûre. Mais j’ai crains pour eux comme vous!

Il ne restait plus que les dragons bleu et violet. Ayant déjà vu mourir la veille de leurs congénères, ils n’avaient plus cet effet de stupeur, même s’ils eurent un réflexe de recul. Ne voulant pas se faire avoir comme précédemment, ils cassèrent la distance pour ne pas qu’un de ces guerriers surgisse d’un recoin pour leur porter un coup par surprise.
Ils surgirent en effet en courant, Lavande guidant par la main, celui-semblant être aveuglé de tout le sang de dragon lui ayant giclé au visage. A nouveau, ils partirent pour passer l’angle de donjon, poursuivis par les deux dragons prenant le virage large.
Changeant de fenêtre, Leukô et Tharralée ne virent que les dragons déboucher, mais pas les chevaliers.

– Où sont-ils? Tu les vois?
– Non, aucune idée…

Elles n’étaient pas les seules à les avoir perdus. Les deux bêtes semblaient les chercher aussi. Ils avaient disparu.
Après avoir cherché du regard alentour, le dragon violet prit son envol suivi du bleu afin de remettre la patte sur les deux fuyards, tournant autour du donjon, tels des vautours. N’ayant pas déniché les chevaliers, le tandem mortel se posa sur les vestiges du chemin de ronde, grandement endommagé par tous les combats successifs, il semblait tenir une sorte conseil, se méfiant que personne ne puisse surgir.
Commença ensuite un macabre ménage. Les dragons se relayant, l’un couvrant les arrières de l’autre, ils commencèrent à cracher leur souffle mortel dans tous les recoins qu’ils trouvaient, minutieusement, ne prenant pas le risque d’en négliger le moindre. Si un chevalier s’y trouvait il mourrait dans des flammes dignes du pire enfer. Précautionneusement, les dragons se livraient au ménage de toutes les caches potentielles qu’ils trouvaient.
Ils procédèrent ainsi toute l’après-midi, avant d’aller faire une chose qu’ils n’avaient jamais fait avant, prendre leurs quartiers en haut du donjon quand le soleil déclina.

– Ce n’est pas possible qu’ils aient disparu ainsi!
– Il semblerait pourtant.
– Ils auraient du réapparaitre là!

Alors qu’elle pointait l’angle de la tour, un mouvement plus bas attira son attention. S’extirpant délicatement de l’abdomen du cadavre du dragon vert comme d’une tente, Pourpre scrutait si la voie était libre. Il fut bientôt suivi de Lavande.
Tharralée plaqua sa main sur la bouche de Leukô alors que les deux chevaliers se glissaient prudemment dans la nuit en boitant tous deux.

– Silence, princesse, vous pourriez attirer l’attention sur eux, les dragons sont juste au dessus de nous.

Même si sa servante lui avait libéré la bouche, Leukô se contenta d’un signe d’approbation de la tête.

– Ils vont faire leurs préparatifs pour le combat de demain. Demain sera un jour où les destinées se décideront, il ne saurait en être autrement.

Leukô se réveillait doucement. Ouvrant les yeux, avec stupéfaction elle vit une silhouette dans l’encadrement de la fenêtre. C’était Pourpre! Il était à l’attention de l’extérieur, armé d’un harpon qui semblait bricolé à partir d’autres armes.

– Vous…
Shuuut…

Tharralée était aussi réveillée dans son lit et restait silencieuse, les yeux grand ouverts.
Jamais depuis le début de leur enfermement elles n’avaient eu l’occasion de voir un chevalier de si près. Il était là à peine à trois mètres d’elle, lui tournant le dos, elle aurait tant aimé voir son visage, au moins ses yeux comme il portait son casque bosselé des coups reçus ces derniers jours.
C’est vrai qu’il n’était pas bien grand, mais dans sa posture tendue il était impressionnant quand même. Son aspect était terrible, effrayant et excitant à la fois. Son armure était dans un état pitoyable, du sang séché l’en recouvrait un peu partout et des morceaux manquaient à divers endroits, voire avaient été remplacés par ce qu’il avait dû trouver dans le castelet. Même sa côte de mailles paraissait trop grande pour lui, il en avait probablement changé, et même celle-ci n’était guère vaillante. Des bandages maculés paraissaient en de multiples endroits, elle réalisait maintenant qu’ils avaient reçu tant et tant de blessures…
Sa longue tresse désignant sa noblesse était elle aussi pitoyable d’avoir été tant imprégnée de sang et quelque peu cuite par le souffle des dragons, pourtant, dans les circonstances du moment, elle était magnifique par l’espoir qu’elle représentait.
Leukô avait pourtant une préférence pour Lavande. Même si Tharralée avait raison et qu’ils étaient de courage égal, Leukô admirait son intrépidité, son style plus mobile, et autant le reconnaitre, sa blonde chevelure l’avait marquée. Quel pouvait bien être son nom? Ne sachant presque rien de lui, elle l’admirait. Les réticences qu’elle avait développé sur ce mode de lui trouver un mari semblaient se disperser, un homme avec une telle vaillance, une telle attention pour un compagnon d’arme, une telle intelligence, devait avoir d’autres qualités qui feraient que même si l’amour ne serait pas présent au début, il la respecterait et les sentiments viendront.

La rêvasserie ne fut que de courte durée que le son lourd d’un cor raisonna, Pourpre se tendit un peu plus, affermit sa prise sur son harpon, prêt à le lancer à tout instant, l’action n’allait pas tarder… Les deux femmes étaient comme paralysées, à l’attention de ce qui allait se passer, pour elles, c’était le jour de la dernière bataille!
Un lourd battement d’ailes se fit entendre depuis le haut, les dragons prenaient leur envol. Pourpre ajusta son tir et lança son harpon avant de se jeter dans le vide!

Les deux femmes se précipitèrent à la fenêtre. Elles virent avant même d’y arriver une barre de métal en travers où était attachée une corde. Pourpre se laissait glisser le long du mur avec la corde faisant une boucle autour de son ceinturon.
Un rapide état de la situation leur montra que Pourpre avait lancé son harpon sur l’aile dragon bleu, comme une corde était attachée à une extrémité à celui-ci et à l’autre à un énorme rocher au pied du donjon, toute l’aile s’était déchirée et le dragon avait fait une chute brutale ne pouvant plus voler et emporté par son élan.
De son côté, Lavande faisait diversion en donnant le change à leur poste défensif, brandissant la lance, l’immense bouclier était devant lui comme si Pourpre était là pour le manier. Le dragon violet passa en vol au dessus de lui pour lâcher un déluge de feu, obligeant d’entrée Lavande à se protéger du bouclier, avant de poursuivre son vol.
Entretemps, Pourpre était arrivé en bas du mur, s’était saisi d’une grande épée de bataille et se précipitait sur le dragon bleu encore un peu assommé. Il lui porta un grand coup de taille qui lui trancha la moitié du cou, arrachant à l’animal une plainte horrible Il lui en porta un second qui eu le même effet.
Leukô exultait, le cinquième dragon allait trépasser!
Mais le dragon violet revenait, il cracha encore son souffle enflammé sur Lavande qui s’abrita à nouveau dernière le bouclier et continuant son vol, ne pouvant reprendre son souffle, frappa de sa queue violemment Pourpre qui ne l’avait pas vu venir et n’avait pu l’entendre à cause des plaintes du bleu.
Leukô hurla et failli défaillir et Tharralée la soutint. Un des deux héros allait mourir et seul, l’autre ne pourrait probablement faire face au dernier dragon qui malgré sa blessure au flan semblait en pleine possession de ses moyens.
Le dragon violet s’était posé et se précipita sur Pourpre qui se relevait avec peine. Le chevalier réussit à esquiver in extremis la gueule du monstre qui voulait lui porter une morsure fatale, mais il ne put rien contre un grand revers de patte qui l’envoya projeter à plusieurs mètres.
Ayant assisté impuissant à la scène du coup de queue, Lavande se précipita avec sa lance au secours de son camarade. Ce fut une vraie charge quand il le vit projeté par la bête. N’ayant plus le temps pour un nouveau souffle ou décoller, le dragon le chargea à son tour, comptant bien s’en débarrasser.
Lavande dû esquiver la charge, mais tenta quand même de porter un coup au cou de l’animal, mais la lance explosa par la violence de la charge et il perdit l’équilibre. Près de lui se trouvait la grande épée de bataille que Pourpre avait utilisé pour taille le cou du dragon bleu, il s’en saisit aussitôt et repartit à l’assaut. Le dragon violet se retrouvait à peu près dans la même situation que tout à l’heure et réemploya la même technique.
Le cœur de Leukô battait à se rompre, son champion préféré affrontait seul le dernier dragon, elle ne supporterait pas de le voir mourir. Sans s’en rendre compte, elle serrait de toutes ses forces la main de Tharralée qui était elle-même hypnotisée par cet ultime duel.
Le dragon décidant de mordre son adversaire, un homme épuisé ne peut courir ainsi, utiliser une arme aussi lourde et esquiver une telle attaque. C’était sans compter sur la rage qui habitait Lavande d’avoir vu son camarade se faire projeter par le dragon. Portant un grand coup circulaire, il se déporta sur le côté évitant ainsi la morsure et blessant grièvement le dragon à la gueule. Il ne pu cependant pas éviter le reste du corps et se trouva projeté à son tour.
Pourpre gisait toujours, il n’avait pas bougé depuis son atterrissage. Le dragon hurla de douleur, projetant en l’air de son sang. Lavande se redressa, et chancelant, repartit à l’assaut. Il était comme possédé par une frénésie meurtrière et les coups de grande épée de bataille pleuvaient sur le dragon. Hurlant à chaque fois, il perdait de grandes quantités de sang de toutes ces blessures qu’il recevait, Lavande ne lui laissait aucun répit. A un moment, il se redressa. Lavande en profita pour lui porter un tel coup qu’il lui ouvrit complètement l’abdomen. Le dragon s’effondra dans un dernier râle.

– Allons les rejoindre!
– Attendez, princesse, je prends la clé.

Leukô n’avait pas attendu sa servante, elle s’était précipitée dans l’escalier vers la porte d’entrée du donjon. Elle piaffait de pouvoir sortir et rejoindre son héros. Pour ne rien arranger, Tharralée était elle même si excitée qu’elle n’arrivait pas à mettre la clé dans la serrure. Enfin la porte s’ouvrit et Leukô se précipita pour retrouver son champion.

Elles le trouvèrent sanglotant au chevet de son camarade.
Il était dans un état tout aussi pitoyable que celui dans lequel elles avaient vu Pourpre le matin même, mais le cœur de Leukô battait la chamade. Son héros, son futur époux, était là. Elle ne savait pas encore son nom, mais il resterait aussi toujours pour elle « Lavande », le chevalier qui pendant plus de deux jours s’est battu contre des dragons pour la délivrer. Vieille, elle conterait sans lasse à ses petits-enfants quel le héros est leur grand-père et ses exploits.
Il était face à lui et elle était comme paralysée. Pourpre était mort, lui aussi était un héros, ses exploits seront aussi compté et il entrera aussi dans la légende éternelle aux côtés de son époux. Sa vaillance et son courage seront loués jusqu’à la nuit des temps. Sa mort était une triste perte, des gens de sa valeur son si rares.
Mais tous les regards de Leukô étaient pour Lavande. Il avait défait son casque et sa longue chevelure blonde cascadante cachait son visage ainsi que celui de pourpre. Il portait un bandage maculé de sang autour de la tête. Sa blonde crinière aussi était maculée de sang, roussie par le souffle des dragons, sale de toutes les crasses du castelet, mais elle était superbe et signe de grande noblesse dans les royaumes du nord.

– Messire?

Lavande ne réagit pas, pleurant toujours son ami. Leukô compatissait et lui laissait prendre son temps. Maintenant que les dragons étaient morts, ils avaient tout le temps.

– Tu n’as pas le droit de m’abandonner comme ça, pas maintenant, pas après nous être battues ensemble tout ce temps. Pas après tout ça, pas maintenant. On avait dit que nous irions ensemble jusqu’au bout, ensemble!
Tu n’as pas le droit de me laisser maintenant! Tu m’avais promis de venir pour que je te fasse visiter mes terres et que tu me ferais visiter les tienne! Et puis… Qui va arrêter la guerre entre nos deux peuples si tu n’es pas là pour les convaincre chez toi? Hein? Comment je vais faire sans toi?
Tu ne peux pas me laisser! Pas maintenant!

Cette voix!
Lavande rejeta son pan de chevelure par dessus son épaule, révélant son visage.
Lavande est une femme!
Leukô faillit défaillir, Tharralée la retint. Pas de doute, Lavande est une femme et même une femme très belle. Malgré ses égratignures au visage, ses équimoses et ses larmes qui traçaient de longs sillons dans la saleté sur son visage, elle était d’une grande beauté.
Lavande attrapa le corps de Pourpre et plaqua sa tête contre sa poitrine.

Pas maintenant!

Pourpre aussi est une femme!
Elle aussi était très belle. Comme les gens des royaumes du sud, elle avait la peau cuivrée, un peu brune et les traits fins.
Les deux chevaliers pour lesquels le cœur de Leukô avait tant vibré étaient des femmes! Une fois de plus, elle faillit défaillir. C’était deux femmes qui avaient réussi à remporter le défi de son père… Qu’allait-elle devenir?
C’était si déchirant de voir Lavande pleurer son amie.

– Tu as décidé de me faire périr noyée avec tes larmes ou quoi?

Lavande se dégagea pour regarder en face Pourpre qui lui fit un petit sourire narquois.

– Tu es vivante!

