Selon certains députés français: femme mariée = pondeuse !

7 février 2013 à 18:44 | Publié dans Penthésilée | 7 commentaires
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Avec les débats actuels, on en entend de belles à l’Assemblée Nationale…
Des propos puants d’homophobie s’enchainent, mais en tant que députés, ils ont le droit, ils ont une impunité.
Que dire encore de comportements honteux et pitoyables de personnes censées être nos représentants? Si lors de réunions professionnelles je me permettais de ne faire que ne serait-ce le dixième de ce que font certains, un avertissement grave ou une lettre de licenciement ne seraient pas loin, eux non, ils ont droit d’avoir ces comportements indignes.

Plus de 5000 amendements déposés, dont certains d’une débilité ou d’une puanteur profonde. Et dire que certains parlent de décadence si je pouvais me marier avec celle que j’aime et qu’on me reconnaisse ma fille… Pathétiques pantins! Ce faisant, je n’insulte pas l’Assemblée Nationale, ce sont eux qui par leurs comportements déplacés le font.

A propos d’un amendement, je suis tombée sur la phrase suivante:
Par essence, le mariage est donc la forme juridique par laquelle la femme se prépare à devenir mère par sa rencontre avec un homme.
J’ai voulu voir combien de fois cette phrase a été employée et par qui, je n’ai pas été déçue…
– Voir le résultat de recherche –

184 amendements !

Pour 94 députés (dont d’ex-ministres), les femmes sont toujours des vaches qu’on amène au taureau !
Et c’est censé représenter la nation et décider des lois…

J’en profite pour applaudir bien fort les femmes qui sont dans cette liste pour avoir (co)signé une telle reculade sur la considération des femmes au sein du mariage! Il fallait l’inventer, elles l’ont fait! La prochaine fois, ce sera quoi? Elles (co)signeront des amendements pour que les épouses doivent à nouveau obéissance à leur mari ou pour l’abrogation du droit de vote pour les femmes?
La lutte continue…
Egalité totale des droits !
Maintenant !
La liste des amendements déposés
1 – 12 – 21 – 49 – 50 – 68 – 100 – 117 – 150 – 198 – 207 – 222 – 241 – 250 – 256 – 279 – 286 – 289 – 324 – 326 – 366 – 422 – 424 – 450 – 456 – 457 – 486 – 487 – 510 – 516 – 546 – 547 – 550 – 551 – 562 – 564 – 576 – 592 – 641 – 644 – 646 – 660 – 690 – 700 – 711 – 714 – 743 – 752 – 782 – 809 – 830 – 847 – 907 – 937 – 941 – 947 – 952 – 956 – 963 – 968 – 975 – 978 – 1107 – 1131 – 1143 – 1173 – 1198 – 1205 – 1218 – 1220 – 1222 – 1276 – 1303 – 1342 – 1351 – 1399 – 1456 – 1466 – 1468 – 1484 – 1491 – 1505 – 1519 – 1608 – 1650 – 1661 – 1663 – 1676 – 1685 – 1718 – 1801 – 1891 – 1902 – 1903 – 1904 – 1910 – 1942 – 2029 – 2070 – 2071 – 2117 – 2226 – 2244 – 2305 – 2329 – 2351 – 2604 – 2645 – 2754 – 2772 – 2867 – 2869 – 2976 – 3081 – 3090 – 3095 – 3124 – 3128 – 3129 – 3151 – 3218 – 3220 – 3232 – 3253 – 3289 – 3331 – 3378 – 3398 – 3443 – 3451 – 3463 – 3478 – 3491 – 3523 – 3553 – 3568 – 3575 – 3598 – 3625 – 3632 – 3652 – 3728 – 3814 – 3863 – 3877 – 3926 – 3947 – 3971 – 4080 – 4150 – 4169 – 4245 – 4251 – 4285 – 4325 – 4345 – 4434 – 4500 – 4505 – 4566 – 4602 – 4604 – 4616 – 4623 – 4690 – 4716 – 4737 – 4782 – 4818 – 4875 – 4971 – 4981 – 4982 – 5034 – 5041 – 5073 – 5077 – 5107 – 5139 – 5171 – 5198 – 5248 – 5281 – 5353
La liste des députés
Damien Abad – Daniel Fasquelle – Alain Gest – Alain Marc – Anne Grommerch – Bérengère Poletti – Catherine Vautrin – Claude Sturni – Claudine Schmid – Daniel Gibbes – Dino Cinieri – Dominique Dord – Guy Geoffroy – Jacques Alain Benisti – Jacques Lamblin – Jean-Claude Mathis – Jean-Pierre Giran – Josette Pons – Laurent Furst – Marcel Bonnot – Marianne Dubois – Michel Piron – Nathalie Kosciusko-Morizet – Olivier Dassault – Patrice Martin-Lalande – Paul Salen – Philippe Le Ray – Rémi Delatte – Yves Fromion – Alain Leboeuf – Alain Moyne-bressand – Alain Suguenot – Andre Schneider – Annie Genevard – Antoine Herth – Arlette Grosskost – Axel Poniatowski – Bernard Accoyer – Bernard Deflesselles – Bernard Gerard – Bernard Perrut – Céleste Lett – Charles De La Verpillière – Charles-Ange Ginesy – Christian Jacob – Christophe Guilloteau – Claude De Ganay – Claude Greff – David Douillet – Denis Jacquat – Didier Quentin – Dominique Nachury – Elie Aboud – Eric Ciotti – Eric Straumann – Eric Woerth – Francois De Mazieres – Francois Fillon – Francois Scellier – Frederic Reiss – Geneviève Levy – Georges Fenech – Georges Ginesta – Gérard Cherpion – Gilles Carrez – Guénhaël Huet – Henri Guaino – Hervé Mariton – Isabelle Le Callennec – Jacques Kossowski – Jean Leonetti – Jean-Charles Taugourdeau – Jean-Claude Bouchet – Jean-Francois Copé – Jean-Francois Lamour – Jean-Luc Moudenc – Jean-Marie Tétart – Jean-Pierre Decool – Jean-Pierre Door – Laure De La Raudière – Laurent Marcangeli – Laurent Wauquiez – Luc Chatel – Marc Laffineur – Marie-Christine Dalloz – Marie-Louise Fort – Michel Heinrich – Michel Terrot – Michèle Tabarot – Olivier Marleix – Patrick Balkany – Patrick Hetzel – Patrick Ollier – Philippe Armand Martin

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Le chef de famille, ce truc qui n’existe plus en France depuis plus de 40 ans…

8 septembre 2011 à 21:23 | Publié dans Penthésilée | 7 commentaires
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Suite à Madame ou Mademoiselle ? qui a eu un grand succès, je me penche maintenant sur une autre notion qu’on retrouve régulièrement dans des formulaires, mais qui n’a plus aucune existence selon la loi.
Le chef de famille !
Nosferatu
Il y a des choses qui refusent de mourir…
Même quand on les croit mortes, elles reviennent…
Notion supprimée du Code Civil avec la loi n°70-459 du 4 juin 1970, entrée en vigueur le 1er janvier 1971.
Le père reste cependant encore l’administrateur légal quand l’autorité parentale est partagée (Article2, modifiant l’article 389 de Code Civil).

La loi n°85-1372 du 23 décembre 1985, entrée en vigueur le 1er juillet 1986, proclame l’égalité entre les époux (L’article 40, modifiant l’article 389 de Code Civil sur le point évoqué précédemment).

Ce qui est génial dans l’histoire, c’est qu’on trouve encore des formulaires et questionnaires demandant de répondre à une question sur une notion qui a disparu il y a 40 ans !
Là où ça devient débile, c’est quand cela concerne aussi des organismes officiels… Bug !

D’ailleurs, en 2011, pas mal d’instituts de sondages utilisent toujours la méthode des quotas qui comprend la profession du chef de famille.
> Voir la recherche Google
Je trouves miraculeux qu’ils arrivent à justifier un quota sur un critère qui n’existe pas…
Cela pose quand même un question métaphysique:
Comment une personne n’existant pas peut-elle avoir une profession?

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Union civile ou mariage ?

12 février 2011 à 09:21 | Publié dans Arc en ciel, Circé, Penthésilée | 17 commentaires
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Quelle est la différence entre foutage de gueule et prise au sérieux?

Autant poser la question parce que ça en est là. Ca en devient même pathologique.
En Grande-Bretagne, ce n’est pas le mariage, mais bien une union civile apportant les mêmes droits, mais ça a au moins une excuse, ils ont été parmi les premiers à avoir ce niveau de droits.

En Espagne, ils ont le droit de se marier, mais le Parti Populaire (droite) veut revenir dessus et au moins revenir sur le mot « mariage » pour passer à une union civile.

En France, Gaylib (entité lgbt de l’UMP) a proposé pour la campagne de 2007 la création d’une union civile aux droits proches du mariage, promesse de campagne qui a visiblement été complètement oubliée par l’ex-candidat devenu président, tout comme un statut pour le parent social (1). Depuis ils ont réussi à évoluer en se disant qu’ils devenaient ridicules avec le nombre de nos voisins européens ouvrant le mariage aux couples de même sexe…

Même sur le principe d’une union civile proposant les mêmes droits que le mariage, ce n’est pas ce qui est demandé, c’est bien le mariage!

Bien évidement, je prendrais cette union si elle devenait légale, comme pour tout autre amuse-gueule, mais je ne veux m’arrêter qu’à la pièce montée!

De toutes façons, on nage en pleine hypocrisie en imposant une distinction, comme en France, légalement, le mariage est une union civile.
Pourquoi refuser l’union civile ?
La vraie question serait plutôt:
Pourquoi l’accepter ?
Parce que l’idée au bout du compte, c’est bien le mariage pour les hétéros et l’union civile pour les homos.
Comme déjà démontré, il n’y a aucune raison qui tienne la route pour refuser le mariage civil aux couples de même sexe hors intérêts personnels de politiciens.

Mais le sacrifice du peuple ou de tranches de population sur l’autel de leurs carrières individuelles est une grande habitude de nos dirigeants.
Egalité totale des droits
Non, c’est vrai, il ne s’agirait pas non plus que nous soyons égaux devant la loi non plus et que nous ayons les mêmes droits, c’est impossible en France!
Franchement, soyez sérieux, il est impensable que les citoyens puissent être égaux dans ce pays, ça se saurait!
Si notre devise nationale est Liberté Egalité Fraternité, il y a bien une raison claire à ça: Se rappeler ce à quoi nous ne devons jamais arriver.
Retour sur une objection particulière…
Mais je vais quand même revenir sur une de ces objections, celle liée à la religion, puisse qu’elle a aussi été utilisée par Gaylib et donc dans le « camp » lgbt. (Voir)

Par delà l’arrivisme des politiques soucieux de ménager leur électorat religieux, il y a un autre phénomène tout aussi politique clérical à la source.
Comme de nombreuses fois développé sur ce blog, tous les obscurantismes des institutions cléricales cachent des techniques d’emprise sur la société civile et de maintien au pourvoir.

Voyant de plus en plus d’autres pays ouvrir le mariage aux personnes de même sexe, Gaylib en est arrivé quand même à la conclusion que tout cela devenait ridicule et qu’une trop grande part d’influence est laissée au courants obscurantistes religieux au sein de leur famille politique et ils ont quand même décidé de revenir vers la revendication du mariage.

Je ferai une autre citation, de Nicolas S., le 20 décembre 2007, au Latran:
Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance.
No pasarán !
L’infériorisation de la femme, l’homophobie, le racisme, la xénophobie, l’incitation à la haine religieuse, l’incitation à la guerre de religions, cautionner l’esclavage, le déni de la liberté de conscience, l’éloge de la torture, c’est ça le bien?
Ca expliquerait en tous cas certaines choses de ce quinquennat…
Ca me rend aussi encore plus fière d’être une abomination aux yeux de dieu.

En évoquant les aspects religieux que peut prendre le mariage pour refuser aux couples de même sexe de se marier, c’est quelque chose de bien plus dangereux qui se cache: C’est la remise en cause de la liberté de conscience et de la laïcité.

Cette complicité d’arrivismes entre des politiciens en mal de rassurer leurs électeur et des institutions religieuses en mal de récupérer une influence sociale ne peut se faire qu’aux dépens des citoyens et de leurs droits.
Conclusion transitoire
Entendu que:
  • Il faut respecter l’égalité citoyenne.
  • Le mariage est connoté avoir une origine religieuse.
  • Nous vivons dans une république laïque.
  • De très nombreux citoyens étant athées et n’ayant pas à être imposés d’une religiosité.
  • Le mariage est refusé à une partie des citoyens au profit d’autres formes d’union civiles.
On ne peut en arriver qu’à une seule conclusion:
L’institution du mariage doit être abolie dans son intégralité au profit d’unions civiles pour l’ensemble des citoyens.
Ce n’est pas une révolution d’idées, cela a déjà été proposé par de nombreuses féministes en leur temps pour d’autres raisons qui ne sont pas du domaine de cet article et que je n’aborderai donc pas cette fois.

Les cérémonies de mariages religieux étant subordonnées à l’existence préalable d’un mariage civil, celles-ci ne pourront donc plus avoir cours sans exposer les contrevenant à des poursuites.
Questions ouvertes et réflexions
Je me demande comment prendraient cette abolition tous ceux qui tiennent tant à nous refuser le mariage si celui-ci leur devenait interdit à eux aussi.
Deviendraient ils d’un seul coup partisans que les couples de même sexe puissent se marier aussi si cela conditionnait la restauration de cette institution?
Ca serait amusant de voir toute cette hypocrisie éclater au grand jour, mais surtout ça leur ferait peut-être comprendre en quoi nous prenons ça pour une offense envers nous.
Je sais très bien que cette interdiction n’arrivera pas, mais le concept est parlant.

Plus sérieusement, à maintenant un peu plus d’un an des élections présidentielles, la question des droits lgbt arrivera forcément. Les candidats devront se positionner selon ces grands axes:
  • Egalité totale des droits: mariage + parentalité
  • Egalité partielle des droits: mariage, mais pas parentalité
  • Egalité partielle hypocrite des droits: union civile + parentalité
  • Egalité anecdotique hypocrite des droits: union civile, mais pas parentalité
  • Inégalité totale des droits: ni mariage, ni union civile, ni parentalité
Personnellement, sans prendre position pour quelque parti ici, la réponse à cette question sera un indicateur de la considération du candidat vis à vis des intérêts des citoyens et de leur égalité. Idem pour les droits des femmes qui ont étés malmenés ces dernières années.
En clair, ce sera un indicateur d’arrivisme électoraliste et de réelle conscience citoyenne pour les prochains candidats.
Le bilan
Toujours aucun régime matrimonial pour les couples de même sexe, le pacs nous laissant toujours officiellement célibataires.
Promesse de campagne présidentielle non-tenue, et qu’on ne mette pas cela sur le dos de la crise, il n’y a aucun rapport.
Des paradoxes concernant des couples de même sexe multinationaux marié qui sont reconnus par le fisc qui sont reconnus comme tels.
Le cas d’un couple de lesbiennes toutes deux reconnues mères d’un enfant par la justice.
De plus en plus de pays reconnaissant le droit aux couples de même sexe de ses marier.
Les sondages montrant que les Français y sont globalement favorables.
Par deux fois, le conseil constitutionnel a dû à se prononcer sur des questions liées aux couples homosexuels et a lâchement renvoyé vers le législateur pour éviter de se mouiller.

Maintenant la situation devient insoutenable et ridicule. Sur ce sujet (comme sur quelques autres), par la faute de ses dirigeants, la France est ridicule!
Le temps n’est plus où une union civile pouvait être une avancée suffisante, il n’y a plus le moindre argument qui tienne la route pour nous refuser le mariage où nous en faire une version « spéciale homos ».

Il y a quand même une chose à mentionner:
Le législateur a créé une situation telle que pour ne pas aborder l’homoparentalité, il n’a cessé de restreindre aux couple mariés de nombreuses choses qui se sont cumulées, la PMA pour ne citer qu’elle comme elle est un élément clé. L’ouverture du mariage débloquera tout le reste en cascade.
Si on nous invente encore par la suite un principe d’union civile, ça ne sera que pour éviter ce raz de marée de droits qui nous reviendront. mais on nous a tellement pris pour des imbéciles que la lutte continuera et s’invitera dans les débats.
Si on nous fait comme au Portugal, un mariage sans parentalité reconnue, les revendications continueront et la justice se retrouvera encore avec des cas bousculant le système.

Il ne se passera rien avant les prochaines présidentielles, nos politiciens collabos de l’église ne prendront pas de risque concernant leur électorat.
Cependant après…
Personnellement, je veux y croire, que tout ce débloque, mariage et parentalité/filiation. Sans jouer les voyantes, je veux y croire pour que tout soit bon en 2013, ensuite s’enchaineront les procédures pour la régularisation de notre/nos enfant(s).
Et si ça ne se fait pas, et bien la lutte continuera jusqu’à ce qu’on y arrive…
Notes sur la proposition de Gaylib
2. L’Union apporte l’égalité des droits et des devoirs à tous les couples mais ne se confond pas avec le Mariage
Avec la création d’un contrat d’union il s’agit de satisfaire les attentes légitimes de nombreux Français en assurant l’égalité des droits et des devoirs de tous les couples ayant souscrit un véritable engagement de conjugalité, tout en respectant à la fois les croyances et le modèle familial auxquels se rattache l’institution du mariage.
L’organisation juridique de l’Union promue par GayLib permet, sans remettre en cause le PACS, de satisfaire des attentes légitimes de nombreux français en assurant l’égalité des droits et des devoirs de tous les couples souhaitant souscrire un véritable engagement durable de conjugalité.
Toutefois, l’Union n’est pas le Mariage car elle a vocation, au-delà de l’égalité des droits qu’elle procure, à respecter également à la fois les croyances et pratiques religieuses et le modèle familial traditionnel auxquels se rattache l’Institution du mariage
En France, le Mariage est, juridiquement et sociologiquement caractérisé par trois éléments : le couple, le projet familial et – pour beaucoup de couples encore – le sacrement religieux qui accompagne la cérémonie civile.

3. L’Union préserve l’Institution du Mariage
Même si cela est étranger au Code civil, la dénomination « Mariage » conserve une certaine connotation religieuse dans l’esprit d’une partie de nos concitoyens. C’est en effet l’Eglise qui a réglementé pour la première fois le Mariage, au début du XIIIème siècle, bien avant que le Mariage ne devienne, en 1791, un acte civil : contrat laïc emportant nombre de droits et obligations et nécessitant une procédure relativement lourde de divorce pour sa révocation.
L’Union ne remet pas en cause cet aspect historique et religieux de l’institution du Mariage dans la mesure où son périmètre est limité à l’organisation juridique et laïque de la vie des couples.
Ainsi, le mariage perçu par certains comme un sacrement religieux doté d’une forte charge symbolique est préservé en tant que tel.
Il faudra vraiment leur expliquer qu’il y a eu une loi en 1905 et qu’une phrase comme « le sacrement religieux qui accompagne la cérémonie civile » est d’une monstrueuse stupidité.
(Juste aussi pour corriger, il est civil depuis la loi sur l’état civil du 20 septembre 1792.)
De même, les diverses références à des modèles traditionnels n’ont pas lieu de cité en France, le droit traditionnel n’y ayant pas cours… C’est juste un détail…
Historiquement parlant, le mariage existe depuis au moins l’antiquité et dans des civilisations n’ayant pas eu aucune imprégnation de l’église, aussi, dire que l’église à réglementé celui-ci tient de l’inculture crasse!