Lavande attrapa Pourpre pour lui faire un long baiser sur les lèvres.
Leukô était chancelante; les émotions cumulées à la tension de ses derniers commençaient à avoir raison d’elle.
Le baiser fini, Pourpre se tourna vers elle:

– Au fait, c’est qui celle-là? Le dernier dragon? Le dragon rose?
– Non, je dirais plutôt le dragon blanc…

Tharralée rattrapa la princesse qui venait de s’évanouir…

Leukô se réveilla. Elle n’était pas dans son lit, mais allongée sur celui de Tharralée. Les tensions étaient descendues pour certaines, d’autres étaient apparues. De nouvelles incertitudes étaient apparues par rapport à son avenir. La révélation finale changeait beaucoup de choses et le plan de son père s’en retrouvait bouleversé. Il ne pouvait la donner en épouse à une femme, mais il ne pouvait revenir sur le fait que les dragons étaient vaincus. Il n’oserait, en tous cas, pas s’opposer à qui a vaincu six dragons. Six dragons… C’était même fou comme idée.
Elle se redressa et constata que Lavande et Pourpre étaient dans son lit qui était plus grand. Elles étaient lavées et soignées de frais comme leurs pansements étaient d’un blanc immaculé. Elles dormaient profondément, d’un sommeil largement mérité après leurs exploits des derniers jours. Le plus cynique était qu’elle ne connaissait toujours pas leurs vrais noms, pour elle, c’était toujours « Lavande et Pourpre ».
Elle se prit un moment à les admirer. Elles avaient tant de qualités. Elles étaient courageuses, braves, intelligentes, fortes, fidèles en amitié, et par dessus le marché, elles étaient belles. Face à face, elles étaient si différentes, mais le même esprit les habitait, même dans leur sommeil.
Et elle? Qu’était-elle? Une sotte princesse qui avait attendu sottement qu’on la délivre… Mais tout cela était fini maintenant, les dragons n’étaient plus. Fini vraiment? Que déciderait son père pour elle face à cette conclusion surprenante? La encore elle ne serait que le jouet de sa destinée.
Tharralée n’était pas là. Peut-être était elle allée se promener, cela faisait si longtemps qu’elle en parlait. Pourquoi ne pas faire de même? Ce castelet devenait détestable. A peine dehors, elle vit le cadavre d’un dragon, comme le vestige d’un temps qui avait trouvé son terme. Ils étaient tous là, morts. Elle vomit comme si c’était la première fois qu’elle sentait l’odeur de charogne qui empestait les lieux. Oui, il fallait qu’elle s’éloigne un moment pour réfléchir à sa vie et comment elle allait appréhender la suite des évènements. Elle prit un peu de nourriture et laissa un mot à Tharralée, qu’elle n’était pas loin et rentrerai dans la nuit.

Le soleil était levé depuis un moment quand Leukô se réveilla. Tout le monde dormait quand elle était rentrée, elle soupçonnait sa servante de faire semblant et d’avoir veillé son retour, mais elle n’avait pas bougé du fauteuil où elle ‘dormait’ ni prononcé le moindre mot. « Lavande et Pourpre » dormaient encore, bien qu’elles avaient dû certainement changer leurs pansements et manger.
Elle était seule dans la chambre, tout le monde était déjà levé. Elle enfila un robe de chambre et descendit à l’étage du dessous où de lointains échos de discussions étouffées lui parvenait.
Entrant dans la salle, elle découvrit autour de la table, non seulement Lavande, Pourpre et Tharralée, mais le maître Mankas était là aussi.

– Bonjour! Quel plaisir de vous revoir, princesse, après tant de temps! Mais asseyez vous parmi nous et venez donc manger quelque chose!
– Bonjour à toutes et vous maître Mankas, merci.

L’ensemble de l’assistance la salua en retour et elle s’assit. Leukô était quelque peu impressionnée, elle n’était plus habituée à avoir tant de monde avec elle.
« Lavande et Pourpre » lui souriaient. Elles s’étaient changées avec des vêtements qui n’étaient pas tout à fait à leur taille, un mélange des siens et de ceux de Tharralée, ce qui ne les empêchait pas d’avoir une grande allure. Pourpre portait le bras gauche en écharpe, mais même cela elle le faisait avec une grande dignité. Si elle ne l’avait vu de ses yeux, elle n’aurait pu croire que les deux farouches chevaliers étaient ces deux splendides femmes qui semblaient même un peu plus jeunes qu’elle.

– Permettez-moi de me présenter, je suis la princesse Movella du royaume des tribus unies de Fotia. C’est un plaisir de vous rencontrer, princesse Leukô.
– Quant à moi, je suis la princesse Lévanatée du royaume de l’alliance de Pagô. Enchantée de vous connaître enfin, princesse d’Ishys.
– C’est une joie pour moi de vous découvrir aussi, je ne m’attendais à pas ce que nous nous retrouvions à trois princesses royales, mais j’en suis fort heureuse, même si j’aurais préféré des circonstances différentes.

Ne plus être en tête à tête avec uniquement Tharralée lui faisait une impression étrange. Le défi était rempli, pas tout à fait comme il aurait dû, mais il ne recommencerait pas encore, elle ne pouvait l’envisager, tout comme elle ne pouvait savoir comment serait considérée cette fin étrange.

– Vous avez été promptement arrivé, maître Mankas, je suis plutôt surprise.
– J’étais déjà en route et presque arrivé quand j’ai entendu le cor spécial qui annonçait la mort des dragons. Mais je dois aussi vous dire que c’est une autre raison qui m’amène.
– Le cor?
– Vous dormiez ou étiez encore évanouie quand je l’ai sonné, relayé pas ces princesses ici présentes, bien plus douées que moi à le sonner.

Tharralée salua les princesses de la tête qui lui répondirent de même.

– En tous cas, je suis fort content que tout cela soit terminé. La bravoure de ces princesses est digne de grands éloges et de grandes épopées, comme celle de votre ancêtre, leur mérite est au moins aussi grand.

Mankas s’éternisait en formules générales. Les princesses chevalières attendaient visiblement qu’il parle de quelque chose, cela ne venait pas malgré leurs regards insistant à son attention l’incitant à en venir aux faits.

– Ah taisez vous, Mankas, vous êtes un fourbe, laissez nous plutôt expliquer à la princesse Leukô la situation.

Leukô fut surprise. Que voulaient-elles dire? En savaient-elles plus sur la suite des évènements? Attentive, elle allait enfin savoir à quoi s’en tenir.

– Voyez-vous, Leukô, il me faut placer le début il y a une dizaine d’années, quand mon royaume et celui de Fotia sont entrés en guerre. J’étais alors une petite fille, j’ai grandi avec cette guerre et l’idée de me battre pour défendre ma patrie.
– Il en est exactement de même pour moi. Avec la mort de mes frères, je me suis retrouvée princesse héritière. J’ai donc reçu une formation dans tous les domaines que je devais connaitre pour un jour diriger mon pays, en particulier celui des armes, afin de mener nos troupes au combat.
– Idem pour moi, sauf que mon frère n’est pas intéressé par la couronne, aussi, il a annoncé très tôt que s’il devenait roi, il abdiquerait en ma faveur.
Nos royaumes étant en guerre, personne chez nous n’a porté attention a défi de votre père. Engagez des combattants contre des dragons était, de notre point de vue, à coup sûr perdre ces combattants.
– Nous étions toutes deux, chacune de notre côté arrivées en âge de prendre part à nos premières batailles.
C’est là que votre maître Mankas entre en scène.
– Ah! Je peux parler pour raconter la suite?
– Non!

Tout ceci lui paraissait bien étrange et bien loin de ce qu’était son monde à elle. Ce n’était pas directement en rapport avec son avenir, mais cela devait avoir son importance quand même qu’elles en commencent par là. Où voulaient-elles en venir? Qu’allaient-elles lui annoncer en conclusion? La situation était déjà assez étrange, elle en prenait une encore plus bizarre.
Toutes deux semblaient décidées et prenaient la chose très au sérieux. Elle resta donc silencieuse et concentrée, il devait y avoir une logique et elle ne devait pas rater les points clés. Des questions lui venaient déjà, comme de savoir comment deux princesses censées être ennemies avaient combattu côte à côte et semblaient de proches amies. Quelle était cette fameuse raison qui motivaient la venue de Mankas? Pourquoi le traitaient-elles de fourbe? Les réponses allaient sûrement venir par la suite.

– Votre maître Mankas s’est présenté chez nous pour nous rappeler le défi du roi Oikonomos, votre père.
– Il nous a dit que la santé de votre père déclinait et qu’il y aurait bientôt un royaume sans roi et déstabilisé de ne plus avoir quiconque pour le diriger.
– Mankas! Mon père va bien, j’espère?
– Princesse, laissez nous aller jusqu’au bout de notre explication, s’il vous plait, c’est très important, vous pourrez nous poser toutes les question que vous voudrez après. S’il vous plait…
– Entendu.
– Merci.

Ca devait vraiment être grave! Si la santé de son père passait après leurs explications, celles-ci devaient revêtir une très grande importance. A moins que Mankas ait menti et que c’est en cela qu’elles le traitaient de fourbe? Malgré l’envie qui la tenaillait d’avoir des nouvelles de son père, elle devait rester attentive et ne pas perdre le fil du récit. De nombreuses choses restaient encore en suspens.

– Nous ne savons comment il a fait, mais votre maître Mankas a réussi à convaincre nos familles que si nos royaumes récupéraient celui du roi Oikonomos, nos armées seraient suffisamment puissante pour vaincre notre ennemi et mettre un terme à cette guerre.
– Mankas!

Le poète-musicien ne semblait effectivement pas très fier de cette action et méritait bien de se faire traiter de fourbe. Leukô était déçue de cette attitude. Qu’est qu’elle pourrait encore découvrir dans cet ensemble de déclarations. Ca commençait à la concerner, elle ne devait rien manquer.

– Aussi, nous fûmes toutes deux désignées par nos familles respectives pour relever le défi de votre père et l’emporter.
De là, nous vous aurions épousé et récupéré votre royaume.
– Mais… …mais… …vous êtes des femmes!
– Dans nos deux royaumes, avec la guerre, beaucoup d’hommes sont morts. Les femmes sont devenues guerrières, comme les hommes. Mais il y a eu beaucoup de problèmes d’héritages qui pouvaient ne pas trouver d’héritiers, aussi les femmes ont été autorisées à se marier en elles avant de partir à la guerre, pour ne pas désorganiser nos nations, vues les circonstances.

Leukô était déstabilisée. Elle comprenait quelque peu la logique de la chose, mais cela la choquait. Depuis petite, elle aspirait à épouser un homme correspondant à un certain nombre de valeurs, l’idée même de trouver ses valeurs chez une femme n’était absolument pas envisagé ou envisageable, et même, il y avait quelque chose que la mettait mal à l’aise, malgré son innocente de certaines affaires de couple.

– Votre maître Mankas, nous a par la suite conseillé de nous présenter le matin du jour de notre arrivée. Selon lui, après avoir consulté des astrologues et de devins, ce serait le jour avec les meilleurs auspices pour se lancer dans le défi.
– Vous avez pu voir depuis votre tour partie de la suite. Mais nous nous sommes parlé et vous n’avez sûrement rien entendu. Si vous nous aviez entendues, vous n’auriez déjà pas été tant surprise que nous soyons des femmes.
– Effectivement, avec les bruits de combat et les hurlements de dragons, je n’ai rien entendu. Je n’avais même aucune idée de vos noms jusqu’à ce que vous présentiez tout à l’heure.
– Alors voilà… Nous avons tout de suite compris que face à la puissance des dragons, nous devions mettre de côté la guerre entre nos royaumes, collaborer ensemble, nous allier pour avoir la moindre chance de nous en sortir vivantes.
– Ce faisant, nous avons appris à nous connaitre, à se faire confiance mutuellement, à nous apprécier, et au bout du compte, la vision de chacune sur l’autre a radicalement changé par rapport à ce qu’elle pouvait être à notre premier contact.
– Nous en sommes arrivées à la conclusion qu’il nous fallait mettre un terme à cette guerre. Après nous être rapprochées ainsi, aucune de nous ne se voyait faire la guerre à l’autre, une fois la bataille finie.
– Cependant, ce que nous a appris votre maître Mankas ce matin change un peu nos plans.
– Ah! Je peux parler…
– Mankas! Silence!
– Décidément, vous m’en voulez, princesse Lévanatée…
– Mankas! Silence!
– …
– Princesse Leukô, nous avons besoin de toute votre collaboration. En tant que princesse royale et unique enfant de votre père, nous avons une proposition à vous faire pour sortir de ce mauvais pas. Nous espérons que vous accepterez.

Leukô était décidément impressionnée par ces deux princesses avec lesquelles elle avait bien peu en commun. Leurs assurances, leurs prestances, leurs capacités de décision, leurs courages, leurs vaillances, et toutes ces qualités dont elle manquait cruellement. Même simplement en tant que princesses, elles prenaient des décisions que seul son père pouvait prendre dans son royaume, elles s’apprêtaient à prendre en main une décision pour leurs royaumes sans même en être sur le trône. Allaient-elles lui demander une responsabilité du même ordre? L’idée même l’en terrorisait, mais avait aussi quelque chose d’excitant.
Leurs vies étaient radicalement différentes de la sienne et semblaient sans commune mesure avec ce qu’elle avait vécu jusqu’à présent. Elle avait toujours été choyée quand elle était chez son père et même ici, Tharralée avait été une vraie nounou pour elle afin de la soulager de la pesanteur de leur situation, toujours disponible, rassurante et réconfortante. Et elle? Qu’avait-elle fait pour sa servante? Qu’avait-elle fait pour son peuple? Elle avait toujours été une charge et n’avait encore rien apporté à quiconque.
Et voilà que ces deux princesses surpassant en valeur la plupart des hauts nobles qu’elle avait connus lui demandaient son aide! Comment pourrait-elle les aider en quelque manière que ce soit? Alors qu’elles ne savaient rien d’elle, en dehors de son titre et peut-être quelques discussions avec sa servante, elles allaient lui faire une proposition dans une affaire visiblement de la plus haute importance!
Leukô prit une profonde inspiration.

– Si vous le voulez bien, avant que vous me fassiez votre proposition et que j’y donne une réponse, j’aurais moi aussi des choses à vous dire.
Vous ne me connaissiez pas avant aujourd’hui, peut-être avez vous entendu parler de moi avec cette affaire de défi de mon père pour ma main. Peut-être avez vous parlé de moi avec le maître Mankas et Tharralée, ma servante, mais même elle a des choses qu’elle ne sait pas sur moi.
Aussi, je vous demanderais de ne pas m’interrompre, s’il vous plait, c’est important pour moi.
Nous sommes toutes trois princesses héritières de nos royaumes pour des raisons différentes, mais c’est un fait. Nous aurions pu nous rencontrer dans la cour royale d’une d’entre nous, mais tel n’est pas le cas, cela se passe dans ce donjon minable qui respire la mort.
Quand je vous vois toutes deux, si braves, si impliquées par les affaires de vos royaumes, si sûres de vous, je me dis que je suis une bien piètre princesse, une princesse inutile, qui n’a jamais rien fait pour son royaume et qui est certainement à l’origine de la mort inutile de très nombreux chevaliers de son propre royaume. J’ai été futile et sotte de croire qu’on pouvait trouver un bon mari avec le défi de mon père. J’ai même été égoïste en t’emmenant avec moi, Tharralée, et en t’imposant cet enfermement pour lequel tu n’y es pour rien, j’ai aussi été si ingrate envers toi. Aussi, de tout mon cœur, je te présente humblement mes excuses. Je dois en oublier tellement j’ai été une pitoyable princesse…
Je dois aussi être honnête avec vous, l’idée de me marier avec une femme m’est étrange et me met quelque peu mal à l’aise. Je vous trouve très belles, l’une et l’autre, je vous admire même pour toutes les qualités que j’ai pu voir en vous en si peu de temps, mais ce n’est pas quelque chose que je connais et ça me fait un peu peur.
Cependant, j’ai décidé de changer. Je ne connais pas autant de choses que vous dans les affaires des royaumes, je ne sais pas me battre, mais je veux bien apprendre tout ce que vous voudrez que j’apprenne et je veux vous aider. Je ne serai jamais comme vous, mais je mettrai toutes mes maigres forces à contribution pour ne plus être cette princesse inutile.
En tant que princesse royale, comme vous, je me dois aussi à mon peuple. Aussi, si cela doit être pour le bien de mon peuple, je suis prête à vous épouser, vous, princesse Lévanatée, ou vous, princesse Movella, voire même vous deux en même temps. Je ferai tout on possible pour être la meilleure épouse et la meilleure reine possible pour vous.
Je vous pris de bien vouloir me croire, je veux changer, je veux de toute mon âme devenir une princesse digne de ce nom. Je ferai tout mon possible pour remplir mes devoirs et ne pas vous décevoir.

Leukô qui s’était levée pendant son discours se rassit. Elle venait de vivre comme une délivrance de chose qu’elle gardait en elle depuis longtemps. Des idées qu’elle avait eu, mais qu’elle avait aussitôt écarté parce que trop dérangeantes, mais face à cet afflux de nouveautés, elle avait besoin de l’exprimer. De voir ces deux héroïnes, elle s’était sentie poussée à faire cet aveux de faiblesse. Il lui fallait être honnête envers elles avant qu’elles ne s’en remettent à elle pour une chose importante.
Elle se sentait finalement soulagée d’avoir dit tout ce qui la rongeait depuis quelques temps et qu’elle avait mûri lors de sa promenade de la veille. Elle voulait vraiment changer.
Movella et Lévanatée, après avoir attentivement écouté Leukô se regardèrent d’une expression entre amusement et la satisfaction.

– Merci beaucoup pour cette déclaration, Leukô. Bon… Et bien, ça nous rassure par rapport à la demande que nous allons vous faire. Mais vous n’y êtes pas du tout, aucune de nous n’a prévu de vous épouser.
– Tout à fait. Ca ne serait d’ailleurs pas forcément une bonne chose. Mais il faut que l’on vous le dise, Movella et moi allons nous marier ensemble, nous ne vous avions pas prévu dans notre couple.
– Je comprends. Si les deux princesses héritières sont mariées ensemble, votre guerre devient absurde.
– Pas seulement. Pendant ces combats, nous nous sommes rapprochées effectivement, au point que des sentiments sont apparus.
– Les larmes que vous m’avez vu verser quand j’ai cru Movella morte n’étaient pas celles pour une compagne d’arme, mais bien celles pour celle qu’on aime.

Encore une nouvelle chose et une nouvelle incompréhension pour Leukô, deux femmes pouvaient s’aimer d’amour comme s’aimaient un homme et une femme dans ses livres. Qu’elles se marient ensemble par devoir commençait à faire son cheminement dans son esprit, mais qu’elles puissent partager ce genre de sentiments entre elles était une chose qu’elle n’avait encore jamais envisagé. Elle avait bien vu le baiser qu’avait donné Lévanatée à Movella en découvrant qu’elle n’était pas morte, mais elle avait mis ça sur le compte de l’émotion et de la joie. Elle-même était en train de défaillir à ce moment-là.
Décidément, elle était innocente de bien des choses… Encore quelque chose à assimiler.
Eprouvaient-elles ces mêmes sentiments que décrivaient ses livres et ses poèmes d’amour? Est ce qu’aimer un homme ou aimer une femme est différent? Comment savoir alors qu’elle même n’avait jamais même aimé et espérait tant les éprouver un jour envers quelqu’un. Aux sourires et aux regards qu’elles échangeaient, à leurs mains qu’elles voyaient se chercher sur la table, cela semblait bien être le cas, cela ressemblait à ce qu’elle en avait lu et ce qu’en avait répondu Tharralée quand elle l’avait harcelée de question pour comprendre avec des mots plus directs.
Oui, elles s’aimaient, comme les personnages de ses romans. Leukô se mit un peu les envier une fois de plus, elles s’étaient trouvé alors qu’elle était toujours seule. Mais elle ne les jalousait pas, on ne jalouse pas l’amour chez les autres, on l’admire.

– Ce mariage n’est donc pas qu’une histoire de devoir, mais aussi de sentiments… C’est merveilleux.
– Exactement. Merci. Mais encore autre chose…
Vous n’avez pas à être comme nous et aucune honte à avoir de ne pas l’être. Nous sommes des princesses qui ont été forgées par la guerre. Le fait que vous n’ayez pas eu à l’être signifie aussi que votre peuple n’a pas eu à endurer les souffrances que les nôtres ont subies. Je préfèrerais mille fois ne pas savoir manier l’épée et que mon peuple soit en paix et heureux.
– Nous avons grandi avec l’idée que ceux qui nous suivraient pourraient mourir en combattant. Vous n’avez pas à nous envier ça.
– Je comprends. Merci…
– Mankas, c’est à vous…
– Ah! Bon…

Mankas marqua un temps d’arrêt.

– Princesse… Je suis aux regrets de vous apprendre que votre père est mort.

Leukô resta stupéfaite de la nouvelle. Tout cela lui semblait si distant. Elle se revoyait petite fille jouant avec lui et une foule de souvenir lui arriva en un flot incohérent.
Elle avala sa salive en retenant son émotion et encaissa la nouvelle. Elle avait maintenant la responsabilité du royaume d’Ishys, pas de mari pour assumer les charges royales auxquelles elle n’entendait rien, si son autorité était au moins reconnue, ce qui était loin d’être certain. Elle disait vouloir changer être à la hauteur des attentes qu’on mettait en elle, elle était servie, mais ne s’attendait pas à ce niveau là.
Elle prit une profonde inspiration pour reprendre contenance et continua.

– Comment est ce arrivé?
– Depuis votre départ pour ce donjon, votre père semblait affligé, il mangeait peu, dormait peu, semblait toujours fatigué et était toujours irritable.
L’autre jour, le jour de votre anniversaire, il fut pris d’une colère envers le majordome qui n’avait pas mis de couvert pour vous afin de marquer l’occasion. Son coeur n’a pas tenu. Je suis désolé, princesse, je vous présente toutes mes condoléances.
– Merci Mankas, j’aurais préférer vous voir avec une meilleure nouvelle…

Leukô se leva et alla prendre un peu d’air frais à la fenêtre, retenant ses larmes. Elle voulait être forte comme elle venait juste de le dire aux autres princesses, c’était le moment de le montrer, son peuple avait besoin d’elle et elle ne savait comment s’y prendre.

– Princesse Lévanatée, princesse Movella. Il semblerait qu’une fois encore j’aie besoin de vous. Aussi fou que cela puisse me paraitre, ça me semble la solution la plus logique et la meilleure: En plus du mariage entre vous, accepteriez vous de m’épouser?
– Ce n’est pas possible princesse. Vous l’avez dit vous-même, cela n’est pas dans votre culture, ça serait donc mal compris et provoquerait des tensions au sein de votre peuple.
– Et vous Mankas?

Tharralée mit la main sur la bouche de maître Mankas pour l’empêcher de répondre.

– Princesse… Mankas et moi nous sommes fiancés avant notre départ pour cette tour, nous jurant de nous marier à la fin du défi.
Quand bien même, s’il est bon orateur, il n’entend rien à la gestion de domaines, c’est un artiste quelque peu philosophe, pas un roi.

Leukô se sentit un peu gênée. Elle n’était pas au courant de la chose. Encore une chose à se faire pardonner auprès de sa servante.

– Princesse, vous devez comprendre que la situation est réellement grave.
Il faut aussi que je vous fasse un aveu, les princesses Movella et Lévanatée ont raison de me traiter de fourbe et de m’en vouloir. Je leur ai déjà avoué la vérité tout à l’heure.

Le maître Mankas prit l’air grave des secrets honteux difficiles à exprimer.

– Je ne croyais pas du tout en leur réussite. Je savais qu’elles étaient compétentes au métier des armes, mais six dragons, je n’aurais jamais pensé qu’elles puissent en venir à bout. A elles deux, avec leurs formations d’élite, je comptais quand même qu’elles leur portent de terribles coups et puissent en tuer certains. De là, j’aurais pu envoyer d’autres chevaliers que j’estime de valeur pour terminer le défi.
J’ai conscience d’y être pour quelque chose dans la forme qu’à pris ce défi. J’ai compris que mon roi Oikonomos a placé la barre bien trop haut avec six dragons. Il était dur, mais juste, cependant, il ne pouvait revenir en arrière en constatant que l’épreuve était insurmontable, même votre ancêtre aurait échoué face à six dragons. S’il l’avait fait, il aurait dû reconnaitre une autre erreur après celle des ‘ventres savants’, ça aurait eu des conséquences terribles sur son autorité et déstabilisé Ishys.
Votre père vous aimait. Au début, il avait de grands espoirs que de jeunes et vigoureux chevaliers puissent l’emporter. Puis voyant la tournure des évènements, il réalisa dans quelle situation il vous avait mise. C’est là que sa santé déclina.
J’ai donc organisé ce plan pour accélérer votre retour auprès de lui, éprouvant aussi de la culpabilité envers vous, mais aussi envers Tharralée.
Mais maintenant, il est trop tard et la situation est critique.
– Vous semblez affligé, que se passe-t-il exactement?
– Le seigneur Dolios, avec la mort de votre père et votre absence, tente de faire pression sur le conseil pour se faire nommer régent à titre héréditaire. C’est un homme violent et ses méthodes sont on ne peut plus discutables. Si vous reveniez seule, je ne sais ce qu’il pourrait advenir de vous. Même si j’ai été fourbe, c’est par loyauté et fidélité envers votre père, aussi, je trahirais si je le laissais faire.
– Vous me suggérez de fuir?
– Ca n’arrangerait rien et ce serait une catastrophe pour les royaumes de Fotia et de Pagô.
– Nos royaumes sont affaiblis par toutes ces années de guerres, et même si nos gens son vaillants, votre armée est puissante et nos deux royaumes réunis ne pourraient résister, ils seraient balayés tous deux.
– Comme vous dites que vous ne pouvez pas vous marier avec moi, que même si je le faisais, ça poserait des problèmes que peut-on faire?
…Si je m’étais attendue à dire ça un jour à des femmes…
– Si vous entrez, le conseil ne pourra pas vous protéger contre Dolios. Par contre si vous vous en protégez vous-même, il vous soutiendra.
– Je suis perdue. Princesse Lévanatée, princesse Movella, vous me parliez tout à l’heure d’une proposition à me faire. Ce n’est pas un mariage avec moi, qu’est ce alors?
-Tout le contraire, le serment officiel et irrévocable de ne jamais vous marier et que tout mariage que vous contracteriez soit déclaré invalide tacitement.
– Alors là, vous me perdez encore plus…
– Actuellement, vous êtes reine, en attente de votre couronnement. Quiconque vous épouserait deviendrait roi d’Ishys et aurait les mains libres pour faire ce qu’il veut. Si ce ‘quiconque’ était Dolios ou quelqu’un ayant le même genre d’aspirations, tout serait perdu, tant pour vous que pour nous.
– Mais je veux un jour pouvoir avoir des enfants! Il faudra un héritier pour le trône!
– Il n’est nullement nécessaire d’avoir un mari pour avoir des enfants. On en aura bien nous aussi.
– Euh…?…
Mais comment comptez vous faire?

Décidément, ces princesses ne faisaient pas grand chose comme ce qu’elle connaissait, à moins que ce ne soit elle qui ne sache pas tant. Mais pour ce qui était d’avoir des enfants entre elles, elle en était sûre, ce n’était pas possible! A moins que…

– Et si nous revenions à cette proposition?…

Les derniers servants venaient de sortir et le maître Mankas se retrouvait seul au milieu de toutes ses malles dans ses appartements dans le palais royal. Il se précipita pour en ouvrir quatre.