Pour un mouvement censé être rattaché à un parti politique français, ils serait bien qu’ils se penchent un minimum sur les principes de fonctionnement de la nation…

Après ils s’étonnent de passer pour des couillons parmi la plupart des lgbt… D’ailleurs, nous sommes aussi très nombreux à considérer qu’ils sont pris pour des couillons aussi par le parti auquel ils se rattachent.

Pourtant en 2004 (source), ils écrivaient quand même:
Le mariage civil est régi par les lois de la République et son accès ne doit pas être conditionné au respect de supposés religieux, quelles que soient les religions concernées.
Comment peuvent ils penser être crédibles ensuite?…
Egalité totale des droits !
Maintenant !

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Qu’est ce que la virginité ?

28 décembre 2010 à 09:26 | Publié dans Circé, Sappho | Laisser un commentaire
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Ca a l’air tout bête, mais lors d’échanges avec des amis des deux sexes, il s’avère que la perception de la chose varie et quand on creuse un peu plus sur la définition, les nuances apparaissent, la nécessité de définir d’autres termes entrent en ligne de compte et finalement, des tas de choses deviennent relatives.
Gustav Klimt - Les Vierges
Aussi, mon but ici ne sera pas de donner une réponse définitive, mais juste démontrer la relativité de celle-ci.
A titre d’anecdote, ma grand-mère maternelle (avec laquelle l’éloignement est acté maintenant) me considère toujours vierge, du fait de ne jamais avoir eu de rapports masculins.
Le top étant le jour où elle était invitée chez nous et nous a sorti un:
Mais si vous voulez avoir des enfants, il vous faudra bien perdre vos virginités.
(C’est dur parfois de se retenir d’un fou rire…)
On en vient donc à des tas de questions:
A quoi correspond cette notion, sa définition générale?
A quoi correspond elle au féminin?
A quoi correspond elle au masculin?

On en vient donc à d’autres questions
A-t-elle une importance? Si oui, laquelle?
Cette importance est elle différente au féminin ou au masculin?

Je me suis aperçu lors d’une discussion que cela débouchait sur ces déports pour la définition:
Qu’est ce qu’un rapport sexuel?
Les préliminaires en sont-ils? Les attouchements, les rapports buccaux, etc….?

Mes réponses qui n’engagent que moi
A quoi correspond cette notion, sa définition générale?
Il s’agit simplement de l’état d’un individu n’ayant pas encore commencé sa vie sexuelle.
Elle n’a vraiment de sens qu’à partir de la puberté, avant, c’est le domaine de l’enfance et ne devrait pas être « impliqué », même si certaines choses peuvent commencer à être expliquées.

Dans les faits, celle-ci ne peut se considérer qu’avec un partenaire. Je partirai sur la notion positive que ce soit un rapport consenti, même si les conséquences du viol soient les mêmes mais avec des effets négatifs et dévastateurs.

Le plus simple est de parler des modalité de sa perte. Allez, soyons crus, ne tournons pas autour du pot…
De même, il faut considérer la chose du point de vue de la personne et non les deux partenaires. Aussi paradoxal que ça puisse sonner, je considère que lors de rapports, on puisse considérer que les deux partenaires ne se situent pas sur un même plan. J’essaierai de rester la plus généralistes, mettant sur le même plan homosexualité et hétérosexualité.

A quoi correspond elle pour vous au masculin?
A une pénétration active péniale ou passive anale.

A quoi correspond elle pour vous au féminin?
A une pénétration vaginale ou anale.

De là, j’aurais tendance à le pas y inclure les rapports buccaux (fellation, cunnilingus, anulingus). La raison en est que les principales sensations sont sur le/la partenaire et que la bouche ne dispose pas du même genre d’éléments sensitifs.
C’est pour cette même raison que j’exclurais aussi les rapports digitaux actifs ainsi que ceux avec jouets (sextoys).
C’est ainsi que je parlais de déséquilibre possible entre les partenaires, du fait de ma correspondance pour chaque sexe.

La question du rapport clitoris-pénis.
La encore, ça me parait un paradoxe, un rapport purement situé au niveau clitoridien ne me parait pas dévirginisant, même si ceux-si peuvent être parfaitement satisfaisants. Même si biologiquement, leur origine est similaire, au bout du compte, leurs fonctions sont différentes.

Complétude?
Le fait que ce rapport soit ou ne soit pas allé à son terme ne me parait pas non plus un critère significatif, l’acquisition de la sexualisation est initiée, et c’est là que je situe le palier. Idem sur l’éjaculation. Je sais bien que dans un logique masculine, l’éjaculation reste généralement un critère, mais même conséquences que précédemment, l’acquisition de la sexualisation est initiée.

Et la masturbation?
Sans partenaire, donc non, il n’y a pas eu cet échange.
Par un(e) partenaire, on revient dans la considération d’un rapport.

Relativisme
Ce que je viens d’énoncer n’est que mon avis, après, certaines personnes diront oui et d’autres non pour chaque pratique non-vaginopéniale.

Au féminin, remarque sur l’hymen
Par lui même, il n’est pas indicateur.
Celui-ci peut se déchirer pour une foule de raisons.
De même, la grande hypocrisie de certaines filles ayant des rapports anaux pour « rester vierge » est une vaste fumisterie, elle ont déjà commencé à avoir une vie sexuelle.
Inversement, je considèrerais qu’une masturbation féminine pénétrante (même avec jouet), du fait de l’absence de partenaire réel, n’est pas élément de considération de perte de virginité.

Cependant, sur ce point de l’hymen, de nombreuses cultures le considèrent comme élément de référence. La culture occidentale n’y échappe pas, même si on commence à y comprendre que des activités courantes peuvent lui faire son affaire…
Je passerai sur cette monstruosité que sont les « certificats de virginité », il faut vraiment être névrosé(e)s pour en arriver là, cela va à l’encontre de toute dignité humaine.
Toujours sur l’hymen, en parallèle de ces certificats, il y a les reconstruction d’hymens par la chirurgie. Il est tellement important que Monsieur ait son hymen… Il vaudrait donc mieux commencer un mariage sur un mensonge et une hypocrisie, superbe valeur…

La virginité a-t-elle une importance? Si oui, laquelle?
Oui et non

Oui, dans le sens où à la sortie de l’enfance, l’être sexué doit se découvrir par rapport à sa future sexualité, apprendre à se découvrir en tant qu’être sexué ne maîtrisant pas encore cet aspect de sa personne. Cela tient aussi à la découverte de ses nouveaux désirs, à l’appréhension et assimilation de ceux-ci.
C’est donc une phase de transition en attendant d’être prêt(e) et avoir les bonnes circonstances (selon ses propres critères) pour passer à une vie sexuellement active. Aussi, « sauter le pas » ne doit pas se faire pour de mauvaises raisons.

Il est important que cette phase de « découverte » se passe pour le mieux.

Non, dans le sens sociétal, du moins, elle ne devrait pas.
Cela doit rester une chose dont l’individu est le seul maître, sans compte à rendre à quiconque dans ses choix, sans la moindre contrainte. La sexualité de chacun lui appartient, n’appartient pas à ses parents (même s’ils peuvent conseiller), ni à la société.
Certaines cultures ne pensent malheureusement pas comme ça et se montrent intrusives dans la découverte de sa sexualité par un individu. La sanction tombe, allant de l’opprobre, en passant par le mariage forcé, pour aller jusqu’à des « crimes d’honneur » (…comme s’il y avait le moindre honneur à se comporter comme un monstre inique sanguinaire…).

Cette importance est-elle différente au féminin ou au masculin?
Pour moi, non.
Pour trop de monde, malheureusement, oui.

Il est cependant désolant de constater qu’une différence de perception existe culturellement parlant pour ce qui est du cadre hors-mariage, même si cela a diminué, c’est toujours présent. C’est plus ou moins marqué selon la culture des individus, mais c’est incontestable.

Il est tout aussi navrant de constater la différence de perception au niveau des adolescents entre filles et garçons.
Il est vierge: Le pauvre…
Il n’est plus vierge: Waw! C’est un héros!
Elle est vierge: C’est une fille coincée.
Elle n’est plus vierge: Waw! C’est une salope!
Il n’est plus vierge, mais avec un garçon: C’est une fiotte! Tafiole! Tarlouze!
Elle n’est plus vierge, mais avec une fille: C’est quoi c’te gouine, ‘faut lui apprendre la vie.

Je passe volontairement les cultures les plus obscurantistes et ouvertement misogynes, je n’ai que mépris pour elles.

Qu’est ce que ça m’évoque d’autre?
Quoi? Il n’y en a pas assez?

Assez, si pourtant, une remarque par rapport à la logique de la virginité en attendant le mariage.
Outre le fait qu’un certain nombre d’entre nous seraient obligés d’attendre un changement législatif, cela est vain, voire vaniteux.

Je m’explique…
Même si cela est souvent lié à des notions religieuses, cela tient d’un désir de flatter l’ego et la vanité. De qui en fait? Des deux futurs mariés. « Je suis resté(e) pur(e) avant le mariage. » d’un côté, « Je l’ai eu(e) vierge. » de l’autre.
On tombe en plein paradoxe religieux, car la vanité est en même temps condamnée aussi par la même religion.
Si c’est purement culturel (même si l’origine est quand même religieuse), ça n’est pas mieux, ça tient de la même vanité.

C’est encore pire quand cela est annoncé ouvertement comme un objectif. L’idée véhiculée est « Je suis supérieur(e) aux autres qui n’ont pas tenu ça. », même si ce n’est pas conscient. Si en plus, c’est vanté une fois le mariage consommé, on atteint des cieux de vanité. Mais Dieu est content, surcouche sur surcouche d’ego.
Evidemment, les cas « Je n’avais pas trouvé avant. », « J’avais une trouille bleue de le faire. » et « L’autre n’osait pas avant. » ne tiennent pas de la démarche volontaire et ne sont pas concernés.

Mais là encore, ça serait trop simple.
L’implication de l’imprégnation de ce schéma religieux reste même dans un contexte culturel qui s’en est dégagé. Ceci peut se prendre sous une succession directe avec pression sur la réserve des filles ou en réaction avec une déstructuration inverse qui mène à ne plus se respecter soi même et ne plus se laisser son temps de découverte.
Et on arrive à un autre débat et aux conneries de certaines adolescentes actuelles confrontées et mal armées face aux restes masculins de pensée patriarcale et de supériorité masculine.
Mais c’est je le répète, un tout autre débat civilisationnel.

L’importance de la virginité liée au modèle patriarcal ?

J’ai perdu ma virginité,
mais j’ai toujours l’emballage d’origine.
Personnellement, je dirais que c’est généralement le cas.

La preuve qui semble la plus évidente est le fait que celle-ci est d’autant moins importante que la société est égalitaire entre hommes et femmes.

Notre civilisation occidentale se dépatriarcalise et effectivement, cette importance diminue, alors que nous constatons que celle-ci reste importante dans d’autres cultures encore très emprunte de patriarcat, principalement pour des raisons religieuses. Ce sont d’ailleurs les mêmes raisons qui ont patriarcalisé notre civilisation en son temps.

Cependant, un autre constat doit être fait: Il s’agit de la même souche religieuse. Complétons avec encore un autre constat: d’autres société patriarcales fortes par le passé ont existé et semblaient bien moins intéressées par cet aspect.
Mais là encore, il ne s’agit pas de conclure trop vite que c’est une spécificité judéo-chrétienne, car d’autres souches possèdent cette particularité sur la virginité.
En gros, on pourrait dire qu’il y ait deux types de patriarcats sur ce sujet, un très intrusif dans la vie sexuelle et l’autre non.

Toujours en cherchant en comparant diverses civilisations patriarcales, on remarque un phénomène parallèle: la considération des femmes.
Dans ces patriarcats intrusifs, la misogynie est à outrance, les femmes sont réduites au silence et à la servitude selon les principes officiels, dans les autres, elles n’ont pas droit de décision sur les affaires publiques, cependant elles ont droit de parole et occupent des positions stratégiques au fonctionnement de la société.

Deux exemples:
Sparte: Les spartiates sont légalement interdits de commerce et de gestion, ce sont leurs épouses qui s’occupent des affaires, elles peuvent s’exprimer en conseil et tiennent tête à leurs maris.
Nordiques (viking): Les hommes règnent sur ce qui est extérieur au foyer, les femmes règnent sur ce qui est interne au foyer, elles ont droit de parole aux assemblées et droit de divorce.
Dans les deux cas, elles sont pleinement gestionnaires de leurs biens et ont délégation pour ceux de leurs maris.

En gros, ça pourrait se résumer entre patriarcat misogyne et patriarcat politique.

Le patriarcat « politique » sort donc de mon contexte.

En continuant ce le patriarcat « misogyne », on remarquera d’ailleurs une grande hypocrisie à la virginité. Même si il y a parfois considération de la virginité masculine, c’est loin d’être une règle dominante et la différence de considération de perte hors mariage est totale.
Là où il y a considération de la virginité masculine hors mariage, hors homosexualité, ça n’est pas socialement considéré comme une grande faute, alors qu’au féminin, ça en est une au contraire.
A-t-on jamais vu un crime d’honneur ou un mariage forcé pour perte de virginité masculine seule?
A-t-on jamais vu un homme se faire traiter de prostitué parce qu’il avait perdu sa virginité hors mariage?

Il est quand même à remarquer toujours dans cette logique tordue que s’il s’agit d’une ‘perte de virginité homosexuelle’, d’un seul coup, un homme s’expose à des sanctions similaires à celles d’une femme, voire pire…

Religion
J’y reviens un bref instant pour quelques remarques:
Est ce un hasard si…
– le christianisme ait fait naître Jésus d’une vierge?
– des vierges attendent les martyrs en islam?
– Mahomet a connu sexuellement Aïcha quand elle avait 9 ans et qu’elle était sa préférée car il l’a eue vierge?
– si les divers patriarches hébreux insistaient tant sur la virginité de leurs filles?

Voilà, parenthèse finie, je vous laisse conclure par vous-mêmes…
Du fait de sa considération principalement féminine, dans cette forme de patriarcat, la pression à la virginité tient du contrôle des femmes.

Allons plus loin…
Fantasme masculin
Je précise masculin, car même si on le trouve parfois dans l’autre sens, il est plus généralement rencontré dans celui-ci.
Il s’agit bien entendu d’un héritage culturel.

Il peut correspondre deux motifs:
– La course à l’hymen
– L’initiateur

Pour le premier motif, l’hymen de la vierge est considéré comme un trophée. Ca tient du tableau de chasse. L’objectif est la défloration et la personnalité/individualité de la proie est totalement ignorée. Le malsain de cette approche va même dans certains cas extrêmes au recours à la prostitution où la défloration est monnayée.

Pour le second motif, c’est aussi cet orgueil à la virilité qui entre en jeu, mais de manière un peu différente. Il s’agit d’avoir été le premier à faire découvrir à un fille/femme le plaisir sexuel. Là aussi, ça tient du tableau de chasse. La principale différence se situe donc principalement dans la manière d’envisager la proie.
En dérivé de ce second motif, on trouve aussi un fameux fantasme sur les lesbiennes où le héros de virilité se positionnerait comme étant le premier à leur faire découvrir le vrai plaisir sexuel.

Toujours dans l’aspect dérives, on en arrive à des dérives de vente comme le montre -cette petite recherche-. Outre le fait qu’il est totalement malsain de commencer sa vie sexuelle de cette manière, disons le, en se prostituant, force est de constater qu’il y a des hommes pour y répondre.

Perception homme-femme
Toujours d’un point de vue héritage culturel, comme j’avais commencé à l’aborder plus haut avec les adolescents, les virginités masculines et féminines ne sont pas envisagées de la même manière.

Dans notre culture, les garçons seront poussés, se pousseront entre eux à la perdre le plus vite pour se faire leur expérience. On attend plus de réserve de la part des filles. Plus généralement, on attendra d’une fille qu’elle fasse attention et sera potentiellement considérée comme une salope là où un garçon n’aura pas ce genre de problèmes.
Il y a bien évidement l’aspect « risque de grossesse » généralement complètement laissé à la responsabilité des filles, mais cela n’explique pas tout. De même, on trouve le fait que pour un garçon la prise de virginité devienne objet de vantardise.

Dans ce contexte, j’aurais tendance à dire qu’un rééquilibrage des choses serait fortement souhaitable. Ce motif culturel représente une pression tant pour les filles que pour les garçons. Il serait plus sain que les garçons prennent plus de temps dans leur esprit pour acquérir leur sexualisations et que les filles n’aient plus ce jugement, bref une construction pour les deux plus sereine dans l’acquisition de leur sexualité. Evidemment, cela reste basé sur un motif hétérosexuel, mais d’une certaine manière, cela peut aussi en découler sur le motif homosexuel, si cette construction se faisait moins sur des aprioris genrés.

Affiche du film, 40ans, toujours puceau
Mais l’âge avançant, un autre phénomène est constatable.
Un garçon/homme encore vierge à un certain âge sera considéré comme « étrange », mais ce sera moins le cas pour une fille/femme.

Hors cadre socialement vulgarisés dans leur acceptation comme le cadre monastique par exemple, la virginité masculine peut devenir bien plus objet de risée que la virginité féminine qui est plus longtemps normale.
De même, cette risée masculine touchera les deux sexes, alors qu’un virginité tardive féminine sera plus objet d’incompréhension de la part d’autres femmes et sera globalement ignorée de la part des hommes.

Rien que pour le fun…
Un extrait de « Aïcha » de Yamina Benguigui avec Sofia Essaïdi.

Ma conclusion
Comme déjà évoqué, je sépare le problème en deux: l’aspect personnel et l’aspect culturel/social.

Autant je considère que sous l’aspect personnel c’est un élément sensible de la construction personnelle lié à une période de sa vie que l’autre aspect est bien plus discutable et dans tous les cas ne devrait pas être un motif de jugement de l’individu dans une optique intrusive.

Ok, une personne (homme ou femme) est vierge, elle n’a pas commencé sa vie sexuelle active et devrait en rester là pour quelqu’un d’extérieur tant qu’on n’a pas été sollicité pour des conseils ou avis.
Si une jeune fille (voire un jeune garçon) me demande mon avis ou des conseils, je lui répondrais, mais en aucun cas je n’aurai à le/la juger, c’est à elle/lui de décider seul(e) ce qu’il/elle fait et même si je considère que c’est une erreur, je peux lui dire, mais en aucun cas la condamner socialement. La période de virginité est bien souvent une période d’immaturité par rapport à un sujet inconnu et justement tout le paradoxe du cas que de prendre une décision par rapport à une chose inconnue.

Et pour finir, pourquoi ne pas terminer par une citation de Sappho:
(Bergk 109 / Lobel-Page 114 / 131D / Cox 104)

Παρθενία, παρθενία, ποῖ με λίποισ᾽ ἀποίχῃ
Οὐκέτι ἤξω πρὸς σέ, οὐκέτι ἤξω
Parthenía, parthenía, poí me lípois̱᾽ apoíchi̱
Oukéti í̱xo̱ prós sé, oukéti í̱xo̱
Virginité, virginité, où es tu allée après m’avoir quittée?
Je ne reviendrai jamais vers toi, je ne reviendrai jamais.

– Envoyez vos commentaires –

Conte: Une princesse, un dragon, etc. …

1 septembre 2010 à 22:55 | Publié dans Princesse des Roses, Sappho | 2 commentaires
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Il s'agit du château de Neuschwanstein.