– Ca va? Vous êtes en sécurité maintenant.
– Quelle tare ce bras! Vivement qu’il soit remis! Allez, on va dire que j’ai de la chance, ce n’est pas le droit…
– J’arrive…

Lévanatée sortit rapidement de sa malle se porta au secours de Movella pour l’extraire de la sienne. Leukô, en se dégageant elle aussi, s’amusait de la chose et s’émouvait des tendres attentions de Lévanatée envers son amie.
Un des points délicats était passé, elles étaient toutes trois entrées au château sans se faire remarquer. L’idée de se mettre dans les bagages du maître Mankas était risquée si les gardes avaient entendu un bruit ou décidé de fouiller les bagages, mais Mankas était connu pour être un proche fidèle du roi, donc insoupçonnable de trahison. Le bagout et le baratin du poète auraient probablement suffi à écarter la menace, mais si dans un choc Movella avait crié de douleur, tout aurait été perdu.
Leukô s’approcha de la fenêtre pour voir la cour, elle trépignait de se dire qu’elle était de retour chez elle.

– Eloignez vous ou tirez le rideau, princesse, personne ne doit savoir que vous êtes là encore. Pas avant que nous ne soyons dans la salle du trône avec la cour.

C’était un peu dur à entendre, mais si vrai. Les gardes, surtout pas ceux de Dolios, ne devaient pas la découvrir, ou le futur régent allait lui mettre la main dessus et lui réserverait un sort encore moins enviable qu’une tour entourée de dragons, même si elle ne voulait pas imaginer ce que cela pourrait être.

– Je vais vous laisser vous préparer vos altesses et me tenir un peu plus au courant des dernières nouvelles. Mon assistant doit avoir de milliers de choses à me raconter sur ce qu’il s’est passé en mon absence. Je vous l’enverrai ensuite pour qu’il vous fasse entrer dans la salle du trône par un passage secret qui mène directement dans mon recoin favori. Ca vous évitera de vous faire repérer par les gardes. Je devrai rejoindre le conseil ensuite, nous ne nous reverrons donc pas avant. Je vous souhaite bonne chance et bon courage à toutes.
– Merci, Mankas.

Les quatre femmes sortirent des autres malles leurs nécessaires.
Leukô attarda son attention sur les épées des deux princesses guerrières. Selon comment tourneraient les choses, elles auraient à les utiliser pour les défendre toutes les quatre. Obligée de se faire protéger par des princesses étrangères dans son propre château… Quelle ironie!

– Quand tout cela sera fini, une d’entre vous voudrait elle bien m’apprendre à manier une épée? Je n’arriverai jamais à votre niveau de maîtrise commençant bien plus vieille, ce n’est pas pour mener des batailles, mais je voudrais au moins savoir me défendre un peu.
– Quand tout cela sera fini, Leukô, vous n’aurez pas à vous défendre par les armes, à nous trois, nous aurons remis de l’ordre dans votre royaume et dans les nôtres.
– Je vous apprendrai si vous le voulez encore. Mais pour le moment, remettez vous en à nous pour ça, votre mission est bien plus importante que la nôtre.
– Tout à fait, tout repose sur vous. Sans vous, nos épées ne serviraient à rien.

Movella regarda Leukô profondément droit dans les yeux. La princesse de Fotia avait un regard terrible qui n’était pas uniquement dû à la douleur de son bras, elle était prête pour le combat s’il devait avoir lieu.

– Vous réussirez. Personne d’autre que vous ne peut réussir ce que vous avez à faire. Vous êtes la reine!

La salle du trône était comble comme pour les grandes occasions. Les bannières de funérailles avaient été retirées, les bannières royales étaient en berne à côté des bannières de deuil.
Les seigneurs et leurs suites n’étaient pas rentrés chez eux depuis les funérailles du roi Oikonomos. Tout le monde se pressait, faisant valoir son titre pour obtenir la meilleure place. Même les belles dames dans leurs toilettes étaient obligées de se serrer. Ca en était à tel point que même les enfants qui d’habitude courent partout en filant à travers la foule ne pouvaient jouer à se poursuivre.
Certains venaient pour voir l’évènement parce que leur titre les obligeait à assister à une affaire de cette importance, d’autres pour y être vus de Dolios ou du moins ne pas être considéré comme absent, craignant le tempérament de celui-ci, d’autres encore pour se rassurer par rapport à la continuité de dirigeance du royaume. Mais la plupart voulaient être témoins de la chose, ça n’était jamais arrivé dans toute l’histoire d’Ishys, aussi ils voulaient être là pour prendre conscience de la réalité de la décision du conseil. Tout cela faisait une sorte de vrombissement, de bourdonnement lourd qui emplissait l’air.
La sécurité était renforcée, les gardes royaux ne plaisantaient pas et repoussaient parfois violemment ceux qui dépassaient les limites qu’ils avait fixées afin de permettre la circulation et laisser le parvis du trône dégagé. Plusieurs d’entre eux, surtout parmi les plus jeunes étaient nerveux avec une telle foule. Au moins mouvement de panique, ce serait l’hécatombe.
Les hauts sièges des douze membres du conseil s’alignaient au bas de l’estrade royale. Ils attendaient leurs destinataires.
Un garde royal entra dans la salle par une porte latérale au trône et frappa lourdement trois fois le sol marbré de sa lance.

Les conseillers du roi!

Le silence se fit rapidement dans la grande salle du trône alors qu’entraient un détachement d’une vingtaine de gardes royaux conduits par un officier portant la couronne royale sur un coussin, suivi des douze conseillers toujours en tenue de deuil. Un autre détachement clôturait ce cortège. Les conseillers prirent places sur leurs sièges alors que l’officier déposait la couronne du roi sur le trône et les gardes se disposaient de part et d’autre pour intervenir en cas de problème. C’était des procédures de sécurité tout à fait exceptionnelles.
Le plus âgé d’entre eux tenait dans la main un parchemin. Il le déroula précautionneusement et prit solennellement la parole.

– C’est en tant que doyen des membres du conseil que moi, maître Kosmitor, m’exprimerait en son nom.
Notre royaume est actuellement sans roi. Notre princesse est au loin en train d’attendre qu’un prétendant la délivre depuis quelques années. Cette situation peut apporter la perte de notre bon royaume d’Ishys. Aussi, le conseil, dans sa majorité, a décidé que cela ne pouvait durer ainsi. De même, le conseil a décidé de lever le défi de notre défunt roi Oikonomos et de rappeler la princesse dans notre capitale. Celle-ci n’a pas été formée pour diriger un royaume, ainsi le conseil a décidé que, bien que lui conservant son titre, il faudrait un régent apte à diriger Ishys et lui maintenir sa prospérité.
J’appelle donc le sire Dolios, seigneur de Tipota.
– Me voici!

Confiant et revêtu de ses grands atours, le seigneur Dolios s’avança et salua le trône où était posée la couronne et le conseil de feu le roi. Il se tint ensuite fermement devant le conseil, attendant la suite.

– Sire Dolios, nous vous avons fait parvenir il y a quelques jours, la convention définissant les droits et devoirs du régent vis à vis du royaume, de la couronne et de la descendance royale par la princesse Leukô. Avez-vous des questions à ce sujet?
– Tout est parfaitement clair, vénérables conseillers
– A l’attention de notre noble assistance, j’en rappellerai les principaux points:
Le régent s’engage à s’occuper des affaires du royaume et protéger la famille royale jusqu’à ce qu’un descendant mâle de la princesse Leukô soit prêt à reprendre la charge de roi. Le régent doit fournir tous les moyens à ce descendant pour sa formation en vue de sa future charge. Le titre de régent est héréditaire.
– Je mettrai un point d’honneur à parfaitement remplir cette charge dans les dispositions que vous venez d’énoncer ainsi que toutes les autres concernant les modalités définies dans la charte que vous avez établie.
– Parfait!
Que l’ont fasse venir l’épée des rois pour que le régent porte serment!

La porte par laquelle étaient arrivés les conseillers s’ouvrit à nouveau. Un nouveau détachement de gardes en sortit mené par un officier pourtant une splendide épée à côté de son fourreau sur un long coussin. C’était l’épée du fondateur de la maison royale d’Ishys. On disait qu’elle possédait de nombreux pouvoirs surnaturels. Malgré son âge et toutes les batailles qu’elle avait connues, elle resplendissait comme neuve, seul son style ancien trahissait son ancienneté. Elle était le vrai symbole de la royauté, encore plus que la couronne qui était pourtant richement décorée. C’était cette épée qui était à la fondation d’Ishys et avait permis à son propriétaire de construire un royaume.

– Sire Dolios, veuillez approcher et poser la main sur la lame pour prêter serment.
Avant que quiconque ne prête serment en tant que régent, il serait une bonne chose de demander à la reine si elle en a besoin!

Une voix féminine venait de résonner dans la salle. Surpris de cette intervention, les conseillers cherchaient sur leur droite celle qui avait interrompu la passation de serment du futur régent. Une agitation prit l’assistance qui cherchait aussi d’où venait cette intervention. Cela semblait venir du bord, près d’une colonne.

– Qui a parlé?
Moi!

La foule se fendit difficilement pour laisser le champ libre entre l’importune et le conseil. Les gardes royaux intervinrent pour accélérer la manœuvre, provoquant des protestations de la part des courtisans et curieux quelque peu malmenés.
En bout de l’allée ainsi dégagée se tenaient deux silhouettes couvertes de la tête aux pieds de grands manteaux de voyage féminins, leurs capuches cachant leurs visages. L’une d’entre elles était d’un blanc immaculé et celle se tenant à côté d’un vert sombre aux motifs forestiers.

– Veuillez montrer vos visage, déclinez votre identité et de quel droit vous pensez avoir le droit d’interrompre cette cérémonie.

La silhouette verte passa devant l’autre et défit la broche qui retenait le manteau blanc et l’enleva, révélant une jeune femme dans une robe toute aussi blanche.
La rumeur parcourut la foule. Certaines personnes semblaient la reconnaitre, d’autres ignorer totalement de qui il s’agissait et d’autres encore se perdaient en conjectures.

– Je suis la reine Leukô d’Ishys, fille du défunt roi Oikonomos. Quant à mon droit d’interrompre cette cérémonie, c’est celui de la souveraine de ce royaume.

La rumeur parcourut encore la foule. Les conseillers étaient médusés en dehors du maître Mankas qui arborait un sourire sardonique. Il se leva de son siège pour saluer profondément sa reine, exagérant même le geste de déférence.

– Majesté, soyez la bienvenue chez vous. Vous nous avez énormément manqué.

Malgré qu’elle soit serrée, la foule commença à faire de même, suivie du conseil qui sortait de sa stupéfaction. Les gardes repoussèrent un peu plus l’assistance provoquant encore quelques protestations étouffées.

– Un instant! Qui nous prouve qu’il s’agit bien de la princesse Leukô? Cela pourrait être une fille lui ressemblant vaguement et déguisée pour nous tromper.
– Moi!

La silhouette dégrafa à son tour son manteau de voyage et le fin tomber, révélant une jeune femme pourtant une robe d’inspiration toute aussi forestière.

– Je me nomme Tharralée, servante de la damoiselle Leukô et fille du conseiller Krimat. Je pourrais répondre à toutes les questions de celui-ci sur nos souvenirs de mon enfance si vous avez aussi des doutes sur mon identité aussi, sire Dolios.
Pardonnez cependant mon insolence, seigneur, mais ma maîtresse n’est pas princesse, mais bien reine de ce royaume.
– Je vous prie de m’excuser, majesté, mais vues les circonstances, mieux vaut être prudent vis à vis de personne qui voudraient usurper votre identité. Je m’excuse aussi pour mon erreur concernant votre titre, question d’habitude.
– Ce n’est rien.

Dolios fulminait intérieurement de ce coup de théâtre, il détestait d’ailleurs le théâtre, mais ne montra pas ouvertement sa contrariété. Il salua à son tour sa reine.

– Cela ne change cependant rien quant à la décision du conseil.
– Sachez, seigneur Dolios, qu’en ce royaume, le conseil donne son avis, mais les décisions sont prises par le roi ou la reine.
– Vous avez quand même besoin d’un régent. Vous ne vous y entendez pas dans ce qui est de la gestion de domaines et encore moins dans la gestion d’un royaume.
– Conseillers, vous avez commis une autre erreur. Vous ne pouvez lever le défi de mon père, non seulement parce que cette décision me reviendrait seule, mais surtout parce qu’il a été remporté. Les six dragons ont été tués.

La clameur et la rumeur parcoururent encore la foule de stupéfaction, ainsi que le conseil. Les conjectures concernant qui pouvait avoir rempli le défi allèrent bon train après l’étonnement.
Dolios lui-même était stupéfait. Toutes ces années sans que quiconque ne parvienne à quoi que ce soi, à faire neutraliser les meilleurs postulants avant même qu’ils ne se présentent au castelet et ce n’est que quand il prépare sa prise de pouvoir que quelqu’un y arrive… A moins que ce ne soit encore une ruse de la part de la jeune femme…

– Quelle heureuse nouvelle! Qui donc à remporté le défi? Qui a eu la vaillance et la force d’y arriver?

Leukô et Tharralée s’écartèrent légèrement, laissant passer deux silhouettes en manteau de voyage féminins, un couleur lavande et l’autre pourpre. Les deux jeunes femmes ôtèrent leur capuches, elles gardèrent cependant leurs manteaux sur elles, Movella ayant retiré son écharpe pour donner meilleure allure, elle cachait ainsi encore le fait qu’elle se cale le bras à sa ceinture et une sangle dans le revers.

– Noble assistance, conseillers, représentants du peuple, je vous présente les princesses Lévanatée du royaume de l’alliance de Pagô et Movella du royaume des tribus unies de Fotia.

La foule allait de rebondissements en rebondissements. Cela amusait Leukô. Cela lui rappelait quand elle-même tombait des nues au fil du récit des circonstances que lui avaient fait ses deux amies.
Son cœur battait à tout rompre, la pression était grande et toute cette foule l’oppressait, elle qui commençait à peine à s’habituer à des petits comités. Jusqu’à présent, elle tenait tête à Dolios et attirait l’attention de toute la salle du trône. Elle avait la gorge si nouée lors de sa première intervention qu’elle avait cru ne pas pouvoir sortir le moindre son et ne pas pouvoir empêcher la passation de serment du régent. Elle devait en plus de tout ça donner le change à tout le monde et ne pas montrer qu’elle était intérieurement paniquée.
Pour le moment, tout allait selon le plan convenu entre elles et le maître Mankas. Jamais elle ne se serait crue capable d’occuper le haut du pavé et tenir tête à un seigneur si puissant. Non seulement elle lui tenait, mais elle le provoquait. Elle ne devait pas perdre sa concentration et ne pas faiblir, l’avenir se jouait maintenant et elle ne devait pas faillir dans sa mission car tout reposait d’abord sur elle. Jamais elle n’avait été aussi loin en s’imposant en public, elle était déjà satisfaite d’elle-même d’y être arrivé, mais rien n’était fini, elle devrait tenir encore et encore, jusqu’à ce que tout arrive à sa conclusion, du moins à une des multiples conclusions possibles.
Elle se faisait penser à une comédienne morte de trac, qui doit improviser son texte au fur et à mesure, en ayant aucune idée de comment fini la pièce. Elle n’avait que quelques points obligatoires par lesquels passer et devait s’adapter en permanence. L’entrée en scène des deux princesses la rassurait un petit peu, leur assurance lui servirait de référence, même si c’était à elle de parler en tant que reine de ce royaume.
Elle admirait aussi le courage de la princesse Movella, qui ayant retiré son écharpe au bras gauche devait souffrir le martyre et pourtant en plaisantait « Ca évitera qu’ils voient un de mes points faibles avec trop d’avance et en plus avoir le bras en écharpe, ça manque d’allure pour une telle occasion. ». Quant à Lévanatée, elle avait pris le temps de la rassurer et la pousser avant l’entrée en scène, en plus de se dévouer pour soulager sa compagne. Leukô avait conscience que leurs vies à toutes reposaient sur chacune d’entre elles, elle ne devait pas faillir.

– Nobles princesses, je vous salue. Je m’excuse du contexte dans lequel vous arrivez, mais nous devons traiter d’affaires de la plus haute importance pour l’avenir notre royaume. Je suis désolé que vous soyez impliquées dans ces discussions auxquelles vous ne devez pas comprendre grand chose.
– Ne vous inquiétez pas, nous pouvons comprendre que les affaires de votre royaume passent avant tout s’il y a péril en la demeure.
– Tout à fait. Nous avons nous mêmes grandi dans des cours royales et savons ce que c’est.
– Merci…
Majesté, pourrais je vos faire remarquer que ce sont des femmes et qu’elles sont deux. Cela ne correspond pas vraiment à ce qu’attendait votre père comme vainqueur du défi. Elles ne correspondent pas aux attentes que nous en avions, c’est à dire vous trouver un mari pour fonder une nouvelle dynastie.
– Vous avez raison Dolios. Cependant, je vous ferais remarquer que d’après nos critères militaires, à l’époque de la fondation, mon ancêtre avait fixé un critère d’évaluation des forces en présence qui donnaient qu’il fallait au moins trois femmes pour rivaliser avec un homme. Selon ce critère, c’est comme si chacune avait tué au moins neuf dragons.

Ce début de réponse surprit l’ensemble de l’assemblée. Mankas avait trouvé par hasard ceci dans les chroniques royales un jour où il préparait un éloge des rois d’Ishys et s’en était amusé, il en avait même fait un poème comique. Il n’aurait jamais pensé à l’époque que ça servirait un jour dans d’autres circonstances.
A l’expression de se rappeler d’un souvenir ancien, une anecdote, avec un grand sourire réjoui et approbateur, cela semblait correct.
Dolios était maintenant certain que tout cela était bel et bien prévu de longue date. Jamais une princesse ne se penche sur ce genre de choses et encore moins n’en retient ce genre de détails. Trop de choses se cumulaient pour que tout ne soit pas prévu. Il devait cependant trouver la faille dans ce plan et le faire tomber.

– Il n’empêche que ce sont des femmes, qu’elles ne peuvent vous épouser et fonder une nouvelle dynastie avec elles.
– En cela vous n’avez pas tout à fait tort. Cependant, la volonté de mon père était aussi que ce soit la personne ayant le plus de valeur qui dirige le royaume à mes côtés. Le critère qu’il avait fixé des six dragons était pour des valeurs guerrières, mais aussi d’intelligence, car pour avoir vu mourir tant de braves chevaliers, ceux qui s’en étaient sorti le mieux avaient fait preuve de grands talents d’intelligence. Aussi, même si je ne peux me marier avec elles, nous avons passé un pacte concernant la direction du royaume.
– Mais ce sont des princesses, même si elles ont appris le métier des armes, qu’elles y soient bonnes, elles ne doivent certainement ne rien entendre à la dirigeance d’un domaine.
– Seigneur Dolios, vous faites erreur. Toutes deux ne sommes pas que princesses, nous sommes les princesses héritières de nos royaumes et avons été préparées à être des reines souveraines. Nous avons aussi toutes deux nos régiments personnels composés de milliers de femmes qui n’attendent que nos retours pour aller au combat, car nos pays sont en guerre.
– Je vous invite aussi à mesurer vos propos nous concernant, car effectivement, nos pays sont en guerre et comme chez nous tous les seigneurs et seigneuresses combattent, nous pouvons aussi bien être déjà reines sans le savoir, ayant quitté nos contrées pour le défi depuis des semaines.

Dolios supportait de moins en moins de se faire ainsi remettre en place par des femelles. Il avait déjà du mal à croire cette histoire qu’elles auraient vaincu les dragons, cette histoire de femmes guerrières était déjà stupide, mais là, ça allait trop loin. Maintenant, elles sauraient diriger des royaumes, comme si une femme était capable de ce genre de choses… Il ne pouvait pas les accuser de mentir, l’entrée en matière de la reine avait donné crédibilité à toutes ses paroles et toute tentative d’accusation non-étoffée retournerait contre lui la foule présente. Il fallait qu’il trouve les failles et incohérences, pour cela, il devait les laisser parler pour mettre en évidence les mensonges et se réattirer le support du conseil.

– Et en quoi consisterait ce pacte?
– Avant le pacte, il y a une autre chose qui doit être faite. Cela pourra vous choquer, car ce sont deux femmes, que ça ne se fait pas chez nous, mais cela existe chez elles. Elles vont se marier ensemble.

Alors que la foule réagissait à l’étrangeté de l’annonce, Dolios réfléchissait. Cela paraissait maintenant une évidence, avec son enfermement au donjon, la princesse Leukô était devenue folle. Cette peste de Tharralée avait dû le remarquer et avait profité de la situation. Elles s’étaient échappées, Tharralée avait ensuite recruté deux pauvres filles qu’elle avait grassement payé pour jouer cette comédie. Maintenant qu’il avait compris, il ne lui restait plus qu’à le prouver et le trône serait à lui. Les dragons devaient être toujours là-bas bien en vie à garder une tour vide.

– Normalement, je sais que c’est actuellement impossible chez nous, pourtant elles sont toutes deux étrangères et cela existe chez elles deux. Je reconnaitrai ce mariage en tant que reine pour la suite et que le pacte entre nous tienne.
Alors, avant que je vous explicite en quoi consiste ce pacte que nous porterons sur l’épée de mon ancêtre, je vous demanderais de bien vouloir faire silence jusqu’au bout. De nombreuses choses risquent de vous choquer à nouveau, mais quand vous comprendrez en quoi celui-ci sera profitable à notre royaume, je suis sûre que vous en comprendrez l’intérêt commun et en quoi il sera profitable à tout le monde.

L’agitation s’empara de la foule rendant impossible à Leukô de continuer à se faire entendre. L’assistance réagissait à l’annonce que les projets de la princesse menaçaient de bouleverser leurs valeurs traditionnelles. Le royaume avait été construit sur certains principes qui se trouvaient potentiellement menacés. Un mariage entre femmes, on aura tout vu! Et là ce n’était que le commencement d’autres chamboulements qui ne pourraient que mener au chaos et à l’effondrement d’Ishys…
Dolios était satisfait, elle se discréditait toute seule. Mieux valait encore laisser mûrir la situation, il n’en serait que plus réclamé comme régent et personne ne verrait de soucis à ce qu’il écarte la princesse folle…
Comme pour le jour du jugement des ‘ventres savants’, une corde de lyre claqua et imposa sa vibration claire dans l’air. Les regards se tournèrent vers le maître Mankas qui commençait à déclamer.

– C’était un beau matin de printemps en Ishys, des poules et des oies s’ébattaient dans la salle du glorieux trône, gardées par des commères…

Le silence se rétablit dans la salle. Mankas se leva en s’adressant à la foule des spectateurs en prenant garde de ne pas se tourner vers les grands seigneurs du royaume.

– Prenez vous cette cour pour une basse-cour à vous comporter ainsi devant la couronne du roi, l’épée ancestrale d’Ishys, la reine, les grands du royaume, le conseil du roi et deux princesses étrangères?

Un calme honteux se maintint. Kosmitor, le doyen du conseil pensa qu’il était de son devoir de reprendre l’argument du plus jeune de ses membres.

– Majesté, noble assemblée, je vous prie de bien vouloir excuser la foule ici présente de son agitation, les esprits sont tendus par cette période étrange que nous vivons.
Gardes! Veillez à faire évacuer sur le champ toute personne perturbant encore la suite de ce qui se déroule ici actuellement, quel que soit son rang.
– A vos ordres, conseiller!

L’officier ayant répondu inspecta du regard la salle et la parcourut pour donner des consigne à chacun de ses hommes.
Dolios regardait Mankas. Il ne pouvait qu’être dans le coup lui aussi, il en était peut-être même à l’origine. Il était jeune, talentueux à manipuler les gens par son baratin et on lui prêtait une liaison avec la servante Tharralée avant que celle-ci ne parte pour le donjon des six dragons. Le vieux Kosmitor ne devait pas être dans le complot, trop conciliant, pas d’ambitions, sa principale qualité étant de trouver des compromis, le roi Oikonomos l’avait principalement choisi pour sa capacité à trouver les solutions qui convenaient au plus de monde possible en cas de conflits d’intérêts.

– Tout est en ordre, veuillez continuer, majesté, en m’excusant encore du désordre qui vous a interrompue.
– Merci, maître.
Ce pacte liera les trois royaumes de Fotia, Pagô et Ishys. Vous avez raison sire Dolios, je ne suis pas formée à gérer un royaume dans toutes ses affaires, mais elles le sont. Cependant, pour respecter l’esprit du défi émis par mon père, elles ne seront pas régentes, mais co-reines. Avec leurs avènements respectifs, leurs royaumes entreront dans cette gestion commune. Cela sera la garantie d’une paix durable entre nos royaumes. Elles seront mariées et moi non. Aussi, après leur mariage et pour éviter tout risque de complications vis à vis de la couronne d’Ishys, je prêterai à mon tour le serment de ne jamais me marier et que tout mariage réel ou supposé m’impliquant serait invalide.
En ce qui concerne la succession, à la fin du règne des reines Lévanatée et Movella, ce sera celui de mes enfants, garçon ou fille, dans l’ordre de succession qui sera désigné comme héritier, si je n’en avais pas, ce serait celui ou celle issues d’elles indifféremment à leurs personnes à qui reviendrait l’héritage. Il ne s’agira pas uniquement de la couronne d’Ishys, mais bien de celle des trois royaumes.

Même si c’était une supercherie évidente, la proposition était théoriquement censée et semblait obtenir finalement l’aval du conseil qui y voyait un gain pour la couronne. Il fallait agir vite et de manière précise, si un tel serment était porté, ça en était fini de sa régence, elle deviendrait une histoire enterrée. Il fit donc appeler auprès de lui ses deux fils.
La reine Leukô suivie de ses compagnes s’étaient entretemps déplacées vers le devant de l’estrade royale, juste devant le conseil. Ce dernier discutait à voix basse de la disposition que venait d’expliquer la reine.

– Majesté, le conseil approuve le principe de ce serment. Il y a bien évidemment des choses qui nous paraissent étranges et ne vont pas dans le sens de nos habitudes, mais toutes ces ‘étrangetés’ trouvent une cohérence dans la recherche du résultat.
Cet accord pourrait très bien aller dans le sens pour ce qui est de trouver un dirigeant pour notre royaume. Il va même au delà en facilitant des échanges avec des royaumes très différents du nôtre et créant des alliances.
Cependant, il y a quelques points que le conseil désirerait soulever et pour lesquels il émet quelques réserves. Cela ne remet pas en cause votre pacte et pourrait même servir à l’améliorer, dans tous les cas, trouver des réponses à ceux-ci rassurerait le conseil.
– Bien sûr. Posez vos questions, d’autres personnes dans l’assistance ont peut-être les mêmes réserves, y répondre nous permettrait de rassurer ces personne et ferait mieux accepter les quelques digressions aux conventions habituelles.
– Merci, majesté.
La première de nos questions est dans le sens de l’esprit du défi et votre aspect marital. Cela concerne donc votre absence d’époux et vos futurs enfants.
– Il me parait maintenant absurde de me dire que sous prétexte d’avoir été délivrée d’une tour, je serais tombée amoureuse du champion m’ayant délivrée et le prendre pour époux. J’aurais aussi bien pu détester le champion dans notre vie conjugale. Il m’aurait été pénible d’avoir des enfants avec un homme avec lequel je ne me serais pas entendue.
L’amour et le bonheur dans le mariage me semblent de plus grande valeur. Même si cela peut vous surprendre et susciter votre incompréhension, les deux princesses ici présentes vont se marier, mais l’amour est bien présent entre elles, j’ai pu le constater, je ne m’inquiète pas par rapport à leur futur bonheur. Ce n’est pas dans les circonstances dans lesquelles j’étais que je l’aurais trouvé à coup sûr. De ce point de vue, mon père aurait préféré me voir heureuse plutôt que malheureuse auprès de quelqu’un.
Qu’il n’y ait pas mariage, et bien, soit, j’aurai plus de chance et de bonheur à connaitre l’amour qu’à avoir un mariage royal.
Quand aux enfants, j’ai cru apprendre qu’il n’est pas nécessaire d’être mariée pour en avoir…

De petits rires parcoururent l’assistance, mais voyant le conseil sourire à la dernière remarque les gardes laissèrent faire.