Le roi Oikonomos d’Ishys voulait pour sa fille unique, le plus valeureux et le plus brave des époux, idéalement un prince de grande vigueur et de grande valeur. Il avait perdu son épouse peu de temps après la naissance de sa fille, elle n’avait pas supporté les rigueur du plus terribles des hivers qu’ait connu le pays depuis des siècles. Oikonomos aimait tant sa femme qu’il ne pu se résoudre à se remarier, aucune femme ne trouvant valeur à ses yeux, aucune digne de succéder à la défunte reine, mais surtout aucune digne de devenir la belle-mère de sa fille Leukô.
C’était une splendide jeune femme en devenir, la fierté de son père, le plus précieux des trésors du palais aux yeux du roi qui ne lui donnait que le meilleur en tout.
La jeune fille grandissait et la question de son mariage allait devenir une question d’actualité dans quelques années. Aucun des jeunes hommes qu’il voyait à la cour ne lui semblait digne de sa fille, d’autant plus qu’elle et son époux hériteraient de son royaume à sa mort. Derrière chacun, un arriviste assoiffé de puissance pouvait se cacher. Le roi ne savait comment s’y prendre pour être sûr de son choix. Aussi, invita-t-il de nombreux sages, mystiques et savants en plus de son conseil pour réfléchir à comment s’y prendre pour être sûr que son futur gendre ait toutes les qualités qu’il lui voudrait, car entretemps il voulu encore mieux pour sa perle de fille.

Ce concile s’éternisait et était interminable, personne n’était d’accord, à tous, plus de mille idées s’opposaient, toutes la meilleure, et au bout d’un an, puis deux, puis trois, puis le roi Oikonomos en eu assez. Il les fit tous saisir et amener dans sa salle du trône. L’expression furieuse, il s’adressa à eux:

– Vous avez une semaine! Au matin du huitième jour, un seul d’entre vous se présentera devant moi pour vous représenter tous. Cela fait trois ans que je vous entretiens et que j’attends la solution à la question que je vous avais posée. J’ai l’impression de vous avoir engraissé inutilement, aussi, si la solution ne me convient pas, je récupèrerai mon argent en vous vendant comme esclaves lettrés. Et si un de vous pensait à s’enfuir, à ne serait sortir de l’académie que vous m’avez fait construire, je serai prêt à donner à mes chiens la plus savante des nourritures qu’ils n’ont jamais eu.
Suis-je clair?

Un silence absolu régna sur le salle un moment, jusqu’à ce que le fou rire d’un musicien de la cour n’explosa, ne diminuant en rien la terreur qui s’était emparé de la foule des savants. C’était Mankas, un jeune musicien et poète, il s’était fait une spécialité ces trois dernières années de railler ceux qu’il surnommait « les ventres savants ».

Conduits à l’académie, la panique s’empara des savants et chacun courait dans tous les sens à la recherche du plus sage d’entre eux. Etrangement, plus aucun ne se définissait comme tel.
Qu’allaient-ils faire? Qu’allaient-ils donner comme solution au roi? La panique montait!
Soudain, dans leur folie, une idée survint! Le plus jeune d’entre eux devait être celui qui aurait le plus à perdre, car ayant le plus de temps de vie. Une fois de plus l’affolement survint, quand ils virent un jeune garçon, ah non, il était le plus âgé, il avait trouvé un secret pour rajeunir. Mais si! S’il peut rajeunir, c’est lui qui a le plus de temps de vie à perdre! Il fut désigné aussi tôt pour être celui qui allait répondre au roi. En plus, si il est si âgé, s’il a trouvé un tel secret, c’est sûr, c’est lui le plus sage d’entre tous!

Il n’y avait qu’un problème, que tous ignoraient, il s’agissait bel et bien d’un garçonnet, son maître l’avait fait venir auprès de lui en racontant une histoire abracadabrante pour faire payer ses services très chers. Malheureusement pour l’enfant, son maître était mort d’un accident à cause d’un accident, une soirée un peu trop arrosée… Il n’avait jamais osé dire la vérité par la suite, de peur d’être puni.

Arriva ainsi le huitième matin…
Toute la cour du roi Oikonomos était présente, tout le monde voulait savoir quelle allait être la réponse des sages. Même la princesse Leukô était là, pour savoir enfin ce qui l’attendait… Bien évidemment le sarcastique Mankas était à l’affut de la réponse, dubitatif.
Enfin, le « troupeau » de sages fut amené et leur représentant, terrorisé, appelé à sortir du groupe pour se présenter devant le roi… Ce dernier parut surpris, mais continua:

– Alors savant, quelle est votre réponse?
– Faites amener votre fille dans une tour, faites garder cette tour par un dragon, et le prince qui vaincra le dragon sera digne de l’épouser.

L’assemblée resta stupéfaite de cette réponse. C’était digne d’un conte de fées!
Le rire de Mankas brisa encore le silence avant que les murmures se fassent dans toute la salle du trône. Les savants blêmirent en pensant à la réponse qui avait été faite au roi, chacun aurait fait une réponse plus mature et plus sage. Comment le meilleur d’entre eux pouvait avoir proposé une solution d’une telle naïveté?

Affolé par les réactions autour de lui, le garçonnet n’en tint plus et se jeta aux pieds du roi avouant la supercherie le concernant et implorant sa pitié.
Le rire de Mankas résonna de plus belle, couvrant le début de brouhaha de l’assistance.

Un « sage » se jeta au sol aussi implorant à son tour:

– Pitié! J’ai une autre solution à vous proposer!
– Pourquoi écouterais-je? J’avais dit qu’un seul d’entre vous vous représenterait.
– Il a avoué n’être qu’un enfant. J’ai une proposition moins stupide que ces histoires de dragons à vous proposer. Il faudrait que votre futur gendre…

Une corde de lyre claqua et imposa sa vibration claire dans l’air.
Mankas fendit la foule et avança vers le savant.

– Moins stupide?… Tu insultes toute la lignée de notre roi et tout notre peuple!
Contrairement à toi, je suis natif de ce royaume. Depuis les années que tu vis aux crochets de notre seigneur, n’as tu pas remarqué que son blason est composé de trois dragons de couleurs différentes? L’ancêtre fondateur de la dynastie de notre sire a vaincu ici même ces trois dragons, libérant ainsi la contrée. Les ancêtres de notre peuple le désignèrent ensuite pour être leur roi suite à cet exploit.
Alors, non, pour nous, ce n’est pas une stupide histoire de dragons, tu insultes le plus grand héros que n’ai jamais eu Ishys et dont notre roi est le descendant.
– Je ne savais pas…
– Et tu te prétends savant? Il suffit de regarder nos bannières autour de toi! Vous vous êtes tous fait avoir par un enfant!
– Cela suffit, Mankas!
Cette histoire de dragons me plait. Ce jeune garçon a eu le courage d’avouer son mensonge et son idée va dans le sens de nos traditions.
Cependant, je remarque le peu de cas que vous avez tous, vous autres savants, fait de l’histoire de vos hôtes. Mais je constate à quel point je vous ai engraissés et le peu de reconnaissance que cela vous a évoqué.
Bernés par un jeune garçon qui n’est pas si malhonnête… Votre sort sera donc celui que je vous avais prévu et cela renflouera le trésor royal.
– Pitiééé…
– Majesté? Pourrais-je avoir l’enfant? Je suis toujours célibataire et n’ai pas de fils. Le désir de prendre un apprenti pourtant se…
– Il est à toi, Mankas. Tu m’as permis de voir où était la sagesse. Et les autres, qu’on les emmène pour se faire vendre!
– Pitiééé…

Les gardes se saisirent des « ventres savants » et les amenèrent hors de la salle du trône dans une agitation pleine de hurlement de désespoir, de pleurs, de supplications..
Le calme revint bientôt dans la salle du trône. La cour était encore quelque peu choquée de la tournure de l’affaire.

– Bon… Reprenons… Alors petit, comme tu es le dernier ‘sage’ qu’il me reste, que me suggèrerais tu d’autre?
– Moi?… Et bien, majesté… Il faut que le futur mari de votre fille soit aussi vaillant que votre ancêtre, alors il faut trois dragons de couleurs différentes pour garder sa tour.
– Excellente idée!
– Mais il y a un problème…
– Ah? Lequel?
– Bin… Un dragon, c’est déjà dangereux, alors trois, ça l’est encore plus. et il faudra qu’ils mangent et la princesse aussi…
– C’est vrai. Alors, as tu quelque chose à me suggérer là-dessus?
– Malheureusement non majesté… Je suis encore très jeune et pas si sage…
– Il y a un vieux castelet avec un donjon qui ressemble plus à une tour de guet à la pointe ouest de vos domaines majesté. Ce n’est pas peuplé et il doit bien y avoir un passage secret qui doit pouvoir permettre d’amener de la nourriture à votre fille…
– Parfait, Mankas. Cela me convient!
Cependant, je veux que mon futur gendre surpasse tous les autres. Il devra fonder avec ma fille une nouvelle dynastie, aussi, je veux qui soit encore plus vaillant que ça, ce ne sera pas trois dragons de couleurs différentes, mais six !
Trois dragons

Des années étaient passées depuis que le roi Oikonomos avait pris sa décision dans sa salle du trône. Les savants avaient été vites vendus et le trésor royal s’était vite rempli à nouveau, mais il avait fallu des mois pour remettre en état le vieux donjon pour qu’il soit d’un confort digne de la princesse d’un roi si puissant. Il avait fallu aussi des mois pour que des chasseurs de dragons capturent six dragons de couleurs différentes.

Des dizaines de chevaliers, pour certains de vrais princes de sang s’étaient présentés pour relever le défi du roi Oikonomos et gagner sa fille en mariage et la succession au trône. Tous s’étaient fait massacrer par les six farouches et impitoyables gardiens. Aucun n’en était sorti vivant, en dehors de quelques lâches ayant rapidement pris la fuite après avoir aperçu le premier dragon. Certains avaient même essayé de tricher est amenant des troupes, mais eux aussi avaient fini dans les monstrueux estomacs après un horrible claquement de mâchoire. Parfois une des bêtes était blessée, mais leur nombre était suffisant pour qu’elle puisse recouvrer ses forces sans que le défi ne soit remporté.

La princesse Leukô commençait à désespérer que quiconque puisse un jour remporter le défi de son père. Elle se trouvait même vieille fille parfois, heureusement, la présence rassurante de Tharralée, sa servante, lui permettait de tenir. En de rares occasions, elle reprenait espoir en voyant qu’un chevalier prétendant blessait grièvement plusieurs de ces monstres reptiliens qui la dégouttaient de plus en plus, mais l’espoir était toujours de courte durée, la fin était toujours la même, les dragons finissaient toujours par l’emporter, se repaitre de l’infortuné prétendant et se remettre de leurs blessures. Elle les détestait. Tant de vies perdues, tout ça en vain. Son père avait placé la barre trop haut, personne ne pourrait vaincre six dragon, même son ancêtre.

– Princesse!
– Oui, Tharralée?
– Des chevaliers! Ils approchent. Je m’étais levée pour… euh… enfin bref… et j’en ai vu un par la meurtrière arriver un par le sud et en allant à l’observatoire pour mieux le voir, j’en ai vu un autre arriver par le nord.
– Les pauvres malheureux… Encore des victimes sacrificielles sur l’autel de l’orgueil de mon père… Combien y en aura-t-il encore?

Le son d’un cor retentit au nord, un long vrombissement sourd en signe de défi aux monstres peuplant le castelet. Un autre, plus clair, lui répondit venant du sud.
Tharralée se précipita aux fenêtres pour voir ce dont ils avaient l’air. La princesse Leukô resta allongée sur son lit. Elle ne tenait même plus à les voir, sachant qu’ils mourraient.

– Ils ne sont pas bien grands, mais ils semblent déterminés. Tous deux chargent vers la castelet.
– Qu’ont les hommes à vouloir mourir dans de telles conditions dans un défi aussi absurde que mortel?
– Ils tentent simplement leur chance, princesse.
– Ce n’est pas l’amour pour lequel ils tentent leur chance. Ils ne me connaissent même pas, c’est le prix qu’ils veulent, le royaume de mon père, et je fais partie de ce prix.
– Celui du nord a une bannière, je dirais ‘lavande’, et celui du sud une bannière pourpre.
– Dans un quart d’heure, ils seront tous deux morts…

Mais les bruits de combat ne cessèrent pas dans le quart d’heure, pas même dans l’heure qui suivit. Les rugissements des dragons écœuraient Leukô, elle ne supportait plus de les entendre. L’écho de leur furie résonnait dans sa tête.

Pourtant à un moment, un hurlement différent se fit entendre. C’était le dragon vert, elle reconnaissait sa ‘voie’, il venait de subir une blessure douloureuse. Elle réalisa alors que tout l’heure elle avait aussi entendu un hurlement de douleur d’un autre dragon, alors qu’elle essayait de sortir tout ça de sa tête, le dragon orange avait lui aussi subi une blessure qui devait le faire souffrir.
Elle rejoint alors Tharralée qui avait tout suivi depuis le début.

– Que s’est il passé avec le dragon vert?
– Le chevalier pourpre vient de lui crever un œil avec un javelot.

En effet, il s’était mis sur le retrait avec le dragon orange. Les dragons faisaient toujours ça quand ils étaient blessés, ils se retiraient pour laisser les autres faire leur sinistre œuvre de mort.
L’œil droit du dragon était effectivement ensanglanté.

– Et avec l’orange?
– Le chevalier lavande lui à brisé une aile tout à l’heure avec une hache.

Les deux chevaliers se battaient côte à côte, l’un protégeant l’autre qui attaquait. C’est vrai qu’ils n’étaient pas bien grands et bien robustes, mais ils faisaient montre d’une grande vivacité et d’une grande agilité.
Du casque du chevalier ‘lavande’, de longs cheveux blonds cascadaient libres comme les portent certains hommes du nord pour ce qu’en avait appris Leukô. C’était une drôle de couleur que ce lavande, pas très courant parmi les chevaliers qu’elle avait déjà vu mourir au pied du donjon, c’était même peut-être la première fois qu’elle voyait portée cette couleur.
L’autre, le chevalier pourpre, couleur plus classique, mais signe de haut chez les gens du sud était moins atypique, les chevaliers du sud était souvent plus petits. Elle reconnaissait aussi cette tresse de cheveux noirs si particulière qu’ils ont, elle doit bien avoir une signification spéciale, mais aucun n’ayant survécu, elle n’en connaissait pas le sens.

Leukô se mit à pleurer. C’est vrai qu’ils étaient braves, ils devaient aussi être jeunes tous les deux, quel gâchis qu’ils doivent mourir tous les deux ici. Chacun aurait pu avoir une vie pleine s’il était resté dans sa contrée. Tharralée remarqua les larmes de sa maîtresse et la pris dans les bras comme elle l’avait fait tant de fois pour la consoler.

Soudain, l’impossible se produisit. Alors que le dragon rouge prenait son souffle pour cracher un déluge de feu sur les deux combattants, le chevalier lavande sorti de la protection que lui offrait son compagnon d’armes pour se précipiter sous le ventre du monstre avec un épieu massif. Commençant à vomir des flammes, le dragon s’empala tout seul sur l’épieu fermement maintenu pas « Lavande ».
Le cœur était touché! Un flot bouillonnant lui sortait de la poitrine alors que la bête rugissait de douleur et comprenant sa fin proche.
Les dragons eux-mêmes semblaient stupéfaits par ce venait de se passer, car ils marquèrent un temps d’arrêt. Le plus féroce et farouche d’entre eux était en train d’agoniser!
« Pourpre » profita de cet instant d’inattention des dragons pour ramasser une lourde hache de bataille avant de trancher un doigt au dragon jaune qui, à son tour, hurla de douleur, rappelant aux dragons dans quoi ils étaient engagés. Ayant perdu Lavande du regard, celui-ci réapparut, portant un violent coup de taille dans l’abdomen du dragon bleu avec une grande épée de bataille.

Les dragons se dégageaient du combat pour se regrouper. C’était inédit! Ils semblaient douter. Sur les six, le plus dangereux était mort et quatre étaient blessés.
Les deux chevaliers en profitèrent eux aussi, ils prirent un peu de repos dans un endroit qu’ils pourraient défendre.

– Tu as vu ce que j’ai vu?
– Oui, maîtresse.
– Mais où ont ils trouvé ces armes?
– Ce sont sûrement celles de leurs infortunés prédécesseurs, elles sont abandonnées un peu partout dans le castelet, là où ils sont morts. Les dragons les laissent derrière eux quand ils dévorent leurs propriétaires.

Leukô commençait à reprendre espoir. Ces deux là avaient réussi ce que jamais aucun de leurs prédécesseurs n’avait réussi avant.

– Tu crois qu’ils vont arriver à les vaincre?
– Je n’en sais rien, maîtresse, mais je l’espère. Ca serait la fin de l’enfermement ici pour nous deux.
– Où sont ils passés?
– A l’abri pour se reposer et se soigner, je suppose, les dragons ne vont pas en rester là.

Une certaine tension habitait Leukô. Et si la fin de son enfermement approchait? Elle ne voulait pas se donner trop de faux espoirs non plus, mais ce qu’elle avait vu, ce démon rouge baignant dans son sang et le doute chez les autres pouvait permettre les espoirs les plus fous.

De longs instants passèrent et les dragons se décidèrent à se mettre à la recherche de leurs proies humant l’air, ils tentaient de retrouver les deux chevaliers. Un tas de pierres s’effondra révélant Lavande. Les cinq immondes têtes se tournèrent vers lui. Le dragon bleu hurla de douleur, un de ses yeux était ensanglanté, la diversion de Lavande avait positionné la monstrueuse tête dans l’angle parfait pour un tir de flèche de Pourpre.

Les deux chevaliers coururent l’un vers l’autre et reprirent leurs dispositions de combat combiné, prêts à tenir bon contre tout assaut. Ils souffraient, c’était une évidence, ils avaient pris de nombreuses blessures, leurs armures étaient endommagées, mais si leur attention faillait, c’était la mort qui s’abattrait sur eux. Ils maintenaient les dragons à distance avec une longue lance maniée par l’un, l’autre couvrant leur binôme des souffles mortels par un immense bouclier. Ils se relayaient quand ils pouvaient quand un fatiguait trop à son poste.

Le soleil commençait à décliner. Tant l’intensité des assauts des dragons que la défense des deux braves commençait à faiblir, la bataille avait duré toute la journée en dehors de la pause ayant suivi la mort du dragon rouge. Soudain, Lavande arrêta de manier le bouclier pour se mettre à courir, prenant de surprise les dragons, il passa entre eux sans qu’ils aient eu le temps de l’intercepter. Aussitôt, ils se jetèrent tous à sa poursuite.

– Que fait-il? Il est devenu fou?
– Je n’en sais rien princesse. Voyons ce qu’il fait, venez, je crois qu’il va contourner notre donjon.

C’était effectivement ce qu’il fit poursuivi des cinq ignobles lézard géants. L’orange était en tête, il semblait vouloir se venger de son aile brisée, il gagnait du terrain. Au moment de prendre le troisième angle du donjon, il était quasiment sur lui.
Angoissées de son sort, Leukô et Tharralée changèrent de fenêtre pour voir s’il allait s’en sortir, une fois le virage effectué. Elles arrivèrent juste à temps pour voir Lavande faire un grand signe de bras à Pourpre qui ajusta sa saisie d’un immense épieu. Ayant trop d’élan pour modifier sa course, la fureur orange vint s’empaler avec une violence telle que Pourpre fut lui projeté sous le choc.