– La seconde concerne plutôt les deux princesses étrangères. Comment cela se passera pour votre descendance? Comment cela serait ce possible et comment envisagez-vous l’avenir pour elle? Nous voulons dire, vos enfants n’auront pas la couronne de vos pays d’origines.
– Autant le dire clairement: comment ferez-vous des enfants à deux femmes? Les femmes de chez nous en ont et cela se passe parfaitement bien. Mais je ne suis pas sûre que ce soit le lieu de trahir des secrets féminins…
– Nous en auront toutes deux. Mais pour nos enfants, ne vous inquiétez pas, nos deux peuples sont relativement nomades et marchands, quand bien même n’aimeraient ils pas les voyages, ils auront toute leur place avec la taille que prendra un royaume unifié.
– Et si vous parlez de la dignité de régner sur un royaume indépendant, ne vous inquiétez pas, à nous voir ils sauront à quel point est lourd de porter une couronne et ils sauront que leur devoir est d’aider leur roi ou leur reine à le faire.

Les conseillers se consultèrent du regard et se faisaient des signes d’approbation.

– Les dernières réserves du conseil étant levées, celui-ci approuve ce pacte.

Dolios fulminait intérieurement. Les réponses de la reine et des princesses avaient été préparées pour les objections logiques. Ces fils venaient de le rejoindre. Les clameurs de la foule à l’annonce du conseil l’empêchaient de leur donner ses consignes. Il fallait se dépêcher pour éviter ce complot et remettre d’actualité sa régence après avoir prouver la supercherie. Tant pis pour les conventions, ils devaient agir au plus rapide et apporter ses preuves ensuite, avant qu’il ne soit trop tard.

– Nous pourrons procéder au serment dès que votre couronnement aura été fait.

Dolios était soulagé, cela lui laissait plus de temps pour agir et préparer sa contre-attaque, voire écarter définitivement la menace. Cependant son espoir fut de courte durée.

– C’est inutile, c’est un engagement sur l’avenir et nous ne savons le statut exact des princesses actuellement.
Qu’on m’apporte l’épée royale!
– Vous êtes sûre majesté? Il faut faire tous les préparatifs.
– Conseiller, vous ne connaissez pas nos pratiques. Il y a ce que nous appelons chez nous des ‘mariages de batailles’, ils ne nécessitent pas grand chose, du moins, rien que nous n’ayons sur nous.
– Vous êtes sûres de ne pas vouloir quelque chose de plus grandiose?
– Au contraire, nous nous sommes connues en combattant. Nous l’aurions fait ainsi s’il n’y avait eu un imprévu à la fin de la bataille contre les dragons.

Leukô alla se disposer juste devant l’estrade royale et invita Tharralée d’un geste à venir la rejoindre. Les conseillers se levèrent de leurs sièges et ceux-ci furent poussés par les gardes en faction pour laisser plus d’espace. L’officier préposé au coussin à l’épée se présenta devant sa reine et lui présenta l’arme ancestrale en la saluant.
L’assistance tant curieuse d’une chose qu’elle ne connaissait pas qu’ayant conscience du solennel du moment qui se préparait retenait son souffle et était toute attention à ce qui allait se dérouler.
Les deux princesses défirent les agrafes de leur manteaux de voyage et les laissèrent tomber, révélant qu’elles étaient en armure légère et armées. L’officier en charge de la sécurité de la salle tua du regard ses hommes qui avaient laissé entrer des inconnues en armes, ne se doutant pas qu’elles aient pu arriver d’ailleurs.
Toujours silencieuses, les deux princesses guerrières se rendirent de part et d’autre de l’espace dégagé devant le trône. Se regardant un instant pour se coordonner et se confirmer que l’autre était prête, elles prirent leurs cors qui étaient attachés en bandoulière et soufflèrent combinant les sons comme le jour de leur rencontre avant que chacune se son côté ne passe à l’assaut du castelet et de ses périls. Cette fois, elles ne sonnaient pas par défi.
Cela interrompit un instant Dolios qui donnait ses consignes à ses fils. Il reprit dès que cela fut terminé. Toute cette comédie l’énervait, comment les gens d’Ishys et même les conseillers ne voyaient pas que tout cela était du théâtre? Ses deux fils devraient se saisir des deux comédiennes-princesses alors que lui se saisirait de Tharralée pour la faire avouer publiquement le pot aux roses. Ils passeraient à l’action dès que la reine aurait fait ce simulacre de bénédiction de mariage afin d’empêcher le serment s’il faisant partie de la pièce d’enchainer directement.
Les princesses tirèrent ensuite leurs épées et se dirigèrent l’une vers l’autre d’un pas ferme, se regardant dans les yeux. Elles se rejoignirent juste face à Leukô qui tenait son épée droit devant elle. Elles mirent ensuite simultanément un genou à terre présentant leur arme à l’autre par le manche.
Leukô remarqua une brève grimace de douleur de la part de Movella. Elle espérait qu’en dehors d’elle, Lévanatée et Tharralée personne ne l’avait remarquée.

– Je me rends face au plus puissant adversaire que je n’ai jamais rencontré, celui qui transperce les cœurs sans que la moindre armure ou le moindre bouclier ne puisse arrêter ses flèches.
– Je me rends face au plus puissant adversaire que je n’ai jamais rencontré, celui que nulle épée ou autre arme ne peut vaincre même maniée par le plus puissant des héros.
– Mon arme, mon âme et mon cœur sont à toi.
– Mon arme, mon âme et mon cœur sont à toi. Je veux être tienne ou que tu me tues.

Les deux princesses se saisirent de l’arme l’une de l’autre.

– Je veux être tienne ou que tu me tues. Je serai telle un fantôme maudit sans toi.
– Je serai telle un fantôme maudit sans toi. Je te donne ma vie pour que tu vives.
– Je te donne ma vie pour que tu vives. Je guiderai tes pas dans les ténèbres.
– Je guiderai tes pas dans les ténèbres. Je serai ton dernier souffle de vie.
– Je serai ton dernier souffle de vie. Je serai le sourire sur ton visage.
– Je serai le sourire sur ton visage. Je serai la joie dans tes yeux.
– Je serai la joie dans tes yeux. Je serai le baiser sur tes lèvres.
– Je serai le baiser sur tes lèvres. Je serai avec toi où que tu ailles.
– Je serai avec toi où que tu ailles. Je serai ton arme, ton âme et ton cœur.
– Je serai ton arme, ton âme et ton cœur. Je suis ton épouse.
– Je suis ton épouse.

Les deux mariées s’embrassèrent profondément et longuement.

Tendre baiser

Leukô qui était avec Tharralée aux premières loges était bouleversée d’émotion, les larmes lui coulaient. L’intensité de leurs sentiments la bouleversait, elle espérait tellement connaitre un jour de tels sentiments envers quelqu’un et les voir partagés en retour. Tharralée allait aussi bientôt se marier et durant le voyage, Leukô avait bien vu que les mêmes sentiments étaient entre sa servante et Mankas, aussi avait elle essayé de se passer d’elle le plus possible, c’était sa manière d’apprendre à être une autre que celle qu’elle avait été.
Movella et Lévanatée après s’être échangé leurs vœux à voie basse à l’oreille, s’embrassèrent profondément à nouveau. Elles étaient maintenant mariées selon leurs conventions, seuls Leukô, Tharralée et Mankas le savait, à part peut-être quelques rares personnes ayant entendu parler de cette pratiques.
Elle abaissa l’épée de son ancêtre au dessus de leurs têtes toujours jointes par le baiser et ferma les yeux pour se concentrer afin de mettre toute l’intensité qu’elle pouvait dans sa bénédiction.

– Par le pouvoir de l’épée sacrée des rois d’Ishys, je bénis votre couple, que la joie, le bonheur, la félicité et la prospérité soient toujours sur vous.

C’était le moment de mettre une terme à cette farce! Dolios surprit tout le monde en se précipitant vers le groupe de femmes devant l’estrade royale. Il sortit son épée du fourreau dans sa course. Il avait surpris même ses fils qui partirent avec un temps de retard. Il allait se saisir de la reine Leukô et sa servante pendant que ses fils se saisiraient des deux soi-disant princesses.
Alertées par le bruit de course, Movella et Lévanatée comprirent que que c’était le moment de réagir et vite! Toujours l’épée de l’autre en main elles pivotèrent dans un tourbillon, une sorte de valse basse.

– Maudites femelles, vous…

Dans leur élan, elles frappèrent de taille Dolios aux jambes décrivant un grand arc de cercle de leurs épées. La violence de la manœuvre arracha à Movella un grand hurlement de douleur qui paralysa l’assistance, les gardes et les fils de Dolios comme un cri de guerre. Leukô était tétanisée par la douleur qu’exprimait ce cri. Emporté par sa course et les jambes cisaillées, il parti en avant tête la première et sa gorge vint s’empaler sur l’épée des rois, éclaboussant de sang la robe immaculée de la reine.
Les deux princesses entrées en mode de combat ne jetèrent qu’un œil à la scène afin de s’assurer que tout allait bien pour Leukô et prirent une posture de garde, pointant de leurs lames les deux fils de Dolios qui restèrent comme pétrifiés de voir leur père périr ainsi. Terrorisé par la grimace terrible de Movella et son regard farouche, l’ainé des deux ne put contenir sa vessie. Les gardes royaux sortirent enfin de leur stupeur pour venir se saisir d’eux.
Dolios s’était entretemps effondré aux pieds de sa reine dont les mules baignaient dans le sang. Leukô était toujours sous le choc d’avoir tué un homme, et pas n’importe qui, un des plus grands seigneurs du royaume, celui qui représentait la principale menace contre elle et qui voulait usurper son trône. Couverte de sang et l’épée royale encore en mains, elle était incapable de bouger alors que Tharralée venait la soutenir.

– Reine Leukô, il faudrait quand même que l’on vous dise: les sacrifices d’ennemis lors de mariages royaux n’ont plus cours depuis au moins trois siècles dans nos contrées…

Le serment d’accord entre les trois femmes fut passé une fois le calme revenu dans la salle du trône sans qu’il ne se passe plus le moindre incident, les deux princesses ayant réussi au delà de leurs espérances, impressionnant l’ensemble de la cour. Vue leur vivacités, nul n’émit jamais le moindre doute envers le récit de la bataille des six dragons tel qu’il fut raconté par la reine et la servante, le maître Mankas ayant endossé le rôle de chroniqueur.
Dès le lendemain, Tharralée et Mankas se marièrent avec pour témoins les trois reines en pleines festivités pour célébrer la fin de vacance du trône. Le peuple d’Ishys trouva leur changement de régime plutôt surprenant, mais qu’il y ait une continuité et non une régence le satisfaisait et lui redonnait espoir. Les grands du royaume étaient aussi un peu sceptique de cette situation au début, mais elle leur permettait d’échapper à une régence dure de la part de Dolios et tous les risques que celles-ci pouvait leur amener.
Si le couronnement officiel dû être repoussé pour permettre la fabrication de deux nouvelles couronnes, les trois reines ne restèrent pas inoccupées pendant cet intervalle. Elles envoyèrent des messagers dans leurs royaumes respectifs pour annoncer la nouvelle de leur mariage, de leur couronnement en Ishys et de leurs intentions de mettre fin à la guerre qui ravageait leurs royaumes d’origine. Les réponses qu’elles reçurent furent les mêmes, une trêve dans les hostilités avait été déclarée pour pouvoir assister à leurs avènements officiels en Ishys.
Leurs parents arrivèrent sous le couvert de la trêve. Apprenant l’ensemble des évènements, ceux-ci rendirent la confection des nouvelles couronnes inutiles, car ils abdiquèrent en leurs faveurs. Ces abdications étaient une certitude paix, Ishys en devenant la garante. Ce fut donc bien le couronnement officiel de trois reines et la fusion des trois royaumes qui se passa ce jour-là. Ce fut aussi le premier jour d’un long règne prospère pour les trois peuples unifiés.
De nombreuses lois furent changées pour rendre compatibles les coutumes des trois contrées compatibles et être plus justes pour chacun, rendant les femmes d’Ishys plus autonomes et les égales de leurs hommes, et permettant à chaque couple, quel que soit sa composition de se marier. Les vieilles traditions furent bouleversées, mais comme tout le monde (en dehors de quelques aigris) y trouvait son compte, personne ne trouva à y redire, une fois celles-ci entrées dans les mœurs.

Les deux fils de Dolios vécurent dans leurs cellules cette période de transition. Une enquête mit en évidence les intentions de leur père et leurs participations. Pour de tels actes de haute trahison, la punition aurait dû être la mort, cependant les reines décidèrent de commuer leur peine en une autre plus imaginative sur suggestion de Tharralée qui ne répondit jamais clairement pour savoir si son mari était impliqué.
Tous deux seraient enfermés dans la tour de guet où la princesse Leukô et sa servante avaient passé de long mois. Un puissant dragon blanc fut aussi mit pour garder la tour. Quiconque arriverait à les délivrer pourrait épouser l’ainé et obtenir la seigneurie de Tipota. Autant le dire, il n’y eu aucune prétendante pour se présenter au défi des reines, même les fières jeunes filles guerrières de Pagô et Fotia ne se présentèrent pas, ne voulant de tels maris.
On dit que le dragon partit de lui-même quelques décennies plus tard, n’ayant plus rien à garder.

Que dire encore en dehors de répéter que ce furent de grandes reines?
Mais si bien sûr..

Tharralée et Mankas vécurent heureux et eurent de nombreux enfants, ils servirent les reines jusqu’à leur dernier jour, tant comme conseillers que comme amis.

Leukô, même si elle ne se maria jamais, vécut heureuse elle aussi. Elle eut trois enfants, dont l’ainée était une fille qu’elle appela Leukô aussi et qui prit la succession des reines sur le trône en compagnie de son épouse. Leukô appréciait les arts et les développa dans le royaume, on dit que le premier élève du maître Mankas l’aida en ceci et moult choses, étant très proche d’elle. On dit même qu’elle se languissait les jours où elle ne pouvait entendre ses poésies le soir.

Inutile de rappeler le formidable règne de Movella et Tharralée. Leur amour et leur passion l’une envers l’autre sont entrés dans la légende avec elles. Elles vécurent longtemps et eurent six enfants ensemble sans que personne ne comprenne comment, n’ayant la proximité suffisante avec aucun homme.
Ayant appris à la princesse Leukô la jeune et à sa femme tout ce qu’elles devaient savoir pour diriger le royaume, la chevelure blanchie par l’âge depuis longtemps, elles moururent étrangement. La servante du matin trouva sur leur lit vide un mot disant « Nous sommes mortes. » signé de leurs mains. Leurs funérailles furent cependant grandioses. Certains paysans disent avoir vu durant la semaine suivant leurs décès un dragon blanc portant deux vieilles femmes traverser le royaume vers l’orient…

Voilà, alors que s’arrête ici ce conte, que j’ai quelque peu chamboulé le classique principe du prince charmant qui délivre une princesse prisonnière de sa tour et d’un dragon pour en revenir au traditionnel « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. », j’espère que vous avez pris plaisir dans celui-ci.

En vous souhaitant à tous d’avoir trouvé l’Amour ou de le trouver un jour, je m’en retourne sur les chemins de la vie sur une jument blanche conduite par ma princesse charmante montée en amazone…

Le conseil était au complet en présence des trois reines. De nombreux points à l’ordre du jour étaient déjà passés et avaient été étudiés.

– Maître Kosmitor, point suivant, s’il vous plait.
– Voici… Comme il y a changement de dynastie, du moins un chamboulement par la forme, il a été suggéré de changer la bannière d’Ishys. Comme vous le savez, elle est actuellement avec la représentation des trois dragons qu’a vaincus votre ancêtre. Cependant, avec le changement, le défi de votre père et l’exploit qui y a mis un terme, la fusion des trois royaumes, il serait peut-être bon d’en changer aussi, surtout que vous allez apporter de nombreuses évolutions dans notre société encore, marquant ainsi une nouvelle ère pour le royaume.
– Cela parait censé… De nouveaux temps vont commencer.
– Effectivement, la bannière aux trois dragons correspond à l’ancien temps.
– Ah, qu’on ne me parle pas de dragons! J’ai encore les hurlements de ces monstres dans la tête rien que d’y penser!
– Qu’est ce que je devrais dire… J’ai toujours la blessure au bras que le dernier m’a infligée qui me fait souffrir le martyre.
– Ah ça… Il est clair qu’on en a eu des blessures à cause d’eux…
– …Sans compter le nombre de chevaliers qu’ils ont pu tuer à eux six!
– On sait, on a failli y passer nous aussi!
– C’est vrai que sur le dernier, j’ai bien cru t’avoir perdue…
– Ils ont failli nous avoir quelques fois!
– Rhaaa… Maintenant, j’en suis presque à sentir à nouveau leur odeur répugnante!
– Et vous n’avez pas passé des heures à l’intérieur de la carcasse d’un d’entre eux. C’est pire!
– Brrr… Quelle horreur!
Bon, maître Kosmitor, Que proposez-vous donc comme nouvelle bannière?
En fait, nous pensions représenter les six dragons du défi de votre père dessus…
– Je crois, maître Kosmitor, qu’il vaut mieux ne pas trop embêter nos reines avec de stupides histoires de dragons…

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Quand les religions s’emmêlent autour d’un mariage…

10 août 2010 à 04:11 | Publié dans Sappho, Z'inclassables | 2 commentaires
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Je lisais l’autre jour une situation un peu bizarre:
Une fille allait se marier avec son copain. La fille est une païenne wiccane et son copain tout ce qu’il y a de plus athée. Les deux ne se cachent pas de leurs opinions et options vis à vis de la religion, et pourtant leurs familles leur prennent la tête pour faire un mariage à l’église avec un prêtre catholique… Une des grand-mères de la fille devenant même très insistante au point d’en devenir franchement lourdingue.

Bref: sachant les positions de l’ECR sur l’athéisme et sur le paganisme, on leur demande de participer à une cérémonie n’ayant de sens pour aucun des deux, pour consacrer leur union devant un dieu en lequel ils ne croient pas, sachant qu’elle est dirigée par un prêtre d’une religion hostile à leurs convictions religieuses ou philosophiques…

Au delà du ridicule et de l’absurdité de la situation, cela peut poser un réel problème familial et devenir source de conflits.
Qui se marient?
Ne serait il pas tout simplement normal que seuls les mariés décident si ils veulent se marier selon une religion ou non sans que quiconque n’ait le moindre mot à dire sur leur décision de couple? Qu’est ce qu’ont besoin d’intervenir les familles pour vouloir leur imposer des volontés qui ne sont pas les leurs sur un sujet sensible et pour un tel jour pour leur couple?

Quand je me suis fiancée avec Sabine, ma compagne, je ne lui ai pas imposé cette cérémonie païenne que nous avons célébrée. C’est d’elle-même qu’elle a voulu la faire, par amour et parce qu’elle savait que ça avait un sens pour moi et que ça me ferait plaisir, sans que ce ne soit dérangeant pour elle en quoi que ce soit. Si elle n’avait pas voulu, ça n’aurait pas été grave, nous aurions fait les fiançailles quand même et je ne lui en aurait pas voulu le moins du monde de ne l’avoir pas faite, j’aurais compris.
Le jour où nous pourrons nous marier, c’est vrai que je m’attendrais à ce qu’elle accepte à nouveau, elle le fera sûrement, ayant déjà accepté pour nos fiançailles, mais là encore, je ne lui en voudrai pas si elle ne le sent pas. De toutes façons, toutes les deux nous rêvons de belles robes blanches de mariées, de jonchée pour la mairie, d’alliances, et tout et tout…
Dans notre cas, la question de l’église ne se posera pas, l’église n’acceptera toujours pas de marier des couples comme le notre et il y a peu de chances que Sabine revienne vers la religion catholique… De toutes manières, ma famille est loin de courir vers l’église à chaque occasion familiale.

Une de mes meilleures amies, Aïcha, que l’on pourrait qualifier de beurette islamophobe est aussi dans une situation assez étrange:
Apostate de l’islam, rejetant vigoureusement les valeurs musulmanes, elle refuse de sortir avec quelque garçon que ce soit qui ait des origines musulmanes et refuse même d’aller au Maroc pour y voir de sa famille, de peur de s’y retrouver coincée. Son futur mari ne sera donc pas musulman, c’est sûr, alors que ça famille attend ça d’elle.

Pour elle aussi, il y aura problème, car le mari ne correspondra pas à ce qui serait attendu (même si ses positions sont connues de sa famille), la cérémonie religieuse, la mosquée, il ne faudra même pas lui en parler… Et si certains commençaient à parler de conversion de son futur mari… Ouh là… Ce pourrait devenir Rock’n’Roll

Se pose aussi le problème du cas où les deux membres du couple sont de religions différentes, vivent très bien ensemble ainsi. Là, ça peut devenir une situation de blocage, chacun voulant que dans sa religion personnelle son mariage avec son conjoint soit reconnu, alors qu’au moins un des clergés ne peut reconnaitre cette union car impliquant une personne étant d’une religion incompatible. L’hypocrisie de certains clergés, comme dans le cas de celle que j’avais citée au début peut jouer, mais pas toujours…
On fait quoi dans ce cas là?
La solution logique est de ne pas célébrer ce mariage selon les rites des religions ne permettant pas ces unions. La personne devient donc fautive selon ses critères religieux, non à cause de ses actes, mais à cause de règles dictées par le clergé… Appréciable…

Alors tout ça mit bout à bout, on a de quoi se poser de sérieuses questions sur les motivations réelles de toutes ces complications pour cause de religion autour des mariages.
Certes, partout dans le monde, mariage n’est pas synonyme d’amour comme par chez nous, aussi, cela amène à se poser des questions encore plus profondes sur les implications religieuses dans le mariage.
Et même… Le mariage n’est que le début, parce que ça va être la même affaire avec les enfants qui naîtront au sein de ses couples.

Le mariage religieux est la consécration/sacralisation officielle de l’union de deux personnes. Aussi, il est pitoyable de la part de prêtres qui sont censés remplir cette officialisation sacrée ou de croyants aveuglés par cette officialisation de déborder de leurs rôles.

Où est le Sacré, où est la religiosité dans toutes ces mesquineries? Les divinités seraient elles aussi si mesquines?

Et oui, une fois de plus, on me voit venir en dénonçant l’hypocrisie et la mesquinerie religieuse dans certains cultes. Mais ça va plus loin, il en va du respect des personnes et de leur intégrité.
Définitivement, je me demande comment un prêtre ou un croyant peut se considérer intègre en appliquant une telle fumisterie, juste pour la forme, car sur le fond il est évident que cette sacralité est totalement absente et que cela tourne clairement de l’Impiété.
Mais non, je ne vais pas aller plus sur mon couplet habituel…

Ma conclusion sera donc très simple:

Laissez donc les gens se marier comme ils l’entendent!

Nous avons la chance de vivre dans une société et un temps pour lesquels le mariage est la reconnaissance et l’officialisation, non seulement de l’union de deux personnes, mais aussi de leur amour et de leur volonté de construire une famille ensemble. Le mariage leur donne aussi un contexte pour concrétiser tout ça dans des conditions favorables de par l’institution qu’il incarne.
Aussi, s’il vous plait, respectez aussi cela, car en voulant leur imposer des choses qu’ils ne veulent pas, vous vous mêlez de choses qui ne vous regardent pas, qui ne les concernent qu’eux et vous n’avez pas à imposer quoi que ce soi dans des affaires qui relèvent de leur amour.

Je fais partie de ces personnes à qui on refuse l’accès à cette reconnaissance, cette officialisation et l’adhésion à cette institution qu’est le mariage, aussi suis je bien placée pour savoir ce que c’est que des personnes extérieures se mêlent de mes affaires matrimoniales. Ca changera j’en suis sûre un jour prochain, mais en attendant, je peux vous assurer que c’est détestable, et que ça se vit comme une injustice.

Alors s’il vous plait, ne faites pas ça des personnes que vous aimez, juste parce que la morale ou la tradition veut que les choses se fassent comme ci ou comme ça. Si vous les aimez vraiment, respectez leurs choix et leurs volontés pour ce jour qui est très important pour eux, même si vous l’avez oublié.

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Une poétesse autrefois a écrit…

23 juin 2010 à 21:43 | Publié dans Princesse des Roses, Sappho | 5 commentaires
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Une poétesse autrefois a écrit:

“Un pétale de rose sur les lèvres est plus doux pour l’âme qu’une pièce d’or entre les dents.”

Nombreuses sont les poétesses, nombreux sont les poètes qui ont parlé ou chanté l’Amour, ses affres parfois, mais l’Amour est toujours un souffle de vie.

Bien malheureux sont ceux qui sont obsédés par la peur de la mort, plus encore que ceux qui se désespèrent de trouver l’Amour, car aucun espoir de vie ne les habite, ils ne font que craindre un nouveau temps, un jugement. Ce jugement, le verdict est déjà tombé, ils l’ont édicté eux-mêmes, la condamnation à la pire des peines, eux-mêmes se sont condamnés en prenant la place d’un jury et d’un juge pour leur âme. Il est inutile de faire appel, leur avocat et le procureur ne sont que la même personne encore. Leur seule chance est qu’un jour vienne une grâce.

Que pourrais je dire sur l’Amour que n’aient déjà dit ces poétesses et ces poètes?
Alors mieux vaut le porter en moi. L’Amour que je porte en moi, jamais poétesse ou poète ne l’a porté, c’est mon Amour, celui que je porte à ma compagne, cet Amour est unique, il n’a jamais existé avant, il n’existera jamais plus après.
Poétesses ou poètes l’ont peut-être déjà ainsi raconté ou chanté, mais jamais ils n’ont porté celui-ci.

Quand bien même n’aurais je pas celle qui fait mon bonheur et qui illumine ma vie, alors la chercherais je. J’ai déjà commis l’erreur de m’enterrer au lieu de chercher le parfum des roses. J’étais jeune et fragile, à peine une bouton de rose est non la rose épanouie que je suis aujourd’hui. Maintenant et pour le restant de ma vie, même fanée, je sais que je ne pourrai jamais plus oublier le parfum des roses et la délicatesse de leurs pétales sur les lèvres.

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Conte: Joues empourprées…

30 juillet 2009 à 11:46 | Publié dans Princesse des Roses, Sappho | Laisser un commentaire
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Un conte que j’ai écrit parce que ma jeune cousine Léa voulait une histoire de princesse “comme Sabine et moi”.

La belle était douce et raffinée, versée de poésies et de littérature romanesque romantique. Son écriture était fine et délicate. Elle avait refusé des myriades de prétendants au grand désespoir de son père.
En secret l’aimait son voisin, un jeune homme, fier guerrier, redoutable sur les champs de combats, il n’était guère poète et encore moins grand écrivain, mais il était fasciné par la beauté de la jeune femme. Sachant qu’il ne pourrait gagner son coeur qu’en la charmant de vers, prose et laies, il était ma armé pour ce genre de choses.