– Ils en ont tué un autre! Tu crois qu’il est mort?
– De qui vous parlez? Du dragon ou du chevalier?
– Du chevalier, voyons, il ne bouge plus!
– Je n’en sais rien, mais j’espère que non.

La stupeur prit encore les dragons, le second d’entre eux venait de mourir. Le chevalier pourpre ne bougeait effectivement plus, il gisait à côté du cadavre de la bête qu’il venait de tuer au pied du donjon.
Alors que le dragon vert s’approchait une flèche vint rebondir sur ses écailles, suivie d’une autre et encore d’une autre. Les dragons se précipitèrent, seul et juste armé d’un arc, il ne représentait guère de danger. Il se remit à courir en tournant autour du donjon.

Le moins blessé de tous, le dragon violet fut le premier à passer l’angle, mais Lavande d’un grand coup circulaire d’épée bâtarde lui fit une longue entaille sur le flanc. Les autres qui le suivaient de près se heurtèrent à leur congénère. Lâchant son arme, Lavande courut au chevet de son camarade pour l’aider à se relever et s’éloigner à couvert, le soutenant.
Les dragons, désabusés des deux dernières embuscades et las de cette journée de bataille, ne se jetèrent pas sur eux. Ils avaient le temps, il jouait pour eux, les deux humains étaient blessés aussi, mais la physionomie d’un dragon fait qu’il récupère mieux et qu’il a plus de puissance.

– Il est vivant! Loués soient les dieux et les déesses des batailles!
– Vous avez eu peur pour lui, princesse?
– Bien sûr! Pour les deux, ils…

Leukô vit une étrange expression sur le visage de sa servante. Cette dernière n’avait pu que voir l’excitation qui l’habitait. Tout n’était pas fini, la bataille devait aller à son terme, mais elle envisager que le tandem des deux chevaliers puisse réussir là où tant avaient trouvé la mort.

– Ne te moque pas de moi, Tharralée…
– Je ne me moque pas, je suis contente de vous voir revivre. Ces derniers temps, vous étiez très cynique quand des chevaliers se présentaient.
– Je crois qu’ils peuvent réussir.
– C’est possible. Disons déjà qu’ils ont fait bien plus que quiconque avant.
– Je veux qu’ils réussissent. Je le souhaite de tout mon cœur.
– Nous pourrions enfin quitter cette prison.
– Qu’est qu’ils ont que les autres n’avaient pas?
– Je crois que c’est un ensemble de petites choses qui ensemble font qu’ils y arrivent.
– Lesquelles?
– Déjà, ils se battent ensemble et pas chacun de leur côté. Ils se coordonnent pour garder les dragons loin d’eux. Si l’un commence à fatiguer de se battre à sa place, l’autre prend le relai pendant que l’autre peut souffler.
Ils sont intelligents, ils ont observé comment réagissaient les dragons et ils ont monté des stratégies à deux pour arriver à les blesser et les tuer. Mais surtout, ils se font confiance. Ils ont pleinement confiance l’un dans l’autre. Si un s’expose dans leurs tactiques, il sait que l’autre sera là pour une autre action qui lui permettra de s’en sortir.
Ou comme tout à l’heure, Pourpre était inconscient et incapable de se défendre, Lavande n’a pas hésité à prendre des risques pour aller le sauver.
– Lavande a beaucoup de courage.
– Ne croyez pas que Pourpre n’en est pas autant.
Il devait rester à son poste pour attirer le souffle du dragon rouge. De plus, même si Lavande s’expose plus sur l’instant, il faut beaucoup de courage pour accepter ce qu’il fait dans leurs tactiques.
– Oui, c’est lui qui a tué le dragon orange.
– Pas seulement. Chaque fois que Lavande s’expose, c’est sur lui que repose le succès de leur tactique, il a beaucoup de pression, il n’a pas droit à l’échec, car si il faillit, c’est son camarade qui meurt, il est responsable de sa vie à ces moments, de leurs vies à tous deux. Ce sont deux formes de courages différents.
– Tu as raison, ce sont tous deux des héros.
– Dignes de vous épouser?
– Tharralée! Tu te moques encore!
– Oui, j’avoue. Mais si ils remportent le défi de votre père, c’est à deux, vous les épousez tous les deux?
– Bien évidemment!
– Princesse, vous êtes une coquine… Les lois de notre royaume ne le permettent pas.
– Dommage…
– Princesse!
– A moi de me moquer un peu aussi… Mais je ne sais ce qu’il conviendrait de faire dans ce cas. A deux, ils auraient tué six dragons. C’est bien du niveau de mon ancêtre. Aucun des deux n’aurait démérité et il serait injuste qu’un seul soit déclaré vainqueur. Et il est hors de question que mon père refuse de reconnaitre leur victoire et reconduise l’épreuve en repeuplant de dragon le castelet et nous maintenant ici. Alors, je ne sais pas ce qu’il en sera s’ils réussissent.
– Et s’ils échouent?
– Mon père devra trouver au moins deux nouveaux dragons, mais là encore, je ne sais pas ce qu’il en sera, je ne le supporterai pas.
– Allez donc vous coucher, princesse. Les dragons se regroupent pour se reposer et se sécuriser entre eux. Les chevaliers doivent faire la même chose de leur côté, je ne crois pas qu’il y ait de combats cette nuit. La journée d’aujourd’hui a été éprouvante pour tout le monde et celle de demain le sera aussi.
– Tu as raison, bonne nuit, Tharralée.
– Bonne nuit, princesse, peut-être que demain se jouera le sort de tout le monde…

La princesse Leukô s’était rapidement endormie. Les émotions de la veille l’avaient éprouvée. Mais son sommeil avait été agité. Elle avait rêvé de tant de choses s’assemblant de manière désordonnées, l’horreur des morts qu’avaient causé les dragons, la mort des deux dragons , ces deux chevaliers luttant jusqu’au bout de leurs forces, tout cela faisant confusion dans ses rêves.
Elle se leva tôt et alla prendre un eu d’air frais à la fenêtre. Il était chargé de l’odeur putride des cadavres en décomposition, mais elle ne s’en rendait plus compte en temps normal tellement elle y était habitués par ses années à le respirer. Cela finirait peut-être bientôt…
Le soleil n’était pas encore levé et les dragons se reposaient encore, regroupés le long de la muraille. Mais de l’autre côté de son champ de vision, elle remarqua une ombre qui se déplaçait prudemment. Elle alla réveiller silencieusement sa servante.

– Viens voir, Tharralée. je crois qu’il va se passer quelque chose…

Entretemps, l’ombre était devenue une silhouette que les premiers rayons du jour commençaient à éclairer. Il se tenait seul, droit comme un i sur l’esplanade du donjon. Il porta quelque chose à sa bouche et retentit le son clair des cors du sud.

– Mais que fait-il?
– Je n’en sais rien, princesse, peut-être une de leurs stratégie…

Les dragons se dressèrent brusquement. Ce pauvre humain les défiait! La bataille allait reprendre! Ils se précipitèrent sur lui en dehors du dragon jaune qui se surprit d’une douleur à une patte avant dont un doigt avait été tranché la veille au moment de la mort du dragon rouge. Il était donc seul quand Lavande sauta sur sa tête armé d’une sorte de pioche dont il enfonça profondément le pic dans son crâne, le tuant sur le coup sans que personne ne remarque la chose en dehors des deux spectatrices de la tour.
De son côté, Pourpre se mit à courir pour contourner le donjon comme le faisait la veille Lavande. Mais les dragons firent un détour que de prendre au plus court à l’angle.

– Que font-ils?
– Les dragons ne sont pas des créatures stupides. Ils ont compris hier que nos deux champions pouvaient les attendre après l’angle pour les prendre par surprise avec un épieu ou une épée, alors ils se méfient pour ne pas tomber à nouveau dans un piège.

Entretemps, Pourpre prenait le second angle. La princesse et sa servante changèrent de fenêtre pour voir ce qu’il allait faire.
A mi-donjon, un mur de feu se dressait et sans ralentir sa course, pourpre le traversa pour rejoindre le poste défensif de la veille où l’attendait déjà Lavande. Les dragons s’arrêtèrent et le contournèrent prudemment, laissant le temps aux chevaliers de prendre leurs postures de combat.

– Qu’est ce que ça veut dire? Les dragons ne craignent pas le feu!
– C’est la même chose, ils ne savent pas ce qui pourrait les attendre derrière, aussi sont ils prudents.
– Ils savent qu’ils vont mourir, la moitié d’entre eux est déjà morte, on va être libre!
– Ne précipitez pas les choses, princesse, nos champions n’ont pas encore gagné.
– Mais il ne reste que trois dragons et ils sont blessés.
– Les chevaliers aussi sont blessés. Les dragons récupèrent plus vite de leurs blessures et de la fatigue. Ces deux chevaliers sont toujours fatigués de leurs combats d’hier, ils ont dû peu dormir, se relayant au cas où les dragons attaquent et ils ont dû faire les préparatifs pour leur attaque de ce matin. Je ne sais même pas s’ils ont pu manger.
– C’est quoi ce mur de feu?
– Ca sent l’huile, ils ont dû en trouver dans le castelet et creuser une tranchée pour l’y mettre. Ca aussi a dû les fatiguer.
– Tu crois qu’ils vont réussir à vaincre?
– Je n’en sais rien, princesse. Rien n’est encore joué.

La bataille de position entre les chevaliers et les dragons continua. Leukô constatait que ce que lui avait dit Tharralée était vrai, ils semblaient épuisés alors que ce n’était que le matin. Ils tenaient bon, mais leur vigueur était moindre que la veille. Heureusement qu’il y avait moins de dragons et qu’ils en aient rendus borgnes eux, ils n’auraient pas pu résister sinon.

La situation s’enlisait, ce n’était pas en faveur des deux chevaliers, aussi les dragons devenaient plus pressant dans leurs attaques. La princesse Leukô angoissait, elle avait tant voulu y croire Que la déception qui s’annonçait allait être d’autant plus terrible.
A un moment, Lavande trébucha alors qu’il portait la lance sur une attaque du dragon vert, il tomba en arrière. Le cœur de Leukô se retint de battre. Le dragon avança pour profiter de la situation et les massacrer. Leukô hurla. Pourpre sortit de la protection du bouclier pour planter une épée à travers la patte du monstre du côté où il était aveugle. La bête se dressa aussitôt en hurlant. En voulant se reposer sur sa patte intacte, la bête qui n’avait pas vu, qu’entretemps, Lavande avait jeté à Pourpre la longue lance s’embrocha mortellement dessus.

– Tu crois que c’était fait exprès depuis le début?
– Je n’en sais rien, je ne suis pas sûre. Mais j’ai crains pour eux comme vous!

Il ne restait plus que les dragons bleu et violet. Ayant déjà vu mourir la veille de leurs congénères, ils n’avaient plus cet effet de stupeur, même s’ils eurent un réflexe de recul. Ne voulant pas se faire avoir comme précédemment, ils cassèrent la distance pour ne pas qu’un de ces guerriers surgisse d’un recoin pour leur porter un coup par surprise.
Ils surgirent en effet en courant, Lavande guidant par la main, celui-semblant être aveuglé de tout le sang de dragon lui ayant giclé au visage. A nouveau, ils partirent pour passer l’angle de donjon, poursuivis par les deux dragons prenant le virage large.
Changeant de fenêtre, Leukô et Tharralée ne virent que les dragons déboucher, mais pas les chevaliers.

– Où sont-ils? Tu les vois?
– Non, aucune idée…

Elles n’étaient pas les seules à les avoir perdus. Les deux bêtes semblaient les chercher aussi. Ils avaient disparu.
Après avoir cherché du regard alentour, le dragon violet prit son envol suivi du bleu afin de remettre la patte sur les deux fuyards, tournant autour du donjon, tels des vautours. N’ayant pas déniché les chevaliers, le tandem mortel se posa sur les vestiges du chemin de ronde, grandement endommagé par tous les combats successifs, il semblait tenir une sorte conseil, se méfiant que personne ne puisse surgir.
Commença ensuite un macabre ménage. Les dragons se relayant, l’un couvrant les arrières de l’autre, ils commencèrent à cracher leur souffle mortel dans tous les recoins qu’ils trouvaient, minutieusement, ne prenant pas le risque d’en négliger le moindre. Si un chevalier s’y trouvait il mourrait dans des flammes dignes du pire enfer. Précautionneusement, les dragons se livraient au ménage de toutes les caches potentielles qu’ils trouvaient.
Ils procédèrent ainsi toute l’après-midi, avant d’aller faire une chose qu’ils n’avaient jamais fait avant, prendre leurs quartiers en haut du donjon quand le soleil déclina.

– Ce n’est pas possible qu’ils aient disparu ainsi!
– Il semblerait pourtant.
– Ils auraient du réapparaitre là!

Alors qu’elle pointait l’angle de la tour, un mouvement plus bas attira son attention. S’extirpant délicatement de l’abdomen du cadavre du dragon vert comme d’une tente, Pourpre scrutait si la voie était libre. Il fut bientôt suivi de Lavande.
Tharralée plaqua sa main sur la bouche de Leukô alors que les deux chevaliers se glissaient prudemment dans la nuit en boitant tous deux.

– Silence, princesse, vous pourriez attirer l’attention sur eux, les dragons sont juste au dessus de nous.

Même si sa servante lui avait libéré la bouche, Leukô se contenta d’un signe d’approbation de la tête.

– Ils vont faire leurs préparatifs pour le combat de demain. Demain sera un jour où les destinées se décideront, il ne saurait en être autrement.

Leukô se réveillait doucement. Ouvrant les yeux, avec stupéfaction elle vit une silhouette dans l’encadrement de la fenêtre. C’était Pourpre! Il était à l’attention de l’extérieur, armé d’un harpon qui semblait bricolé à partir d’autres armes.

– Vous…
Shuuut…

Tharralée était aussi réveillée dans son lit et restait silencieuse, les yeux grand ouverts.
Jamais depuis le début de leur enfermement elles n’avaient eu l’occasion de voir un chevalier de si près. Il était là à peine à trois mètres d’elle, lui tournant le dos, elle aurait tant aimé voir son visage, au moins ses yeux comme il portait son casque bosselé des coups reçus ces derniers jours.
C’est vrai qu’il n’était pas bien grand, mais dans sa posture tendue il était impressionnant quand même. Son aspect était terrible, effrayant et excitant à la fois. Son armure était dans un état pitoyable, du sang séché l’en recouvrait un peu partout et des morceaux manquaient à divers endroits, voire avaient été remplacés par ce qu’il avait dû trouver dans le castelet. Même sa côte de mailles paraissait trop grande pour lui, il en avait probablement changé, et même celle-ci n’était guère vaillante. Des bandages maculés paraissaient en de multiples endroits, elle réalisait maintenant qu’ils avaient reçu tant et tant de blessures…
Sa longue tresse désignant sa noblesse était elle aussi pitoyable d’avoir été tant imprégnée de sang et quelque peu cuite par le souffle des dragons, pourtant, dans les circonstances du moment, elle était magnifique par l’espoir qu’elle représentait.
Leukô avait pourtant une préférence pour Lavande. Même si Tharralée avait raison et qu’ils étaient de courage égal, Leukô admirait son intrépidité, son style plus mobile, et autant le reconnaitre, sa blonde chevelure l’avait marquée. Quel pouvait bien être son nom? Ne sachant presque rien de lui, elle l’admirait. Les réticences qu’elle avait développé sur ce mode de lui trouver un mari semblaient se disperser, un homme avec une telle vaillance, une telle attention pour un compagnon d’arme, une telle intelligence, devait avoir d’autres qualités qui feraient que même si l’amour ne serait pas présent au début, il la respecterait et les sentiments viendront.

La rêvasserie ne fut que de courte durée que le son lourd d’un cor raisonna, Pourpre se tendit un peu plus, affermit sa prise sur son harpon, prêt à le lancer à tout instant, l’action n’allait pas tarder… Les deux femmes étaient comme paralysées, à l’attention de ce qui allait se passer, pour elles, c’était le jour de la dernière bataille!
Un lourd battement d’ailes se fit entendre depuis le haut, les dragons prenaient leur envol. Pourpre ajusta son tir et lança son harpon avant de se jeter dans le vide!

Les deux femmes se précipitèrent à la fenêtre. Elles virent avant même d’y arriver une barre de métal en travers où était attachée une corde. Pourpre se laissait glisser le long du mur avec la corde faisant une boucle autour de son ceinturon.
Un rapide état de la situation leur montra que Pourpre avait lancé son harpon sur l’aile dragon bleu, comme une corde était attachée à une extrémité à celui-ci et à l’autre à un énorme rocher au pied du donjon, toute l’aile s’était déchirée et le dragon avait fait une chute brutale ne pouvant plus voler et emporté par son élan.
De son côté, Lavande faisait diversion en donnant le change à leur poste défensif, brandissant la lance, l’immense bouclier était devant lui comme si Pourpre était là pour le manier. Le dragon violet passa en vol au dessus de lui pour lâcher un déluge de feu, obligeant d’entrée Lavande à se protéger du bouclier, avant de poursuivre son vol.
Entretemps, Pourpre était arrivé en bas du mur, s’était saisi d’une grande épée de bataille et se précipitait sur le dragon bleu encore un peu assommé. Il lui porta un grand coup de taille qui lui trancha la moitié du cou, arrachant à l’animal une plainte horrible Il lui en porta un second qui eu le même effet.
Leukô exultait, le cinquième dragon allait trépasser!
Mais le dragon violet revenait, il cracha encore son souffle enflammé sur Lavande qui s’abrita à nouveau dernière le bouclier et continuant son vol, ne pouvant reprendre son souffle, frappa de sa queue violemment Pourpre qui ne l’avait pas vu venir et n’avait pu l’entendre à cause des plaintes du bleu.
Leukô hurla et failli défaillir et Tharralée la soutint. Un des deux héros allait mourir et seul, l’autre ne pourrait probablement faire face au dernier dragon qui malgré sa blessure au flan semblait en pleine possession de ses moyens.
Le dragon violet s’était posé et se précipita sur Pourpre qui se relevait avec peine. Le chevalier réussit à esquiver in extremis la gueule du monstre qui voulait lui porter une morsure fatale, mais il ne put rien contre un grand revers de patte qui l’envoya projeter à plusieurs mètres.
Ayant assisté impuissant à la scène du coup de queue, Lavande se précipita avec sa lance au secours de son camarade. Ce fut une vraie charge quand il le vit projeté par la bête. N’ayant plus le temps pour un nouveau souffle ou décoller, le dragon le chargea à son tour, comptant bien s’en débarrasser.
Lavande dû esquiver la charge, mais tenta quand même de porter un coup au cou de l’animal, mais la lance explosa par la violence de la charge et il perdit l’équilibre. Près de lui se trouvait la grande épée de bataille que Pourpre avait utilisé pour taille le cou du dragon bleu, il s’en saisit aussitôt et repartit à l’assaut. Le dragon violet se retrouvait à peu près dans la même situation que tout à l’heure et réemploya la même technique.
Le cœur de Leukô battait à se rompre, son champion préféré affrontait seul le dernier dragon, elle ne supporterait pas de le voir mourir. Sans s’en rendre compte, elle serrait de toutes ses forces la main de Tharralée qui était elle-même hypnotisée par cet ultime duel.
Le dragon décidant de mordre son adversaire, un homme épuisé ne peut courir ainsi, utiliser une arme aussi lourde et esquiver une telle attaque. C’était sans compter sur la rage qui habitait Lavande d’avoir vu son camarade se faire projeter par le dragon. Portant un grand coup circulaire, il se déporta sur le côté évitant ainsi la morsure et blessant grièvement le dragon à la gueule. Il ne pu cependant pas éviter le reste du corps et se trouva projeté à son tour.
Pourpre gisait toujours, il n’avait pas bougé depuis son atterrissage. Le dragon hurla de douleur, projetant en l’air de son sang. Lavande se redressa, et chancelant, repartit à l’assaut. Il était comme possédé par une frénésie meurtrière et les coups de grande épée de bataille pleuvaient sur le dragon. Hurlant à chaque fois, il perdait de grandes quantités de sang de toutes ces blessures qu’il recevait, Lavande ne lui laissait aucun répit. A un moment, il se redressa. Lavande en profita pour lui porter un tel coup qu’il lui ouvrit complètement l’abdomen. Le dragon s’effondra dans un dernier râle.

– Allons les rejoindre!
– Attendez, princesse, je prends la clé.

Leukô n’avait pas attendu sa servante, elle s’était précipitée dans l’escalier vers la porte d’entrée du donjon. Elle piaffait de pouvoir sortir et rejoindre son héros. Pour ne rien arranger, Tharralée était elle même si excitée qu’elle n’arrivait pas à mettre la clé dans la serrure. Enfin la porte s’ouvrit et Leukô se précipita pour retrouver son champion.

Elles le trouvèrent sanglotant au chevet de son camarade.
Il était dans un état tout aussi pitoyable que celui dans lequel elles avaient vu Pourpre le matin même, mais le cœur de Leukô battait la chamade. Son héros, son futur époux, était là. Elle ne savait pas encore son nom, mais il resterait aussi toujours pour elle « Lavande », le chevalier qui pendant plus de deux jours s’est battu contre des dragons pour la délivrer. Vieille, elle conterait sans lasse à ses petits-enfants quel le héros est leur grand-père et ses exploits.
Il était face à lui et elle était comme paralysée. Pourpre était mort, lui aussi était un héros, ses exploits seront aussi compté et il entrera aussi dans la légende éternelle aux côtés de son époux. Sa vaillance et son courage seront loués jusqu’à la nuit des temps. Sa mort était une triste perte, des gens de sa valeur son si rares.
Mais tous les regards de Leukô étaient pour Lavande. Il avait défait son casque et sa longue chevelure blonde cascadante cachait son visage ainsi que celui de pourpre. Il portait un bandage maculé de sang autour de la tête. Sa blonde crinière aussi était maculée de sang, roussie par le souffle des dragons, sale de toutes les crasses du castelet, mais elle était superbe et signe de grande noblesse dans les royaumes du nord.

– Messire?

Lavande ne réagit pas, pleurant toujours son ami. Leukô compatissait et lui laissait prendre son temps. Maintenant que les dragons étaient morts, ils avaient tout le temps.

– Tu n’as pas le droit de m’abandonner comme ça, pas maintenant, pas après nous être battues ensemble tout ce temps. Pas après tout ça, pas maintenant. On avait dit que nous irions ensemble jusqu’au bout, ensemble!
Tu n’as pas le droit de me laisser maintenant! Tu m’avais promis de venir pour que je te fasse visiter mes terres et que tu me ferais visiter les tienne! Et puis… Qui va arrêter la guerre entre nos deux peuples si tu n’es pas là pour les convaincre chez toi? Hein? Comment je vais faire sans toi?
Tu ne peux pas me laisser! Pas maintenant!

Cette voix!
Lavande rejeta son pan de chevelure par dessus son épaule, révélant son visage.
Lavande est une femme!
Leukô faillit défaillir, Tharralée la retint. Pas de doute, Lavande est une femme et même une femme très belle. Malgré ses égratignures au visage, ses équimoses et ses larmes qui traçaient de longs sillons dans la saleté sur son visage, elle était d’une grande beauté.
Lavande attrapa le corps de Pourpre et plaqua sa tête contre sa poitrine.

Pas maintenant!

Pourpre aussi est une femme!
Elle aussi était très belle. Comme les gens des royaumes du sud, elle avait la peau cuivrée, un peu brune et les traits fins.
Les deux chevaliers pour lesquels le cœur de Leukô avait tant vibré étaient des femmes! Une fois de plus, elle faillit défaillir. C’était deux femmes qui avaient réussi à remporter le défi de son père… Qu’allait-elle devenir?
C’était si déchirant de voir Lavande pleurer son amie.

– Tu as décidé de me faire périr noyée avec tes larmes ou quoi?

Lavande se dégagea pour regarder en face Pourpre qui lui fit un petit sourire narquois.

– Tu es vivante!

Lavande attrapa Pourpre pour lui faire un long baiser sur les lèvres.
Leukô était chancelante; les émotions cumulées à la tension de ses derniers commençaient à avoir raison d’elle.
Le baiser fini, Pourpre se tourna vers elle:

– Au fait, c’est qui celle-là? Le dernier dragon? Le dragon rose?
– Non, je dirais plutôt le dragon blanc…

Tharralée rattrapa la princesse qui venait de s’évanouir…

Leukô se réveilla. Elle n’était pas dans son lit, mais allongée sur celui de Tharralée. Les tensions étaient descendues pour certaines, d’autres étaient apparues. De nouvelles incertitudes étaient apparues par rapport à son avenir. La révélation finale changeait beaucoup de choses et le plan de son père s’en retrouvait bouleversé. Il ne pouvait la donner en épouse à une femme, mais il ne pouvait revenir sur le fait que les dragons étaient vaincus. Il n’oserait, en tous cas, pas s’opposer à qui a vaincu six dragons. Six dragons… C’était même fou comme idée.
Elle se redressa et constata que Lavande et Pourpre étaient dans son lit qui était plus grand. Elles étaient lavées et soignées de frais comme leurs pansements étaient d’un blanc immaculé. Elles dormaient profondément, d’un sommeil largement mérité après leurs exploits des derniers jours. Le plus cynique était qu’elle ne connaissait toujours pas leurs vrais noms, pour elle, c’était toujours « Lavande et Pourpre ».
Elle se prit un moment à les admirer. Elles avaient tant de qualités. Elles étaient courageuses, braves, intelligentes, fortes, fidèles en amitié, et par dessus le marché, elles étaient belles. Face à face, elles étaient si différentes, mais le même esprit les habitait, même dans leur sommeil.
Et elle? Qu’était-elle? Une sotte princesse qui avait attendu sottement qu’on la délivre… Mais tout cela était fini maintenant, les dragons n’étaient plus. Fini vraiment? Que déciderait son père pour elle face à cette conclusion surprenante? La encore elle ne serait que le jouet de sa destinée.
Tharralée n’était pas là. Peut-être était elle allée se promener, cela faisait si longtemps qu’elle en parlait. Pourquoi ne pas faire de même? Ce castelet devenait détestable. A peine dehors, elle vit le cadavre d’un dragon, comme le vestige d’un temps qui avait trouvé son terme. Ils étaient tous là, morts. Elle vomit comme si c’était la première fois qu’elle sentait l’odeur de charogne qui empestait les lieux. Oui, il fallait qu’elle s’éloigne un moment pour réfléchir à sa vie et comment elle allait appréhender la suite des évènements. Elle prit un peu de nourriture et laissa un mot à Tharralée, qu’elle n’était pas loin et rentrerai dans la nuit.

Le soleil était levé depuis un moment quand Leukô se réveilla. Tout le monde dormait quand elle était rentrée, elle soupçonnait sa servante de faire semblant et d’avoir veillé son retour, mais elle n’avait pas bougé du fauteuil où elle ‘dormait’ ni prononcé le moindre mot. « Lavande et Pourpre » dormaient encore, bien qu’elles avaient dû certainement changer leurs pansements et manger.
Elle était seule dans la chambre, tout le monde était déjà levé. Elle enfila un robe de chambre et descendit à l’étage du dessous où de lointains échos de discussions étouffées lui parvenait.
Entrant dans la salle, elle découvrit autour de la table, non seulement Lavande, Pourpre et Tharralée, mais le maître Mankas était là aussi.

– Bonjour! Quel plaisir de vous revoir, princesse, après tant de temps! Mais asseyez vous parmi nous et venez donc manger quelque chose!
– Bonjour à toutes et vous maître Mankas, merci.

L’ensemble de l’assistance la salua en retour et elle s’assit. Leukô était quelque peu impressionnée, elle n’était plus habituée à avoir tant de monde avec elle.
« Lavande et Pourpre » lui souriaient. Elles s’étaient changées avec des vêtements qui n’étaient pas tout à fait à leur taille, un mélange des siens et de ceux de Tharralée, ce qui ne les empêchait pas d’avoir une grande allure. Pourpre portait le bras gauche en écharpe, mais même cela elle le faisait avec une grande dignité. Si elle ne l’avait vu de ses yeux, elle n’aurait pu croire que les deux farouches chevaliers étaient ces deux splendides femmes qui semblaient même un peu plus jeunes qu’elle.

– Permettez-moi de me présenter, je suis la princesse Movella du royaume des tribus unies de Fotia. C’est un plaisir de vous rencontrer, princesse Leukô.
– Quant à moi, je suis la princesse Lévanatée du royaume de l’alliance de Pagô. Enchantée de vous connaître enfin, princesse d’Ishys.
– C’est une joie pour moi de vous découvrir aussi, je ne m’attendais à pas ce que nous nous retrouvions à trois princesses royales, mais j’en suis fort heureuse, même si j’aurais préféré des circonstances différentes.

Ne plus être en tête à tête avec uniquement Tharralée lui faisait une impression étrange. Le défi était rempli, pas tout à fait comme il aurait dû, mais il ne recommencerait pas encore, elle ne pouvait l’envisager, tout comme elle ne pouvait savoir comment serait considérée cette fin étrange.

– Vous avez été promptement arrivé, maître Mankas, je suis plutôt surprise.
– J’étais déjà en route et presque arrivé quand j’ai entendu le cor spécial qui annonçait la mort des dragons. Mais je dois aussi vous dire que c’est une autre raison qui m’amène.
– Le cor?
– Vous dormiez ou étiez encore évanouie quand je l’ai sonné, relayé pas ces princesses ici présentes, bien plus douées que moi à le sonner.

Tharralée salua les princesses de la tête qui lui répondirent de même.

– En tous cas, je suis fort content que tout cela soit terminé. La bravoure de ces princesses est digne de grands éloges et de grandes épopées, comme celle de votre ancêtre, leur mérite est au moins aussi grand.

Mankas s’éternisait en formules générales. Les princesses chevalières attendaient visiblement qu’il parle de quelque chose, cela ne venait pas malgré leurs regards insistant à son attention l’incitant à en venir aux faits.

– Ah taisez vous, Mankas, vous êtes un fourbe, laissez nous plutôt expliquer à la princesse Leukô la situation.

Leukô fut surprise. Que voulaient-elles dire? En savaient-elles plus sur la suite des évènements? Attentive, elle allait enfin savoir à quoi s’en tenir.

– Voyez-vous, Leukô, il me faut placer le début il y a une dizaine d’années, quand mon royaume et celui de Fotia sont entrés en guerre. J’étais alors une petite fille, j’ai grandi avec cette guerre et l’idée de me battre pour défendre ma patrie.
– Il en est exactement de même pour moi. Avec la mort de mes frères, je me suis retrouvée princesse héritière. J’ai donc reçu une formation dans tous les domaines que je devais connaitre pour un jour diriger mon pays, en particulier celui des armes, afin de mener nos troupes au combat.
– Idem pour moi, sauf que mon frère n’est pas intéressé par la couronne, aussi, il a annoncé très tôt que s’il devenait roi, il abdiquerait en ma faveur.
Nos royaumes étant en guerre, personne chez nous n’a porté attention a défi de votre père. Engagez des combattants contre des dragons était, de notre point de vue, à coup sûr perdre ces combattants.
– Nous étions toutes deux, chacune de notre côté arrivées en âge de prendre part à nos premières batailles.
C’est là que votre maître Mankas entre en scène.
– Ah! Je peux parler pour raconter la suite?
– Non!

Tout ceci lui paraissait bien étrange et bien loin de ce qu’était son monde à elle. Ce n’était pas directement en rapport avec son avenir, mais cela devait avoir son importance quand même qu’elles en commencent par là. Où voulaient-elles en venir? Qu’allaient-elles lui annoncer en conclusion? La situation était déjà assez étrange, elle en prenait une encore plus bizarre.
Toutes deux semblaient décidées et prenaient la chose très au sérieux. Elle resta donc silencieuse et concentrée, il devait y avoir une logique et elle ne devait pas rater les points clés. Des questions lui venaient déjà, comme de savoir comment deux princesses censées être ennemies avaient combattu côte à côte et semblaient de proches amies. Quelle était cette fameuse raison qui motivaient la venue de Mankas? Pourquoi le traitaient-elles de fourbe? Les réponses allaient sûrement venir par la suite.

– Votre maître Mankas s’est présenté chez nous pour nous rappeler le défi du roi Oikonomos, votre père.
– Il nous a dit que la santé de votre père déclinait et qu’il y aurait bientôt un royaume sans roi et déstabilisé de ne plus avoir quiconque pour le diriger.
– Mankas! Mon père va bien, j’espère?
– Princesse, laissez nous aller jusqu’au bout de notre explication, s’il vous plait, c’est très important, vous pourrez nous poser toutes les question que vous voudrez après. S’il vous plait…
– Entendu.
– Merci.

Ca devait vraiment être grave! Si la santé de son père passait après leurs explications, celles-ci devaient revêtir une très grande importance. A moins que Mankas ait menti et que c’est en cela qu’elles le traitaient de fourbe? Malgré l’envie qui la tenaillait d’avoir des nouvelles de son père, elle devait rester attentive et ne pas perdre le fil du récit. De nombreuses choses restaient encore en suspens.

– Nous ne savons comment il a fait, mais votre maître Mankas a réussi à convaincre nos familles que si nos royaumes récupéraient celui du roi Oikonomos, nos armées seraient suffisamment puissante pour vaincre notre ennemi et mettre un terme à cette guerre.
– Mankas!

Le poète-musicien ne semblait effectivement pas très fier de cette action et méritait bien de se faire traiter de fourbe. Leukô était déçue de cette attitude. Qu’est qu’elle pourrait encore découvrir dans cet ensemble de déclarations. Ca commençait à la concerner, elle ne devait rien manquer.

– Aussi, nous fûmes toutes deux désignées par nos familles respectives pour relever le défi de votre père et l’emporter.
De là, nous vous aurions épousé et récupéré votre royaume.
– Mais… …mais… …vous êtes des femmes!
– Dans nos deux royaumes, avec la guerre, beaucoup d’hommes sont morts. Les femmes sont devenues guerrières, comme les hommes. Mais il y a eu beaucoup de problèmes d’héritages qui pouvaient ne pas trouver d’héritiers, aussi les femmes ont été autorisées à se marier en elles avant de partir à la guerre, pour ne pas désorganiser nos nations, vues les circonstances.

Leukô était déstabilisée. Elle comprenait quelque peu la logique de la chose, mais cela la choquait. Depuis petite, elle aspirait à épouser un homme correspondant à un certain nombre de valeurs, l’idée même de trouver ses valeurs chez une femme n’était absolument pas envisagé ou envisageable, et même, il y avait quelque chose que la mettait mal à l’aise, malgré son innocente de certaines affaires de couple.

– Votre maître Mankas, nous a par la suite conseillé de nous présenter le matin du jour de notre arrivée. Selon lui, après avoir consulté des astrologues et de devins, ce serait le jour avec les meilleurs auspices pour se lancer dans le défi.
– Vous avez pu voir depuis votre tour partie de la suite. Mais nous nous sommes parlé et vous n’avez sûrement rien entendu. Si vous nous aviez entendues, vous n’auriez déjà pas été tant surprise que nous soyons des femmes.
– Effectivement, avec les bruits de combat et les hurlements de dragons, je n’ai rien entendu. Je n’avais même aucune idée de vos noms jusqu’à ce que vous présentiez tout à l’heure.
– Alors voilà… Nous avons tout de suite compris que face à la puissance des dragons, nous devions mettre de côté la guerre entre nos royaumes, collaborer ensemble, nous allier pour avoir la moindre chance de nous en sortir vivantes.
– Ce faisant, nous avons appris à nous connaitre, à se faire confiance mutuellement, à nous apprécier, et au bout du compte, la vision de chacune sur l’autre a radicalement changé par rapport à ce qu’elle pouvait être à notre premier contact.
– Nous en sommes arrivées à la conclusion qu’il nous fallait mettre un terme à cette guerre. Après nous être rapprochées ainsi, aucune de nous ne se voyait faire la guerre à l’autre, une fois la bataille finie.
– Cependant, ce que nous a appris votre maître Mankas ce matin change un peu nos plans.
– Ah! Je peux parler…
– Mankas! Silence!
– Décidément, vous m’en voulez, princesse Lévanatée…
– Mankas! Silence!
– …
– Princesse Leukô, nous avons besoin de toute votre collaboration. En tant que princesse royale et unique enfant de votre père, nous avons une proposition à vous faire pour sortir de ce mauvais pas. Nous espérons que vous accepterez.

Leukô était décidément impressionnée par ces deux princesses avec lesquelles elle avait bien peu en commun. Leurs assurances, leurs prestances, leurs capacités de décision, leurs courages, leurs vaillances, et toutes ces qualités dont elle manquait cruellement. Même simplement en tant que princesses, elles prenaient des décisions que seul son père pouvait prendre dans son royaume, elles s’apprêtaient à prendre en main une décision pour leurs royaumes sans même en être sur le trône. Allaient-elles lui demander une responsabilité du même ordre? L’idée même l’en terrorisait, mais avait aussi quelque chose d’excitant.
Leurs vies étaient radicalement différentes de la sienne et semblaient sans commune mesure avec ce qu’elle avait vécu jusqu’à présent. Elle avait toujours été choyée quand elle était chez son père et même ici, Tharralée avait été une vraie nounou pour elle afin de la soulager de la pesanteur de leur situation, toujours disponible, rassurante et réconfortante. Et elle? Qu’avait-elle fait pour sa servante? Qu’avait-elle fait pour son peuple? Elle avait toujours été une charge et n’avait encore rien apporté à quiconque.
Et voilà que ces deux princesses surpassant en valeur la plupart des hauts nobles qu’elle avait connus lui demandaient son aide! Comment pourrait-elle les aider en quelque manière que ce soit? Alors qu’elles ne savaient rien d’elle, en dehors de son titre et peut-être quelques discussions avec sa servante, elles allaient lui faire une proposition dans une affaire visiblement de la plus haute importance!
Leukô prit une profonde inspiration.