Il tenta un soir de réception où ils étaient tous deux présents de lui faire parvenir un mot. Il avait recopié un poême dans un ouvrage qu’il pensait rare. Guettant la réaction de la jeune femme et prêt à usurper le poême de romance, il l’observait sa beauté. Le mot lui parvint. La belle se renfrogna et froissa la missive, puis l’abandonna au désespoir du planificateur désenchanté.
– Vous semblez troublée très chère?
– Un rustre à l’écriture malhabile vient de saccager le chef d’œuvre d’un de mes poètes préférés et prétend l’avoir composé pour moi. Comment peut on ne pas respecter l’oeuvre des autres à ce point! Cela sans parler du fait qu’il aurait au moins pu s’appliquer un minimum au lieu que je doive décripter ses caractères, sans parler des fautes.

Dépité, il dû cependant reconnaître en lui même qu’il ne s’était guère appliqué dans sa copie. Il allait lui même rédiger sa missive suivante.
Il se mit donc dès le lendemain à la rédaction d’un compliment à la belle. Il fit d’abord un brouillon où il vantant sa beauté et toutes les qualités qu’il supposait qu’elle ait. Il demanda à sa sœur de corriger ses fautes et recopia ensuite en prenant tout son temps.

A la réception suivante, il fit parvenir à la belle son compliment. Encore, la belle se renfrogna, froissa le pli et l’abandonna.
– Vous semblez troublée, très chère.
– Un rustre à l’écriture froide, dresse une liste toute aussi froide de ce qu’il voudrait de moi pour être son épouse. Que s’est il intéressé de moi? Que s’est il demandé ce qui me séduirait? Il n’a même pas osé se désigner, tellement il avait peur d’être honteux.

Que sont compliquées les affaires de femmes! Qui y comprend quelque chose en dehors des femmes? Mais notre hasardeux amoureux était bien mal en fait de savoir ce à quoi aspirait la belle. Les femmes ne parlent qu’aux femmes de ces choses là. Tout à sa réflexion, une idée lui vint. Des femmes, il en connaissait et une en particulier était plus ou moins au courant de son secret, sa soeur qui avait corrigé ses fautes.
Il confia donc à sa soeur la mission d’apprendre le plus de choses des aspirations de la belle de son coeur. De femme à femme, elles se comprendraient et pourraient parler de choses qu’elle n’abordent pas en présence d’hommes. Il saurait ainsi tous ses secrets.
Mais guère bavarde était sa sœur sur les visites, aussi la questionna-t-il. Ce qu’elle lui répondit soit ne signifiait rien, soit était caché volontairement par sa sœur par solidarité féminine. Il avoua donc toute l’histoire à sa sœur qui en rit aux éclats. Vexé, il la questionna sur son hilarité et la sœur de répondre qu’elle approuvait la belle. Il n’y a que femme pour comprendre femme! Rédige moi le message qui ouvrira son cœur et je serai un soutien indéfectible pour que nul ne puisse s’interposer entre toi et la personne que tu aimeras. Sur le Ciel, la Terre et ma vie, j’en fais le serment! La soeur hésita, mais la solennité du serment finit de la convaincre. Elle n’acceptait de le rédiger que si son frère consignait son serment par écrit de sa plus belle écriture et le face enregistrer auprès d’un notaire. Ce fut fait dans l’heure. A leur retour, la sœur se mit à la rédaction, dans l’heure, elle tendit le message suivant à son frère:

    Joues empourprées, sachez un inutile secret. L’Amour s’offre en une rose diaphane envoutante. Qui unit irrémédiablement? Par romances éperdues, tu envoutes nos désirs respectifs, Amour.
    Amour vital, ose intimement rêver; étrange cœur rapide, invente toi caresses et soupirs.
    Les ignorants gémissent, nient et souffrent.
    Ensuite, tu veux octroyer un signe. Amour infini, merveilleuse envie, démente envie libertine.
    Au matin onirique, un rayon lumineux entrera pour libérer un songe, presque un rêve…

Il n’y a que femmes et poètes pour comprendre ça. Ça lui paraissait particulièrement osé cependant et voué à l’échec. De toutes façons, son serment ne valait que si ce mot avait pour effet d’ouvrir le cœur de la belle. Il l’apprit par cœur, au cas où soit tenu par son aimée de le lui réciter.

Quand vint la réception chez la belle, son père invitait, il se dit qu’il ne pouvait y avoir meilleur moment. Il chargea un serviteur de porter le poème de sa sœur espérant et priant qu’il fasse son œuvre. Elle le reçu blasée, mais à la lecture, elle semblait bouleversée et charmée, ne le quittant pas des yeux. Aussi fou que ça soit, ça avait marché, il fallait agir pour la phase suivante du plan.
– Vous semblez troublée, très chère.
– Mon cœur cède et succombe…

Le père voyant son expression approcha inquiet. Toute l’assemblée resta silencieuse, à l’attention de ce qu’il se passait.
– Vous semblez troublée, ma fille.
– Père, je viens de recevoir un pli dont le contenu fait tomber les murailles de mon cœur. Il y a une telle passion dans l’écriture et la sincérité de l’auteur envers moi ne fait aucun doute.
– Ma fille si la citadelle de votre cœur est tombée pour l’auteur de ce poème, je n’accepte que vous n’appreniez qui c’est qu’à condition que vous acceptiez d’unir vos vies et ne jamais revenir dessus. Etes vous d’accord ma fille?
– Avec la plus grande des joies!

Sa sœur avait tenu sa part, il ne restait plus à notre amoureux que d’usurper le poème. Il s’avança face au père et récita le poème qu’il se félicitait d’avoir appris par cœur. Le père ne pu que constater qu’il s’agissait du bon texte, même s’il était récité avec maladresse, l’émotion sûrement.
– Ma fille, embrassez qui nous a prouvé être l’auteur du poème et à qui votre vie est maintenant unie…
Mais la belle n’embrassa pas le jeune homme, elle échangea un baiser fougueux avec le véritable auteur, sa sœur.
Offusqué de la scène, le père de la belle pris sa canne pour séparer le couple de poétesses. Mais quand il l’abattit, ce fut le fier frère qui reçu le coup en pleine tête, fidèle à son serment. Le visage en sang et chancelant, il avoua son usurpation. La canne frappa encore le jeune gaillard à la tête et les deux hommes s’effondrèrent.

Deux ans plus tard, les noces du fier gaillard et de la mère de la belle, qui était fort belle elle-même. Le cœur de son ancien mari n’avait pas tenu à l’émotion et à l’effort. Elle avait admiré le courage du jeune homme et son honnêteté, même si tardive, car la faute commise, l’honneur avait repris le devant. Elle enterra donc un mari qui la trompait et soigna le valeureux qui, elle l’appris de la sœur, avait tenu un serment des plus douloureux. De son côté, le blessé trouva chez son infirmière improvisée toutes les qualités qu’il cherchait chez celle qu’il voulait pour épouse, même si elle était plus âgée que lui.
Le jour des noces, à l’instant où le mariage fut prononcé, les demoiselles d’honneur s’embrassèrent en même temps que les mariés.

Mais vous, mes amies, avez vous compris le secret du poème?

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Conte: La Belle aux Rosiers Dormants

30 juillet 2009 à 11:42 | Publié dans Princesse des Roses, Sappho | 3 commentaires
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Un conte que j’ai écrit parce que ma jeune cousine Léa voulait une histoire de princesse « comme Sabine et moi ».
Princesse dormante
Dans un château lointain, dormait profondément une princesse. Elle était d’une beauté sans égale et son teint était celui de la rose à peine éclose.
Le temps passait et son sommeil s’écoulait calme et paisible dans son château, protégée par des roses aux épines acérées que nul intrus n’osait pénétrer tellement elles étaient vives. Nulle armure ne pouvait résister à leur emprise et ne protégeait l’imprudent qui voulait mettre un terme au sommeil de la princesse…
Cependant un jour un prince releva le défi que représentait cette princesse endormie. Avec la plus grande prudence, de son épée, il se tailla un passage entre tiges et épines, prenant bien soin de retirer tout avant de progresser vers celle qui avait éveillé le désir dans son coeur. Patient et méfiant envers la menace de l’enchevètrement ardant, il arriva à entrer dans le château.
Il entrepris d’explorer la place épée en main au cas où un autre danger ne survienne. Il arriva ainsi à une grande porte qu’un autre rosier scellait de ses vrilles. A grands coups de sa lame, il tailla avec la même prudence ce verrou végétal. Jusqu’au dernier moment il se méfia des mortelles épines. Il pu enfin ouvrir la porte.
Sur un lit de pétales qui paraissaient cuillis de la veille, il vit la princesse plongée dans son sommeil. Sa beauté provoqua un frisson dans tout son être, son coeur s’emballait, il était éperdument attiré vers elle. Elle semblait si fragile, si délicate, mais il émanait aussi d’elle l’aura d’une femme exceptionnelle. Le prince était si impressionné qu’il resta un instant à l’admirer.
Il avança enfin vers le bord du lit et, en conquérant du château, vainqueur de ses épreuves, déposa un doux baiser sur ses lèvres…
La princesse pris une profonde inspiration à pleine poitrine et ouvrit lentement les yeux. Le prince était époustouflé par l’intensité de son regard qui complêtait à merveille cette féminité parfaite.
– Qui es tu? Questionna la belle éveillée.
– Je suis le prince de ce royaume, c’est moi qui vient de te sortir de ton long sommeil.
– Mais que fais tu là?
– Je suis venu te délivrer du charme sous lequel tu étais. J’ai fait preuve du plus grand courage, allié à la plus grande des prudences pour braver les épreuves de ce château.
– Quelles étaient ces épreuves?
– Des rosiers ont poussé de manière folle, mûs par une magie maléfique afin de les rendre plus denses que les ronces et que leurs épines soient plus acérées que la plus affutée des épée. Ils gardaient l’accès au château et l’entrée de ta chambre. Mille fois, j’ai risqué la mort ou l’amputation en me taillant un passage au travers, avec patience, prudence et persévérence, j’ai pu arrivé jusqu’à toi.
– Tu as taillé les rosiers?
– Oui, tu ne risques pas de te blesser quand nous sortirons. Le passage est large.
– Où veux tu m’amener?
– Mon cheval attend dehors, je vais te présenter à la cour de mon père le roi.
– Mais pourquoi veux tu faire ça?
– Je ferai de toi ma femme, ma reine, le jour où je succèderai à mon père sur le trône. Tu seras la mère de mon héritier et d’autant d’enfants que tu voudras que nous en ayons.
La princesse se redressa dans son lit et pris de nouveau une grande inspiration provoquant encore l’admiration du prince devant tant de beauté.
– Alors, sache, toi qui veut me prendre pour épouse, que je suis magicienne en plus de princesse.
– Je ne crains pas la magie, bien employée, elle est très bénéfique.
– Laisse moi parler et ne m’interompt pas.
– Bien, mon amour.
Dit le prince, ébloui par sa féminine détermination.
– Le charme qui me maintenait endormie, c’est moi-même qui me le suis lancé. Les rosiers que tu as taillés sont le fruit d’un grand travail, je les avait enchantés pour être les gardiens de mon repos.
– Alors je t’ai prouvé ma valeur et que je suis digne de succéder à mon père et d’être ton époux.
– Effectivement, tu m’as prouvé ta valeur.Voudras tu toujours de moi pour épouse quand tu sauras que je me suis plongée dans ce sommeil pour ne plus souffrir de la perte de celle que j’aimais qui a été tuée par ton ancêtre fondateur de ta lignée. La reine, ma mère, m’avait ordonné de le faire, jusqu’à ce que ma peine ne me soit plus mortelle. Dans mon sommeil, j’ai rèvé de la réalité qui se déroulait autour de moi. Mes parents et mon peuple ont été massacrés par les armées de ton ancêtre. De générations en générations, tes ancêtres ont détruit la culture de mon peuple et toute référence à ses anciens rois. Si preuve t’en fallait, tu n’avais pas connaissance de qui j’étais.
Au récit de la princesse, le prince blèmit. Il sentait sa vie menacée.
– J’ignorais tout ça, tu ne peux me condamner sur ce qu’ont fait mes ancêtres!
– J’aimais ses rosiers et tu les as détruit. J’aimais leur odeur appaisante et comptait leur rendre leur forme initiale à la fin de mon sommeil, ma peine adoucie. Tu as lâchement profité de ma torpeur pour me voler un baiser que je ne t’aurais jamais accordé. Tu voulais m’arracher à mon domaine, faire de moi ta femme et me faire des enfants sans te soucier si tel était mon souhait. Cela n’est pas à mettre sur le compte de tes ancêtres, mais bien le tien!
Terrorisé par le sort qu’il s’imaginait que la princesse lui réservait, le prince s’enfuit.
Il retrouva son cheval à l’entrée du château, l’enfourcha et parti au grand galop pour mettre au plus vite de la distance entre celle qu’il venait d’éveiller et lui. Il chevaucha tant qu’il tua son cheval sous lui et dû finir le trajet à pied vers la cour de son père.
Une autre chose que le prince ignorait était qu’un voisinage du château, le temps s’écoulait différemment. Plus d’un siècle était passé depuis son départ. Tous ceux qu’il avait connu à l’époque étaient morts de vieillesse et plus personne ne le connaissait. Aussi, quand il se présenta comme le prince héritier du royaume, il fut pris pour un fou. Agitant son épée émoussée, il provoqua l’hilarité de la garde et du vieux roi, son arrière-petit-neveu.
Il termina sa vie dans un asile, sans titre, sans le sou, sans femme et sans descendance.
Mais que devient la princesse? Me direz vous.
Il ne tient qu’à vous d’aller à son château pour aller chercher la réponse.

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