– Si vous le voulez bien, avant que vous me fassiez votre proposition et que j’y donne une réponse, j’aurais moi aussi des choses à vous dire.
Vous ne me connaissiez pas avant aujourd’hui, peut-être avez vous entendu parler de moi avec cette affaire de défi de mon père pour ma main. Peut-être avez vous parlé de moi avec le maître Mankas et Tharralée, ma servante, mais même elle a des choses qu’elle ne sait pas sur moi.
Aussi, je vous demanderais de ne pas m’interrompre, s’il vous plait, c’est important pour moi.
Nous sommes toutes trois princesses héritières de nos royaumes pour des raisons différentes, mais c’est un fait. Nous aurions pu nous rencontrer dans la cour royale d’une d’entre nous, mais tel n’est pas le cas, cela se passe dans ce donjon minable qui respire la mort.
Quand je vous vois toutes deux, si braves, si impliquées par les affaires de vos royaumes, si sûres de vous, je me dis que je suis une bien piètre princesse, une princesse inutile, qui n’a jamais rien fait pour son royaume et qui est certainement à l’origine de la mort inutile de très nombreux chevaliers de son propre royaume. J’ai été futile et sotte de croire qu’on pouvait trouver un bon mari avec le défi de mon père. J’ai même été égoïste en t’emmenant avec moi, Tharralée, et en t’imposant cet enfermement pour lequel tu n’y es pour rien, j’ai aussi été si ingrate envers toi. Aussi, de tout mon cœur, je te présente humblement mes excuses. Je dois en oublier tellement j’ai été une pitoyable princesse…
Je dois aussi être honnête avec vous, l’idée de me marier avec une femme m’est étrange et me met quelque peu mal à l’aise. Je vous trouve très belles, l’une et l’autre, je vous admire même pour toutes les qualités que j’ai pu voir en vous en si peu de temps, mais ce n’est pas quelque chose que je connais et ça me fait un peu peur.
Cependant, j’ai décidé de changer. Je ne connais pas autant de choses que vous dans les affaires des royaumes, je ne sais pas me battre, mais je veux bien apprendre tout ce que vous voudrez que j’apprenne et je veux vous aider. Je ne serai jamais comme vous, mais je mettrai toutes mes maigres forces à contribution pour ne plus être cette princesse inutile.
En tant que princesse royale, comme vous, je me dois aussi à mon peuple. Aussi, si cela doit être pour le bien de mon peuple, je suis prête à vous épouser, vous, princesse Lévanatée, ou vous, princesse Movella, voire même vous deux en même temps. Je ferai tout on possible pour être la meilleure épouse et la meilleure reine possible pour vous.
Je vous pris de bien vouloir me croire, je veux changer, je veux de toute mon âme devenir une princesse digne de ce nom. Je ferai tout mon possible pour remplir mes devoirs et ne pas vous décevoir.

Leukô qui s’était levée pendant son discours se rassit. Elle venait de vivre comme une délivrance de chose qu’elle gardait en elle depuis longtemps. Des idées qu’elle avait eu, mais qu’elle avait aussitôt écarté parce que trop dérangeantes, mais face à cet afflux de nouveautés, elle avait besoin de l’exprimer. De voir ces deux héroïnes, elle s’était sentie poussée à faire cet aveux de faiblesse. Il lui fallait être honnête envers elles avant qu’elles ne s’en remettent à elle pour une chose importante.
Elle se sentait finalement soulagée d’avoir dit tout ce qui la rongeait depuis quelques temps et qu’elle avait mûri lors de sa promenade de la veille. Elle voulait vraiment changer.
Movella et Lévanatée, après avoir attentivement écouté Leukô se regardèrent d’une expression entre amusement et la satisfaction.

– Merci beaucoup pour cette déclaration, Leukô. Bon… Et bien, ça nous rassure par rapport à la demande que nous allons vous faire. Mais vous n’y êtes pas du tout, aucune de nous n’a prévu de vous épouser.
– Tout à fait. Ca ne serait d’ailleurs pas forcément une bonne chose. Mais il faut que l’on vous le dise, Movella et moi allons nous marier ensemble, nous ne vous avions pas prévu dans notre couple.
– Je comprends. Si les deux princesses héritières sont mariées ensemble, votre guerre devient absurde.
– Pas seulement. Pendant ces combats, nous nous sommes rapprochées effectivement, au point que des sentiments sont apparus.
– Les larmes que vous m’avez vu verser quand j’ai cru Movella morte n’étaient pas celles pour une compagne d’arme, mais bien celles pour celle qu’on aime.

Encore une nouvelle chose et une nouvelle incompréhension pour Leukô, deux femmes pouvaient s’aimer d’amour comme s’aimaient un homme et une femme dans ses livres. Qu’elles se marient ensemble par devoir commençait à faire son cheminement dans son esprit, mais qu’elles puissent partager ce genre de sentiments entre elles était une chose qu’elle n’avait encore jamais envisagé. Elle avait bien vu le baiser qu’avait donné Lévanatée à Movella en découvrant qu’elle n’était pas morte, mais elle avait mis ça sur le compte de l’émotion et de la joie. Elle-même était en train de défaillir à ce moment-là.
Décidément, elle était innocente de bien des choses… Encore quelque chose à assimiler.
Eprouvaient-elles ces mêmes sentiments que décrivaient ses livres et ses poèmes d’amour? Est ce qu’aimer un homme ou aimer une femme est différent? Comment savoir alors qu’elle même n’avait jamais même aimé et espérait tant les éprouver un jour envers quelqu’un. Aux sourires et aux regards qu’elles échangeaient, à leurs mains qu’elles voyaient se chercher sur la table, cela semblait bien être le cas, cela ressemblait à ce qu’elle en avait lu et ce qu’en avait répondu Tharralée quand elle l’avait harcelée de question pour comprendre avec des mots plus directs.
Oui, elles s’aimaient, comme les personnages de ses romans. Leukô se mit un peu les envier une fois de plus, elles s’étaient trouvé alors qu’elle était toujours seule. Mais elle ne les jalousait pas, on ne jalouse pas l’amour chez les autres, on l’admire.

– Ce mariage n’est donc pas qu’une histoire de devoir, mais aussi de sentiments… C’est merveilleux.
– Exactement. Merci. Mais encore autre chose…
Vous n’avez pas à être comme nous et aucune honte à avoir de ne pas l’être. Nous sommes des princesses qui ont été forgées par la guerre. Le fait que vous n’ayez pas eu à l’être signifie aussi que votre peuple n’a pas eu à endurer les souffrances que les nôtres ont subies. Je préfèrerais mille fois ne pas savoir manier l’épée et que mon peuple soit en paix et heureux.
– Nous avons grandi avec l’idée que ceux qui nous suivraient pourraient mourir en combattant. Vous n’avez pas à nous envier ça.
– Je comprends. Merci…
– Mankas, c’est à vous…
– Ah! Bon…

Mankas marqua un temps d’arrêt.

– Princesse… Je suis aux regrets de vous apprendre que votre père est mort.

Leukô resta stupéfaite de la nouvelle. Tout cela lui semblait si distant. Elle se revoyait petite fille jouant avec lui et une foule de souvenir lui arriva en un flot incohérent.
Elle avala sa salive en retenant son émotion et encaissa la nouvelle. Elle avait maintenant la responsabilité du royaume d’Ishys, pas de mari pour assumer les charges royales auxquelles elle n’entendait rien, si son autorité était au moins reconnue, ce qui était loin d’être certain. Elle disait vouloir changer être à la hauteur des attentes qu’on mettait en elle, elle était servie, mais ne s’attendait pas à ce niveau là.
Elle prit une profonde inspiration pour reprendre contenance et continua.

– Comment est ce arrivé?
– Depuis votre départ pour ce donjon, votre père semblait affligé, il mangeait peu, dormait peu, semblait toujours fatigué et était toujours irritable.
L’autre jour, le jour de votre anniversaire, il fut pris d’une colère envers le majordome qui n’avait pas mis de couvert pour vous afin de marquer l’occasion. Son coeur n’a pas tenu. Je suis désolé, princesse, je vous présente toutes mes condoléances.
– Merci Mankas, j’aurais préférer vous voir avec une meilleure nouvelle…

Leukô se leva et alla prendre un peu d’air frais à la fenêtre, retenant ses larmes. Elle voulait être forte comme elle venait juste de le dire aux autres princesses, c’était le moment de le montrer, son peuple avait besoin d’elle et elle ne savait comment s’y prendre.

– Princesse Lévanatée, princesse Movella. Il semblerait qu’une fois encore j’aie besoin de vous. Aussi fou que cela puisse me paraitre, ça me semble la solution la plus logique et la meilleure: En plus du mariage entre vous, accepteriez vous de m’épouser?
– Ce n’est pas possible princesse. Vous l’avez dit vous-même, cela n’est pas dans votre culture, ça serait donc mal compris et provoquerait des tensions au sein de votre peuple.
– Et vous Mankas?

Tharralée mit la main sur la bouche de maître Mankas pour l’empêcher de répondre.

– Princesse… Mankas et moi nous sommes fiancés avant notre départ pour cette tour, nous jurant de nous marier à la fin du défi.
Quand bien même, s’il est bon orateur, il n’entend rien à la gestion de domaines, c’est un artiste quelque peu philosophe, pas un roi.

Leukô se sentit un peu gênée. Elle n’était pas au courant de la chose. Encore une chose à se faire pardonner auprès de sa servante.

– Princesse, vous devez comprendre que la situation est réellement grave.
Il faut aussi que je vous fasse un aveu, les princesses Movella et Lévanatée ont raison de me traiter de fourbe et de m’en vouloir. Je leur ai déjà avoué la vérité tout à l’heure.

Le maître Mankas prit l’air grave des secrets honteux difficiles à exprimer.

– Je ne croyais pas du tout en leur réussite. Je savais qu’elles étaient compétentes au métier des armes, mais six dragons, je n’aurais jamais pensé qu’elles puissent en venir à bout. A elles deux, avec leurs formations d’élite, je comptais quand même qu’elles leur portent de terribles coups et puissent en tuer certains. De là, j’aurais pu envoyer d’autres chevaliers que j’estime de valeur pour terminer le défi.
J’ai conscience d’y être pour quelque chose dans la forme qu’à pris ce défi. J’ai compris que mon roi Oikonomos a placé la barre bien trop haut avec six dragons. Il était dur, mais juste, cependant, il ne pouvait revenir en arrière en constatant que l’épreuve était insurmontable, même votre ancêtre aurait échoué face à six dragons. S’il l’avait fait, il aurait dû reconnaitre une autre erreur après celle des ‘ventres savants’, ça aurait eu des conséquences terribles sur son autorité et déstabilisé Ishys.
Votre père vous aimait. Au début, il avait de grands espoirs que de jeunes et vigoureux chevaliers puissent l’emporter. Puis voyant la tournure des évènements, il réalisa dans quelle situation il vous avait mise. C’est là que sa santé déclina.
J’ai donc organisé ce plan pour accélérer votre retour auprès de lui, éprouvant aussi de la culpabilité envers vous, mais aussi envers Tharralée.
Mais maintenant, il est trop tard et la situation est critique.
– Vous semblez affligé, que se passe-t-il exactement?
– Le seigneur Dolios, avec la mort de votre père et votre absence, tente de faire pression sur le conseil pour se faire nommer régent à titre héréditaire. C’est un homme violent et ses méthodes sont on ne peut plus discutables. Si vous reveniez seule, je ne sais ce qu’il pourrait advenir de vous. Même si j’ai été fourbe, c’est par loyauté et fidélité envers votre père, aussi, je trahirais si je le laissais faire.
– Vous me suggérez de fuir?
– Ca n’arrangerait rien et ce serait une catastrophe pour les royaumes de Fotia et de Pagô.
– Nos royaumes sont affaiblis par toutes ces années de guerres, et même si nos gens son vaillants, votre armée est puissante et nos deux royaumes réunis ne pourraient résister, ils seraient balayés tous deux.
– Comme vous dites que vous ne pouvez pas vous marier avec moi, que même si je le faisais, ça poserait des problèmes que peut-on faire?
…Si je m’étais attendue à dire ça un jour à des femmes…
– Si vous entrez, le conseil ne pourra pas vous protéger contre Dolios. Par contre si vous vous en protégez vous-même, il vous soutiendra.
– Je suis perdue. Princesse Lévanatée, princesse Movella, vous me parliez tout à l’heure d’une proposition à me faire. Ce n’est pas un mariage avec moi, qu’est ce alors?
-Tout le contraire, le serment officiel et irrévocable de ne jamais vous marier et que tout mariage que vous contracteriez soit déclaré invalide tacitement.
– Alors là, vous me perdez encore plus…
– Actuellement, vous êtes reine, en attente de votre couronnement. Quiconque vous épouserait deviendrait roi d’Ishys et aurait les mains libres pour faire ce qu’il veut. Si ce ‘quiconque’ était Dolios ou quelqu’un ayant le même genre d’aspirations, tout serait perdu, tant pour vous que pour nous.
– Mais je veux un jour pouvoir avoir des enfants! Il faudra un héritier pour le trône!
– Il n’est nullement nécessaire d’avoir un mari pour avoir des enfants. On en aura bien nous aussi.
– Euh…?…
Mais comment comptez vous faire?

Décidément, ces princesses ne faisaient pas grand chose comme ce qu’elle connaissait, à moins que ce ne soit elle qui ne sache pas tant. Mais pour ce qui était d’avoir des enfants entre elles, elle en était sûre, ce n’était pas possible! A moins que…

– Et si nous revenions à cette proposition?…

Les derniers servants venaient de sortir et le maître Mankas se retrouvait seul au milieu de toutes ses malles dans ses appartements dans le palais royal. Il se précipita pour en ouvrir quatre.

– Ca va? Vous êtes en sécurité maintenant.
– Quelle tare ce bras! Vivement qu’il soit remis! Allez, on va dire que j’ai de la chance, ce n’est pas le droit…
– J’arrive…

Lévanatée sortit rapidement de sa malle se porta au secours de Movella pour l’extraire de la sienne. Leukô, en se dégageant elle aussi, s’amusait de la chose et s’émouvait des tendres attentions de Lévanatée envers son amie.
Un des points délicats était passé, elles étaient toutes trois entrées au château sans se faire remarquer. L’idée de se mettre dans les bagages du maître Mankas était risquée si les gardes avaient entendu un bruit ou décidé de fouiller les bagages, mais Mankas était connu pour être un proche fidèle du roi, donc insoupçonnable de trahison. Le bagout et le baratin du poète auraient probablement suffi à écarter la menace, mais si dans un choc Movella avait crié de douleur, tout aurait été perdu.
Leukô s’approcha de la fenêtre pour voir la cour, elle trépignait de se dire qu’elle était de retour chez elle.

– Eloignez vous ou tirez le rideau, princesse, personne ne doit savoir que vous êtes là encore. Pas avant que nous ne soyons dans la salle du trône avec la cour.

C’était un peu dur à entendre, mais si vrai. Les gardes, surtout pas ceux de Dolios, ne devaient pas la découvrir, ou le futur régent allait lui mettre la main dessus et lui réserverait un sort encore moins enviable qu’une tour entourée de dragons, même si elle ne voulait pas imaginer ce que cela pourrait être.

– Je vais vous laisser vous préparer vos altesses et me tenir un peu plus au courant des dernières nouvelles. Mon assistant doit avoir de milliers de choses à me raconter sur ce qu’il s’est passé en mon absence. Je vous l’enverrai ensuite pour qu’il vous fasse entrer dans la salle du trône par un passage secret qui mène directement dans mon recoin favori. Ca vous évitera de vous faire repérer par les gardes. Je devrai rejoindre le conseil ensuite, nous ne nous reverrons donc pas avant. Je vous souhaite bonne chance et bon courage à toutes.
– Merci, Mankas.

Les quatre femmes sortirent des autres malles leurs nécessaires.
Leukô attarda son attention sur les épées des deux princesses guerrières. Selon comment tourneraient les choses, elles auraient à les utiliser pour les défendre toutes les quatre. Obligée de se faire protéger par des princesses étrangères dans son propre château… Quelle ironie!

– Quand tout cela sera fini, une d’entre vous voudrait elle bien m’apprendre à manier une épée? Je n’arriverai jamais à votre niveau de maîtrise commençant bien plus vieille, ce n’est pas pour mener des batailles, mais je voudrais au moins savoir me défendre un peu.
– Quand tout cela sera fini, Leukô, vous n’aurez pas à vous défendre par les armes, à nous trois, nous aurons remis de l’ordre dans votre royaume et dans les nôtres.
– Je vous apprendrai si vous le voulez encore. Mais pour le moment, remettez vous en à nous pour ça, votre mission est bien plus importante que la nôtre.
– Tout à fait, tout repose sur vous. Sans vous, nos épées ne serviraient à rien.

Movella regarda Leukô profondément droit dans les yeux. La princesse de Fotia avait un regard terrible qui n’était pas uniquement dû à la douleur de son bras, elle était prête pour le combat s’il devait avoir lieu.

– Vous réussirez. Personne d’autre que vous ne peut réussir ce que vous avez à faire. Vous êtes la reine!

La salle du trône était comble comme pour les grandes occasions. Les bannières de funérailles avaient été retirées, les bannières royales étaient en berne à côté des bannières de deuil.
Les seigneurs et leurs suites n’étaient pas rentrés chez eux depuis les funérailles du roi Oikonomos. Tout le monde se pressait, faisant valoir son titre pour obtenir la meilleure place. Même les belles dames dans leurs toilettes étaient obligées de se serrer. Ca en était à tel point que même les enfants qui d’habitude courent partout en filant à travers la foule ne pouvaient jouer à se poursuivre.
Certains venaient pour voir l’évènement parce que leur titre les obligeait à assister à une affaire de cette importance, d’autres pour y être vus de Dolios ou du moins ne pas être considéré comme absent, craignant le tempérament de celui-ci, d’autres encore pour se rassurer par rapport à la continuité de dirigeance du royaume. Mais la plupart voulaient être témoins de la chose, ça n’était jamais arrivé dans toute l’histoire d’Ishys, aussi ils voulaient être là pour prendre conscience de la réalité de la décision du conseil. Tout cela faisait une sorte de vrombissement, de bourdonnement lourd qui emplissait l’air.
La sécurité était renforcée, les gardes royaux ne plaisantaient pas et repoussaient parfois violemment ceux qui dépassaient les limites qu’ils avait fixées afin de permettre la circulation et laisser le parvis du trône dégagé. Plusieurs d’entre eux, surtout parmi les plus jeunes étaient nerveux avec une telle foule. Au moins mouvement de panique, ce serait l’hécatombe.
Les hauts sièges des douze membres du conseil s’alignaient au bas de l’estrade royale. Ils attendaient leurs destinataires.
Un garde royal entra dans la salle par une porte latérale au trône et frappa lourdement trois fois le sol marbré de sa lance.

Les conseillers du roi!

Le silence se fit rapidement dans la grande salle du trône alors qu’entraient un détachement d’une vingtaine de gardes royaux conduits par un officier portant la couronne royale sur un coussin, suivi des douze conseillers toujours en tenue de deuil. Un autre détachement clôturait ce cortège. Les conseillers prirent places sur leurs sièges alors que l’officier déposait la couronne du roi sur le trône et les gardes se disposaient de part et d’autre pour intervenir en cas de problème. C’était des procédures de sécurité tout à fait exceptionnelles.
Le plus âgé d’entre eux tenait dans la main un parchemin. Il le déroula précautionneusement et prit solennellement la parole.

– C’est en tant que doyen des membres du conseil que moi, maître Kosmitor, m’exprimerait en son nom.
Notre royaume est actuellement sans roi. Notre princesse est au loin en train d’attendre qu’un prétendant la délivre depuis quelques années. Cette situation peut apporter la perte de notre bon royaume d’Ishys. Aussi, le conseil, dans sa majorité, a décidé que cela ne pouvait durer ainsi. De même, le conseil a décidé de lever le défi de notre défunt roi Oikonomos et de rappeler la princesse dans notre capitale. Celle-ci n’a pas été formée pour diriger un royaume, ainsi le conseil a décidé que, bien que lui conservant son titre, il faudrait un régent apte à diriger Ishys et lui maintenir sa prospérité.
J’appelle donc le sire Dolios, seigneur de Tipota.
– Me voici!

Confiant et revêtu de ses grands atours, le seigneur Dolios s’avança et salua le trône où était posée la couronne et le conseil de feu le roi. Il se tint ensuite fermement devant le conseil, attendant la suite.

– Sire Dolios, nous vous avons fait parvenir il y a quelques jours, la convention définissant les droits et devoirs du régent vis à vis du royaume, de la couronne et de la descendance royale par la princesse Leukô. Avez-vous des questions à ce sujet?
– Tout est parfaitement clair, vénérables conseillers
– A l’attention de notre noble assistance, j’en rappellerai les principaux points:
Le régent s’engage à s’occuper des affaires du royaume et protéger la famille royale jusqu’à ce qu’un descendant mâle de la princesse Leukô soit prêt à reprendre la charge de roi. Le régent doit fournir tous les moyens à ce descendant pour sa formation en vue de sa future charge. Le titre de régent est héréditaire.
– Je mettrai un point d’honneur à parfaitement remplir cette charge dans les dispositions que vous venez d’énoncer ainsi que toutes les autres concernant les modalités définies dans la charte que vous avez établie.
– Parfait!
Que l’ont fasse venir l’épée des rois pour que le régent porte serment!

La porte par laquelle étaient arrivés les conseillers s’ouvrit à nouveau. Un nouveau détachement de gardes en sortit mené par un officier pourtant une splendide épée à côté de son fourreau sur un long coussin. C’était l’épée du fondateur de la maison royale d’Ishys. On disait qu’elle possédait de nombreux pouvoirs surnaturels. Malgré son âge et toutes les batailles qu’elle avait connues, elle resplendissait comme neuve, seul son style ancien trahissait son ancienneté. Elle était le vrai symbole de la royauté, encore plus que la couronne qui était pourtant richement décorée. C’était cette épée qui était à la fondation d’Ishys et avait permis à son propriétaire de construire un royaume.

– Sire Dolios, veuillez approcher et poser la main sur la lame pour prêter serment.
Avant que quiconque ne prête serment en tant que régent, il serait une bonne chose de demander à la reine si elle en a besoin!

Une voix féminine venait de résonner dans la salle. Surpris de cette intervention, les conseillers cherchaient sur leur droite celle qui avait interrompu la passation de serment du futur régent. Une agitation prit l’assistance qui cherchait aussi d’où venait cette intervention. Cela semblait venir du bord, près d’une colonne.

– Qui a parlé?
Moi!

La foule se fendit difficilement pour laisser le champ libre entre l’importune et le conseil. Les gardes royaux intervinrent pour accélérer la manœuvre, provoquant des protestations de la part des courtisans et curieux quelque peu malmenés.
En bout de l’allée ainsi dégagée se tenaient deux silhouettes couvertes de la tête aux pieds de grands manteaux de voyage féminins, leurs capuches cachant leurs visages. L’une d’entre elles était d’un blanc immaculé et celle se tenant à côté d’un vert sombre aux motifs forestiers.

– Veuillez montrer vos visage, déclinez votre identité et de quel droit vous pensez avoir le droit d’interrompre cette cérémonie.

La silhouette verte passa devant l’autre et défit la broche qui retenait le manteau blanc et l’enleva, révélant une jeune femme dans une robe toute aussi blanche.
La rumeur parcourut la foule. Certaines personnes semblaient la reconnaitre, d’autres ignorer totalement de qui il s’agissait et d’autres encore se perdaient en conjectures.

– Je suis la reine Leukô d’Ishys, fille du défunt roi Oikonomos. Quant à mon droit d’interrompre cette cérémonie, c’est celui de la souveraine de ce royaume.

La rumeur parcourut encore la foule. Les conseillers étaient médusés en dehors du maître Mankas qui arborait un sourire sardonique. Il se leva de son siège pour saluer profondément sa reine, exagérant même le geste de déférence.

– Majesté, soyez la bienvenue chez vous. Vous nous avez énormément manqué.

Malgré qu’elle soit serrée, la foule commença à faire de même, suivie du conseil qui sortait de sa stupéfaction. Les gardes repoussèrent un peu plus l’assistance provoquant encore quelques protestations étouffées.

– Un instant! Qui nous prouve qu’il s’agit bien de la princesse Leukô? Cela pourrait être une fille lui ressemblant vaguement et déguisée pour nous tromper.
– Moi!

La silhouette dégrafa à son tour son manteau de voyage et le fin tomber, révélant une jeune femme pourtant une robe d’inspiration toute aussi forestière.

– Je me nomme Tharralée, servante de la damoiselle Leukô et fille du conseiller Krimat. Je pourrais répondre à toutes les questions de celui-ci sur nos souvenirs de mon enfance si vous avez aussi des doutes sur mon identité aussi, sire Dolios.
Pardonnez cependant mon insolence, seigneur, mais ma maîtresse n’est pas princesse, mais bien reine de ce royaume.
– Je vous prie de m’excuser, majesté, mais vues les circonstances, mieux vaut être prudent vis à vis de personne qui voudraient usurper votre identité. Je m’excuse aussi pour mon erreur concernant votre titre, question d’habitude.
– Ce n’est rien.

Dolios fulminait intérieurement de ce coup de théâtre, il détestait d’ailleurs le théâtre, mais ne montra pas ouvertement sa contrariété. Il salua à son tour sa reine.

– Cela ne change cependant rien quant à la décision du conseil.
– Sachez, seigneur Dolios, qu’en ce royaume, le conseil donne son avis, mais les décisions sont prises par le roi ou la reine.
– Vous avez quand même besoin d’un régent. Vous ne vous y entendez pas dans ce qui est de la gestion de domaines et encore moins dans la gestion d’un royaume.
– Conseillers, vous avez commis une autre erreur. Vous ne pouvez lever le défi de mon père, non seulement parce que cette décision me reviendrait seule, mais surtout parce qu’il a été remporté. Les six dragons ont été tués.

La clameur et la rumeur parcoururent encore la foule de stupéfaction, ainsi que le conseil. Les conjectures concernant qui pouvait avoir rempli le défi allèrent bon train après l’étonnement.
Dolios lui-même était stupéfait. Toutes ces années sans que quiconque ne parvienne à quoi que ce soi, à faire neutraliser les meilleurs postulants avant même qu’ils ne se présentent au castelet et ce n’est que quand il prépare sa prise de pouvoir que quelqu’un y arrive… A moins que ce ne soit encore une ruse de la part de la jeune femme…

– Quelle heureuse nouvelle! Qui donc à remporté le défi? Qui a eu la vaillance et la force d’y arriver?

Leukô et Tharralée s’écartèrent légèrement, laissant passer deux silhouettes en manteau de voyage féminins, un couleur lavande et l’autre pourpre. Les deux jeunes femmes ôtèrent leur capuches, elles gardèrent cependant leurs manteaux sur elles, Movella ayant retiré son écharpe pour donner meilleure allure, elle cachait ainsi encore le fait qu’elle se cale le bras à sa ceinture et une sangle dans le revers.

– Noble assistance, conseillers, représentants du peuple, je vous présente les princesses Lévanatée du royaume de l’alliance de Pagô et Movella du royaume des tribus unies de Fotia.

La foule allait de rebondissements en rebondissements. Cela amusait Leukô. Cela lui rappelait quand elle-même tombait des nues au fil du récit des circonstances que lui avaient fait ses deux amies.
Son cœur battait à tout rompre, la pression était grande et toute cette foule l’oppressait, elle qui commençait à peine à s’habituer à des petits comités. Jusqu’à présent, elle tenait tête à Dolios et attirait l’attention de toute la salle du trône. Elle avait la gorge si nouée lors de sa première intervention qu’elle avait cru ne pas pouvoir sortir le moindre son et ne pas pouvoir empêcher la passation de serment du régent. Elle devait en plus de tout ça donner le change à tout le monde et ne pas montrer qu’elle était intérieurement paniquée.
Pour le moment, tout allait selon le plan convenu entre elles et le maître Mankas. Jamais elle ne se serait crue capable d’occuper le haut du pavé et tenir tête à un seigneur si puissant. Non seulement elle lui tenait, mais elle le provoquait. Elle ne devait pas perdre sa concentration et ne pas faiblir, l’avenir se jouait maintenant et elle ne devait pas faillir dans sa mission car tout reposait d’abord sur elle. Jamais elle n’avait été aussi loin en s’imposant en public, elle était déjà satisfaite d’elle-même d’y être arrivé, mais rien n’était fini, elle devrait tenir encore et encore, jusqu’à ce que tout arrive à sa conclusion, du moins à une des multiples conclusions possibles.
Elle se faisait penser à une comédienne morte de trac, qui doit improviser son texte au fur et à mesure, en ayant aucune idée de comment fini la pièce. Elle n’avait que quelques points obligatoires par lesquels passer et devait s’adapter en permanence. L’entrée en scène des deux princesses la rassurait un petit peu, leur assurance lui servirait de référence, même si c’était à elle de parler en tant que reine de ce royaume.
Elle admirait aussi le courage de la princesse Movella, qui ayant retiré son écharpe au bras gauche devait souffrir le martyre et pourtant en plaisantait « Ca évitera qu’ils voient un de mes points faibles avec trop d’avance et en plus avoir le bras en écharpe, ça manque d’allure pour une telle occasion. ». Quant à Lévanatée, elle avait pris le temps de la rassurer et la pousser avant l’entrée en scène, en plus de se dévouer pour soulager sa compagne. Leukô avait conscience que leurs vies à toutes reposaient sur chacune d’entre elles, elle ne devait pas faillir.

– Nobles princesses, je vous salue. Je m’excuse du contexte dans lequel vous arrivez, mais nous devons traiter d’affaires de la plus haute importance pour l’avenir notre royaume. Je suis désolé que vous soyez impliquées dans ces discussions auxquelles vous ne devez pas comprendre grand chose.
– Ne vous inquiétez pas, nous pouvons comprendre que les affaires de votre royaume passent avant tout s’il y a péril en la demeure.
– Tout à fait. Nous avons nous mêmes grandi dans des cours royales et savons ce que c’est.
– Merci…
Majesté, pourrais je vos faire remarquer que ce sont des femmes et qu’elles sont deux. Cela ne correspond pas vraiment à ce qu’attendait votre père comme vainqueur du défi. Elles ne correspondent pas aux attentes que nous en avions, c’est à dire vous trouver un mari pour fonder une nouvelle dynastie.
– Vous avez raison Dolios. Cependant, je vous ferais remarquer que d’après nos critères militaires, à l’époque de la fondation, mon ancêtre avait fixé un critère d’évaluation des forces en présence qui donnaient qu’il fallait au moins trois femmes pour rivaliser avec un homme. Selon ce critère, c’est comme si chacune avait tué au moins neuf dragons.

Ce début de réponse surprit l’ensemble de l’assemblée. Mankas avait trouvé par hasard ceci dans les chroniques royales un jour où il préparait un éloge des rois d’Ishys et s’en était amusé, il en avait même fait un poème comique. Il n’aurait jamais pensé à l’époque que ça servirait un jour dans d’autres circonstances.
A l’expression de se rappeler d’un souvenir ancien, une anecdote, avec un grand sourire réjoui et approbateur, cela semblait correct.
Dolios était maintenant certain que tout cela était bel et bien prévu de longue date. Jamais une princesse ne se penche sur ce genre de choses et encore moins n’en retient ce genre de détails. Trop de choses se cumulaient pour que tout ne soit pas prévu. Il devait cependant trouver la faille dans ce plan et le faire tomber.

– Il n’empêche que ce sont des femmes, qu’elles ne peuvent vous épouser et fonder une nouvelle dynastie avec elles.
– En cela vous n’avez pas tout à fait tort. Cependant, la volonté de mon père était aussi que ce soit la personne ayant le plus de valeur qui dirige le royaume à mes côtés. Le critère qu’il avait fixé des six dragons était pour des valeurs guerrières, mais aussi d’intelligence, car pour avoir vu mourir tant de braves chevaliers, ceux qui s’en étaient sorti le mieux avaient fait preuve de grands talents d’intelligence. Aussi, même si je ne peux me marier avec elles, nous avons passé un pacte concernant la direction du royaume.
– Mais ce sont des princesses, même si elles ont appris le métier des armes, qu’elles y soient bonnes, elles ne doivent certainement ne rien entendre à la dirigeance d’un domaine.
– Seigneur Dolios, vous faites erreur. Toutes deux ne sommes pas que princesses, nous sommes les princesses héritières de nos royaumes et avons été préparées à être des reines souveraines. Nous avons aussi toutes deux nos régiments personnels composés de milliers de femmes qui n’attendent que nos retours pour aller au combat, car nos pays sont en guerre.
– Je vous invite aussi à mesurer vos propos nous concernant, car effectivement, nos pays sont en guerre et comme chez nous tous les seigneurs et seigneuresses combattent, nous pouvons aussi bien être déjà reines sans le savoir, ayant quitté nos contrées pour le défi depuis des semaines.

Dolios supportait de moins en moins de se faire ainsi remettre en place par des femelles. Il avait déjà du mal à croire cette histoire qu’elles auraient vaincu les dragons, cette histoire de femmes guerrières était déjà stupide, mais là, ça allait trop loin. Maintenant, elles sauraient diriger des royaumes, comme si une femme était capable de ce genre de choses… Il ne pouvait pas les accuser de mentir, l’entrée en matière de la reine avait donné crédibilité à toutes ses paroles et toute tentative d’accusation non-étoffée retournerait contre lui la foule présente. Il fallait qu’il trouve les failles et incohérences, pour cela, il devait les laisser parler pour mettre en évidence les mensonges et se réattirer le support du conseil.

– Et en quoi consisterait ce pacte?
– Avant le pacte, il y a une autre chose qui doit être faite. Cela pourra vous choquer, car ce sont deux femmes, que ça ne se fait pas chez nous, mais cela existe chez elles. Elles vont se marier ensemble.

Alors que la foule réagissait à l’étrangeté de l’annonce, Dolios réfléchissait. Cela paraissait maintenant une évidence, avec son enfermement au donjon, la princesse Leukô était devenue folle. Cette peste de Tharralée avait dû le remarquer et avait profité de la situation. Elles s’étaient échappées, Tharralée avait ensuite recruté deux pauvres filles qu’elle avait grassement payé pour jouer cette comédie. Maintenant qu’il avait compris, il ne lui restait plus qu’à le prouver et le trône serait à lui. Les dragons devaient être toujours là-bas bien en vie à garder une tour vide.

– Normalement, je sais que c’est actuellement impossible chez nous, pourtant elles sont toutes deux étrangères et cela existe chez elles deux. Je reconnaitrai ce mariage en tant que reine pour la suite et que le pacte entre nous tienne.
Alors, avant que je vous explicite en quoi consiste ce pacte que nous porterons sur l’épée de mon ancêtre, je vous demanderais de bien vouloir faire silence jusqu’au bout. De nombreuses choses risquent de vous choquer à nouveau, mais quand vous comprendrez en quoi celui-ci sera profitable à notre royaume, je suis sûre que vous en comprendrez l’intérêt commun et en quoi il sera profitable à tout le monde.

L’agitation s’empara de la foule rendant impossible à Leukô de continuer à se faire entendre. L’assistance réagissait à l’annonce que les projets de la princesse menaçaient de bouleverser leurs valeurs traditionnelles. Le royaume avait été construit sur certains principes qui se trouvaient potentiellement menacés. Un mariage entre femmes, on aura tout vu! Et là ce n’était que le commencement d’autres chamboulements qui ne pourraient que mener au chaos et à l’effondrement d’Ishys…
Dolios était satisfait, elle se discréditait toute seule. Mieux valait encore laisser mûrir la situation, il n’en serait que plus réclamé comme régent et personne ne verrait de soucis à ce qu’il écarte la princesse folle…
Comme pour le jour du jugement des ‘ventres savants’, une corde de lyre claqua et imposa sa vibration claire dans l’air. Les regards se tournèrent vers le maître Mankas qui commençait à déclamer.

– C’était un beau matin de printemps en Ishys, des poules et des oies s’ébattaient dans la salle du glorieux trône, gardées par des commères…

Le silence se rétablit dans la salle. Mankas se leva en s’adressant à la foule des spectateurs en prenant garde de ne pas se tourner vers les grands seigneurs du royaume.

– Prenez vous cette cour pour une basse-cour à vous comporter ainsi devant la couronne du roi, l’épée ancestrale d’Ishys, la reine, les grands du royaume, le conseil du roi et deux princesses étrangères?

Un calme honteux se maintint. Kosmitor, le doyen du conseil pensa qu’il était de son devoir de reprendre l’argument du plus jeune de ses membres.

– Majesté, noble assemblée, je vous prie de bien vouloir excuser la foule ici présente de son agitation, les esprits sont tendus par cette période étrange que nous vivons.
Gardes! Veillez à faire évacuer sur le champ toute personne perturbant encore la suite de ce qui se déroule ici actuellement, quel que soit son rang.
– A vos ordres, conseiller!

L’officier ayant répondu inspecta du regard la salle et la parcourut pour donner des consigne à chacun de ses hommes.
Dolios regardait Mankas. Il ne pouvait qu’être dans le coup lui aussi, il en était peut-être même à l’origine. Il était jeune, talentueux à manipuler les gens par son baratin et on lui prêtait une liaison avec la servante Tharralée avant que celle-ci ne parte pour le donjon des six dragons. Le vieux Kosmitor ne devait pas être dans le complot, trop conciliant, pas d’ambitions, sa principale qualité étant de trouver des compromis, le roi Oikonomos l’avait principalement choisi pour sa capacité à trouver les solutions qui convenaient au plus de monde possible en cas de conflits d’intérêts.

– Tout est en ordre, veuillez continuer, majesté, en m’excusant encore du désordre qui vous a interrompue.
– Merci, maître.
Ce pacte liera les trois royaumes de Fotia, Pagô et Ishys. Vous avez raison sire Dolios, je ne suis pas formée à gérer un royaume dans toutes ses affaires, mais elles le sont. Cependant, pour respecter l’esprit du défi émis par mon père, elles ne seront pas régentes, mais co-reines. Avec leurs avènements respectifs, leurs royaumes entreront dans cette gestion commune. Cela sera la garantie d’une paix durable entre nos royaumes. Elles seront mariées et moi non. Aussi, après leur mariage et pour éviter tout risque de complications vis à vis de la couronne d’Ishys, je prêterai à mon tour le serment de ne jamais me marier et que tout mariage réel ou supposé m’impliquant serait invalide.
En ce qui concerne la succession, à la fin du règne des reines Lévanatée et Movella, ce sera celui de mes enfants, garçon ou fille, dans l’ordre de succession qui sera désigné comme héritier, si je n’en avais pas, ce serait celui ou celle issues d’elles indifféremment à leurs personnes à qui reviendrait l’héritage. Il ne s’agira pas uniquement de la couronne d’Ishys, mais bien de celle des trois royaumes.

Même si c’était une supercherie évidente, la proposition était théoriquement censée et semblait obtenir finalement l’aval du conseil qui y voyait un gain pour la couronne. Il fallait agir vite et de manière précise, si un tel serment était porté, ça en était fini de sa régence, elle deviendrait une histoire enterrée. Il fit donc appeler auprès de lui ses deux fils.
La reine Leukô suivie de ses compagnes s’étaient entretemps déplacées vers le devant de l’estrade royale, juste devant le conseil. Ce dernier discutait à voix basse de la disposition que venait d’expliquer la reine.

– Majesté, le conseil approuve le principe de ce serment. Il y a bien évidemment des choses qui nous paraissent étranges et ne vont pas dans le sens de nos habitudes, mais toutes ces ‘étrangetés’ trouvent une cohérence dans la recherche du résultat.
Cet accord pourrait très bien aller dans le sens pour ce qui est de trouver un dirigeant pour notre royaume. Il va même au delà en facilitant des échanges avec des royaumes très différents du nôtre et créant des alliances.
Cependant, il y a quelques points que le conseil désirerait soulever et pour lesquels il émet quelques réserves. Cela ne remet pas en cause votre pacte et pourrait même servir à l’améliorer, dans tous les cas, trouver des réponses à ceux-ci rassurerait le conseil.
– Bien sûr. Posez vos questions, d’autres personnes dans l’assistance ont peut-être les mêmes réserves, y répondre nous permettrait de rassurer ces personne et ferait mieux accepter les quelques digressions aux conventions habituelles.
– Merci, majesté.
La première de nos questions est dans le sens de l’esprit du défi et votre aspect marital. Cela concerne donc votre absence d’époux et vos futurs enfants.
– Il me parait maintenant absurde de me dire que sous prétexte d’avoir été délivrée d’une tour, je serais tombée amoureuse du champion m’ayant délivrée et le prendre pour époux. J’aurais aussi bien pu détester le champion dans notre vie conjugale. Il m’aurait été pénible d’avoir des enfants avec un homme avec lequel je ne me serais pas entendue.
L’amour et le bonheur dans le mariage me semblent de plus grande valeur. Même si cela peut vous surprendre et susciter votre incompréhension, les deux princesses ici présentes vont se marier, mais l’amour est bien présent entre elles, j’ai pu le constater, je ne m’inquiète pas par rapport à leur futur bonheur. Ce n’est pas dans les circonstances dans lesquelles j’étais que je l’aurais trouvé à coup sûr. De ce point de vue, mon père aurait préféré me voir heureuse plutôt que malheureuse auprès de quelqu’un.
Qu’il n’y ait pas mariage, et bien, soit, j’aurai plus de chance et de bonheur à connaitre l’amour qu’à avoir un mariage royal.
Quand aux enfants, j’ai cru apprendre qu’il n’est pas nécessaire d’être mariée pour en avoir…

De petits rires parcoururent l’assistance, mais voyant le conseil sourire à la dernière remarque les gardes laissèrent faire.

– La seconde concerne plutôt les deux princesses étrangères. Comment cela se passera pour votre descendance? Comment cela serait ce possible et comment envisagez-vous l’avenir pour elle? Nous voulons dire, vos enfants n’auront pas la couronne de vos pays d’origines.
– Autant le dire clairement: comment ferez-vous des enfants à deux femmes? Les femmes de chez nous en ont et cela se passe parfaitement bien. Mais je ne suis pas sûre que ce soit le lieu de trahir des secrets féminins…
– Nous en auront toutes deux. Mais pour nos enfants, ne vous inquiétez pas, nos deux peuples sont relativement nomades et marchands, quand bien même n’aimeraient ils pas les voyages, ils auront toute leur place avec la taille que prendra un royaume unifié.
– Et si vous parlez de la dignité de régner sur un royaume indépendant, ne vous inquiétez pas, à nous voir ils sauront à quel point est lourd de porter une couronne et ils sauront que leur devoir est d’aider leur roi ou leur reine à le faire.

Les conseillers se consultèrent du regard et se faisaient des signes d’approbation.

– Les dernières réserves du conseil étant levées, celui-ci approuve ce pacte.

Dolios fulminait intérieurement. Les réponses de la reine et des princesses avaient été préparées pour les objections logiques. Ces fils venaient de le rejoindre. Les clameurs de la foule à l’annonce du conseil l’empêchaient de leur donner ses consignes. Il fallait se dépêcher pour éviter ce complot et remettre d’actualité sa régence après avoir prouver la supercherie. Tant pis pour les conventions, ils devaient agir au plus rapide et apporter ses preuves ensuite, avant qu’il ne soit trop tard.

– Nous pourrons procéder au serment dès que votre couronnement aura été fait.

Dolios était soulagé, cela lui laissait plus de temps pour agir et préparer sa contre-attaque, voire écarter définitivement la menace. Cependant son espoir fut de courte durée.

– C’est inutile, c’est un engagement sur l’avenir et nous ne savons le statut exact des princesses actuellement.
Qu’on m’apporte l’épée royale!
– Vous êtes sûre majesté? Il faut faire tous les préparatifs.
– Conseiller, vous ne connaissez pas nos pratiques. Il y a ce que nous appelons chez nous des ‘mariages de batailles’, ils ne nécessitent pas grand chose, du moins, rien que nous n’ayons sur nous.
– Vous êtes sûres de ne pas vouloir quelque chose de plus grandiose?
– Au contraire, nous nous sommes connues en combattant. Nous l’aurions fait ainsi s’il n’y avait eu un imprévu à la fin de la bataille contre les dragons.

Leukô alla se disposer juste devant l’estrade royale et invita Tharralée d’un geste à venir la rejoindre. Les conseillers se levèrent de leurs sièges et ceux-ci furent poussés par les gardes en faction pour laisser plus d’espace. L’officier préposé au coussin à l’épée se présenta devant sa reine et lui présenta l’arme ancestrale en la saluant.
L’assistance tant curieuse d’une chose qu’elle ne connaissait pas qu’ayant conscience du solennel du moment qui se préparait retenait son souffle et était toute attention à ce qui allait se dérouler.
Les deux princesses défirent les agrafes de leur manteaux de voyage et les laissèrent tomber, révélant qu’elles étaient en armure légère et armées. L’officier en charge de la sécurité de la salle tua du regard ses hommes qui avaient laissé entrer des inconnues en armes, ne se doutant pas qu’elles aient pu arriver d’ailleurs.
Toujours silencieuses, les deux princesses guerrières se rendirent de part et d’autre de l’espace dégagé devant le trône. Se regardant un instant pour se coordonner et se confirmer que l’autre était prête, elles prirent leurs cors qui étaient attachés en bandoulière et soufflèrent combinant les sons comme le jour de leur rencontre avant que chacune se son côté ne passe à l’assaut du castelet et de ses périls. Cette fois, elles ne sonnaient pas par défi.
Cela interrompit un instant Dolios qui donnait ses consignes à ses fils. Il reprit dès que cela fut terminé. Toute cette comédie l’énervait, comment les gens d’Ishys et même les conseillers ne voyaient pas que tout cela était du théâtre? Ses deux fils devraient se saisir des deux comédiennes-princesses alors que lui se saisirait de Tharralée pour la faire avouer publiquement le pot aux roses. Ils passeraient à l’action dès que la reine aurait fait ce simulacre de bénédiction de mariage afin d’empêcher le serment s’il faisant partie de la pièce d’enchainer directement.
Les princesses tirèrent ensuite leurs épées et se dirigèrent l’une vers l’autre d’un pas ferme, se regardant dans les yeux. Elles se rejoignirent juste face à Leukô qui tenait son épée droit devant elle. Elles mirent ensuite simultanément un genou à terre présentant leur arme à l’autre par le manche.
Leukô remarqua une brève grimace de douleur de la part de Movella. Elle espérait qu’en dehors d’elle, Lévanatée et Tharralée personne ne l’avait remarquée.

– Je me rends face au plus puissant adversaire que je n’ai jamais rencontré, celui qui transperce les cœurs sans que la moindre armure ou le moindre bouclier ne puisse arrêter ses flèches.
– Je me rends face au plus puissant adversaire que je n’ai jamais rencontré, celui que nulle épée ou autre arme ne peut vaincre même maniée par le plus puissant des héros.
– Mon arme, mon âme et mon cœur sont à toi.
– Mon arme, mon âme et mon cœur sont à toi. Je veux être tienne ou que tu me tues.

Les deux princesses se saisirent de l’arme l’une de l’autre.

– Je veux être tienne ou que tu me tues. Je serai telle un fantôme maudit sans toi.
– Je serai telle un fantôme maudit sans toi. Je te donne ma vie pour que tu vives.
– Je te donne ma vie pour que tu vives. Je guiderai tes pas dans les ténèbres.
– Je guiderai tes pas dans les ténèbres. Je serai ton dernier souffle de vie.
– Je serai ton dernier souffle de vie. Je serai le sourire sur ton visage.
– Je serai le sourire sur ton visage. Je serai la joie dans tes yeux.
– Je serai la joie dans tes yeux. Je serai le baiser sur tes lèvres.
– Je serai le baiser sur tes lèvres. Je serai avec toi où que tu ailles.
– Je serai avec toi où que tu ailles. Je serai ton arme, ton âme et ton cœur.
– Je serai ton arme, ton âme et ton cœur. Je suis ton épouse.
– Je suis ton épouse.

Les deux mariées s’embrassèrent profondément et longuement.

Tendre baiser

Leukô qui était avec Tharralée aux premières loges était bouleversée d’émotion, les larmes lui coulaient. L’intensité de leurs sentiments la bouleversait, elle espérait tellement connaitre un jour de tels sentiments envers quelqu’un et les voir partagés en retour. Tharralée allait aussi bientôt se marier et durant le voyage, Leukô avait bien vu que les mêmes sentiments étaient entre sa servante et Mankas, aussi avait elle essayé de se passer d’elle le plus possible, c’était sa manière d’apprendre à être une autre que celle qu’elle avait été.
Movella et Lévanatée après s’être échangé leurs vœux à voie basse à l’oreille, s’embrassèrent profondément à nouveau. Elles étaient maintenant mariées selon leurs conventions, seuls Leukô, Tharralée et Mankas le savait, à part peut-être quelques rares personnes ayant entendu parler de cette pratiques.
Elle abaissa l’épée de son ancêtre au dessus de leurs têtes toujours jointes par le baiser et ferma les yeux pour se concentrer afin de mettre toute l’intensité qu’elle pouvait dans sa bénédiction.

– Par le pouvoir de l’épée sacrée des rois d’Ishys, je bénis votre couple, que la joie, le bonheur, la félicité et la prospérité soient toujours sur vous.

C’était le moment de mettre une terme à cette farce! Dolios surprit tout le monde en se précipitant vers le groupe de femmes devant l’estrade royale. Il sortit son épée du fourreau dans sa course. Il avait surpris même ses fils qui partirent avec un temps de retard. Il allait se saisir de la reine Leukô et sa servante pendant que ses fils se saisiraient des deux soi-disant princesses.
Alertées par le bruit de course, Movella et Lévanatée comprirent que que c’était le moment de réagir et vite! Toujours l’épée de l’autre en main elles pivotèrent dans un tourbillon, une sorte de valse basse.

– Maudites femelles, vous…

Dans leur élan, elles frappèrent de taille Dolios aux jambes décrivant un grand arc de cercle de leurs épées. La violence de la manœuvre arracha à Movella un grand hurlement de douleur qui paralysa l’assistance, les gardes et les fils de Dolios comme un cri de guerre. Leukô était tétanisée par la douleur qu’exprimait ce cri. Emporté par sa course et les jambes cisaillées, il parti en avant tête la première et sa gorge vint s’empaler sur l’épée des rois, éclaboussant de sang la robe immaculée de la reine.
Les deux princesses entrées en mode de combat ne jetèrent qu’un œil à la scène afin de s’assurer que tout allait bien pour Leukô et prirent une posture de garde, pointant de leurs lames les deux fils de Dolios qui restèrent comme pétrifiés de voir leur père périr ainsi. Terrorisé par la grimace terrible de Movella et son regard farouche, l’ainé des deux ne put contenir sa vessie. Les gardes royaux sortirent enfin de leur stupeur pour venir se saisir d’eux.
Dolios s’était entretemps effondré aux pieds de sa reine dont les mules baignaient dans le sang. Leukô était toujours sous le choc d’avoir tué un homme, et pas n’importe qui, un des plus grands seigneurs du royaume, celui qui représentait la principale menace contre elle et qui voulait usurper son trône. Couverte de sang et l’épée royale encore en mains, elle était incapable de bouger alors que Tharralée venait la soutenir.

– Reine Leukô, il faudrait quand même que l’on vous dise: les sacrifices d’ennemis lors de mariages royaux n’ont plus cours depuis au moins trois siècles dans nos contrées…

Le serment d’accord entre les trois femmes fut passé une fois le calme revenu dans la salle du trône sans qu’il ne se passe plus le moindre incident, les deux princesses ayant réussi au delà de leurs espérances, impressionnant l’ensemble de la cour. Vue leur vivacités, nul n’émit jamais le moindre doute envers le récit de la bataille des six dragons tel qu’il fut raconté par la reine et la servante, le maître Mankas ayant endossé le rôle de chroniqueur.
Dès le lendemain, Tharralée et Mankas se marièrent avec pour témoins les trois reines en pleines festivités pour célébrer la fin de vacance du trône. Le peuple d’Ishys trouva leur changement de régime plutôt surprenant, mais qu’il y ait une continuité et non une régence le satisfaisait et lui redonnait espoir. Les grands du royaume étaient aussi un peu sceptique de cette situation au début, mais elle leur permettait d’échapper à une régence dure de la part de Dolios et tous les risques que celles-ci pouvait leur amener.
Si le couronnement officiel dû être repoussé pour permettre la fabrication de deux nouvelles couronnes, les trois reines ne restèrent pas inoccupées pendant cet intervalle. Elles envoyèrent des messagers dans leurs royaumes respectifs pour annoncer la nouvelle de leur mariage, de leur couronnement en Ishys et de leurs intentions de mettre fin à la guerre qui ravageait leurs royaumes d’origine. Les réponses qu’elles reçurent furent les mêmes, une trêve dans les hostilités avait été déclarée pour pouvoir assister à leurs avènements officiels en Ishys.
Leurs parents arrivèrent sous le couvert de la trêve. Apprenant l’ensemble des évènements, ceux-ci rendirent la confection des nouvelles couronnes inutiles, car ils abdiquèrent en leurs faveurs. Ces abdications étaient une certitude paix, Ishys en devenant la garante. Ce fut donc bien le couronnement officiel de trois reines et la fusion des trois royaumes qui se passa ce jour-là. Ce fut aussi le premier jour d’un long règne prospère pour les trois peuples unifiés.
De nombreuses lois furent changées pour rendre compatibles les coutumes des trois contrées compatibles et être plus justes pour chacun, rendant les femmes d’Ishys plus autonomes et les égales de leurs hommes, et permettant à chaque couple, quel que soit sa composition de se marier. Les vieilles traditions furent bouleversées, mais comme tout le monde (en dehors de quelques aigris) y trouvait son compte, personne ne trouva à y redire, une fois celles-ci entrées dans les mœurs.

Les deux fils de Dolios vécurent dans leurs cellules cette période de transition. Une enquête mit en évidence les intentions de leur père et leurs participations. Pour de tels actes de haute trahison, la punition aurait dû être la mort, cependant les reines décidèrent de commuer leur peine en une autre plus imaginative sur suggestion de Tharralée qui ne répondit jamais clairement pour savoir si son mari était impliqué.
Tous deux seraient enfermés dans la tour de guet où la princesse Leukô et sa servante avaient passé de long mois. Un puissant dragon blanc fut aussi mit pour garder la tour. Quiconque arriverait à les délivrer pourrait épouser l’ainé et obtenir la seigneurie de Tipota. Autant le dire, il n’y eu aucune prétendante pour se présenter au défi des reines, même les fières jeunes filles guerrières de Pagô et Fotia ne se présentèrent pas, ne voulant de tels maris.
On dit que le dragon partit de lui-même quelques décennies plus tard, n’ayant plus rien à garder.

Que dire encore en dehors de répéter que ce furent de grandes reines?
Mais si bien sûr..

Tharralée et Mankas vécurent heureux et eurent de nombreux enfants, ils servirent les reines jusqu’à leur dernier jour, tant comme conseillers que comme amis.

Leukô, même si elle ne se maria jamais, vécut heureuse elle aussi. Elle eut trois enfants, dont l’ainée était une fille qu’elle appela Leukô aussi et qui prit la succession des reines sur le trône en compagnie de son épouse. Leukô appréciait les arts et les développa dans le royaume, on dit que le premier élève du maître Mankas l’aida en ceci et moult choses, étant très proche d’elle. On dit même qu’elle se languissait les jours où elle ne pouvait entendre ses poésies le soir.

Inutile de rappeler le formidable règne de Movella et Tharralée. Leur amour et leur passion l’une envers l’autre sont entrés dans la légende avec elles. Elles vécurent longtemps et eurent six enfants ensemble sans que personne ne comprenne comment, n’ayant la proximité suffisante avec aucun homme.
Ayant appris à la princesse Leukô la jeune et à sa femme tout ce qu’elles devaient savoir pour diriger le royaume, la chevelure blanchie par l’âge depuis longtemps, elles moururent étrangement. La servante du matin trouva sur leur lit vide un mot disant « Nous sommes mortes. » signé de leurs mains. Leurs funérailles furent cependant grandioses. Certains paysans disent avoir vu durant la semaine suivant leurs décès un dragon blanc portant deux vieilles femmes traverser le royaume vers l’orient…

Voilà, alors que s’arrête ici ce conte, que j’ai quelque peu chamboulé le classique principe du prince charmant qui délivre une princesse prisonnière de sa tour et d’un dragon pour en revenir au traditionnel « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. », j’espère que vous avez pris plaisir dans celui-ci.

En vous souhaitant à tous d’avoir trouvé l’Amour ou de le trouver un jour, je m’en retourne sur les chemins de la vie sur une jument blanche conduite par ma princesse charmante montée en amazone…

Le conseil était au complet en présence des trois reines. De nombreux points à l’ordre du jour étaient déjà passés et avaient été étudiés.

– Maître Kosmitor, point suivant, s’il vous plait.
– Voici… Comme il y a changement de dynastie, du moins un chamboulement par la forme, il a été suggéré de changer la bannière d’Ishys. Comme vous le savez, elle est actuellement avec la représentation des trois dragons qu’a vaincus votre ancêtre. Cependant, avec le changement, le défi de votre père et l’exploit qui y a mis un terme, la fusion des trois royaumes, il serait peut-être bon d’en changer aussi, surtout que vous allez apporter de nombreuses évolutions dans notre société encore, marquant ainsi une nouvelle ère pour le royaume.
– Cela parait censé… De nouveaux temps vont commencer.
– Effectivement, la bannière aux trois dragons correspond à l’ancien temps.
– Ah, qu’on ne me parle pas de dragons! J’ai encore les hurlements de ces monstres dans la tête rien que d’y penser!
– Qu’est ce que je devrais dire… J’ai toujours la blessure au bras que le dernier m’a infligée qui me fait souffrir le martyre.
– Ah ça… Il est clair qu’on en a eu des blessures à cause d’eux…
– …Sans compter le nombre de chevaliers qu’ils ont pu tuer à eux six!
– On sait, on a failli y passer nous aussi!
– C’est vrai que sur le dernier, j’ai bien cru t’avoir perdue…
– Ils ont failli nous avoir quelques fois!
– Rhaaa… Maintenant, j’en suis presque à sentir à nouveau leur odeur répugnante!
– Et vous n’avez pas passé des heures à l’intérieur de la carcasse d’un d’entre eux. C’est pire!
– Brrr… Quelle horreur!
Bon, maître Kosmitor, Que proposez-vous donc comme nouvelle bannière?
En fait, nous pensions représenter les six dragons du défi de votre père dessus…
– Je crois, maître Kosmitor, qu’il vaut mieux ne pas trop embêter nos reines avec de stupides histoires de dragons…

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