Doit-on respecter toutes les cultures et religions?

12 décembre 2011 à 22:24 | Publié dans Penthésilée | 3 commentaires
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C’est une question qui revient régulièrement dans divers débats de société.
On retrouve ça à chaque fois que deux cultures se retrouvent en désaccord de points de vue sur des sujets ou quand on trouve la liberté de conscience et de religion qui se mêlent à l’affaire. La religion en dehors du pur fait théologique, pour ce qui est des éléments moraux ou implications sur les aspects sociaux sort du spirituel pour entrer dans le cadre du culturel, du cultuel au culturel pourrait on dire.
Mais cela ne donne pas de réponse en soi, cela ne fait que redéfinir la frontière entre religion et culture dont certains parfois abusent.

La réponse est donc pour moi, clairement: NON !
Non respect des droits humains
Aucune culture ou religion n’a à se poser comme loi pseudo-divine au dessus des lois humaines, car derrière ces prétentions, il ne s’agit bien que de banales lois humaines ayant eu un motif politique à une époque (Voir ICI pour une de mes multiples dénonciations de supercherie sur le sujet).
Quel respect doit on à l’arbitraire et au dégradant?
La culture ou la religion sont elles une excuse à ceux-ci?
Réciprocité
Si au nom d’une culture ou d’une religion, je suis discriminée, infériorisée, voire même menacée pour une caractéristique que j’ai, serait-il normal que j’ai devoir de respecter cette chose qui ne me respecte pas?
Prévalence
Si je suis confrontée à une situation d’opposition et d’incompatibilité de mon système avec celui d’une personne en face, lequel prévaut?
Un temple malaisien

Votre attention s’il vous plait:
Durant leurs menstruations, les dames sont strictement non-autorisées à entrer dans le temple.
Merci.

Rien que pour ce panneau, je pourrais regretter de ne pas être en plein mes règles pour y aller. Ca pourrait même me donner envie d’attendre de les avoir pour y retourner.

Intrusivité
Tout simplement parce que certains pensent que leur culture ou leur religion les autorise à se mêler de la vie des autres sans que cela relève des droits humains ou un constat de législation locale.
Dans ce cadre, je n’ai pas à tolérer que certains se croient un devoir culturel ou sacré de se mêler d’aspects privés ou intimes de ma vie, quels qu’ils soient.
En cela, ça concerne aussi bien mon mode de vie, que mes valeurs ou ma religion.
Le prosélytisme entre dans ce cadre.
Transposition
Je critique des éléments de ma propre culture et des interprétations/mises en œuvre de préceptes de ma propre religion ainsi que la vision de certains de mes coreligionnaires passés ou présents. Pourquoi ne pourrais je pas transposer cette même logique critique ailleurs?
Injustice
A système de valeurs différents, réponses à des situations différentes, aussi, dans certains cas, je peux percevoir une réponse culturelle comme anormale, arbitraire ou injuste.
Ai je obligation de respecter ce que je considèrerais comme une injustice?
Pour les cas extrêmes: Quel est le respect dû à l’horreur?
Evolutivité
Les cultures évoluent, elles ne sont pas figées, ce qui est critiquable à une époque peut changer, disparaitre ou les problèmes s’accentuer.
Dans le cas religieux, les textes de référence ont été composés à une époque datant souvent de plusieurs siècles, rien n’aurait changé depuis leur composition? N’y aurait il pas nécessité de recompréhension sous l’angle de la modernité et des avancées?
Doit on respecter l’obscurantisme et l’arrièrisme?
Apport/correction
Si je reçois une critique ou une condamnation d’une personne sur un préjugé, une erreur ou une ignorance selon un élément légitime et non arbitraire, je peux faire évoluer dans mon système de valeurs à plus ou moins long terme selon comment l’idée chemine.
Doit on, sous excuse de religion ou culture, respecter les préjugés, erreurs et ignorances?
Remarque finale
L’ensemble des arguments ci-dessus ne sauraient en être caution ou justification pour une considération elle-même arbitraire et visant des catégories humaines aveuglément.
Le fait de dénoncer tel ou tel point d’une religion ou d’une culture ne peut ainsi être utilisé à charge contre toute personne s’en revendiquant. Ce n’est pas parce qu’on est issu d’une culture ou que l’on pratique une religion qu’on adhère à tout, on peut même dénoncer ses points sombres de l’intérieur. Il serait ainsi particulièrement injuste et inique de critiquer des personnes sur un motif auquel elles n’adhèrent pas, voire qu’elles-mêmes critiquent ou veulent faire évoluer.
De même, ce n’est absolument pas la même chose de critiquer arbitrairement une chose pour une de ses caractéristiques et de le faire sur une caractéristique arbitraire dans une chose.

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3 commentaires »

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  1. En fait, il faudrait avoir pour la bêtise des autres la même indulgence que l’on a pour la sienne propre.
    Mais j’avoue que j’ai du mal.

  2. Je suis encore assez partagée sur le sujet. Je comprends qu’on ne respecte pas les religions et les autres cultures, par contre je ne suis pas sûre qu’il ne faille pas respecter les peuples.

    En entrant dans ce temple malaisien, c’est surtout le peuple qui a choisi de construire ce temple que l’on ne respecte pas, plutôt que les croyances de ce peuple. Si chez moi je veux que l’on enlève ses chaussures en entrant, et qu’une personne ne le fait pas, j’aurai plutôt l’impression que c’est moi qui n’est pas respectée, plutôt que mes principes. Je préfèrerais que la personne méprise mes principes -ça ne me dérange pas- et fasse comme elle veut chez elle, mais que par respect pour moi, elle retire ses chaussures chez moi. Je me dis que c’est un peu pareil dans ce temple malaisien. Les gens qui font vivre ce temple ont le droit d’avoir ces croyances, je ne peux pas leur retirer ce droit même si je trouve que leurs croyances sont absurdes. Par contre je n’ai aucun problème pour critiquer leurs croyances, du moment que je ne piétine pas la sphère de leur vie privée. Ce temple malaisien fait partie de cette sphère pour certaines personnes. Ce sont quand même des humains qui vivent ce qu’ils croient juste, on ne peut pas arriver avec nos gros sabots et leur dire comment ils doivent vivre alors qu’ils nous accueillent dans leur temple et dans leur pays.

    J’aurais aussi un problème de conscience à mépriser le mode de vie de ces gens, c’est que moi-même je voyage régulièrement, et mes voyages consistent souvent à aller m’émerveiller devant les vestiges des civilisations traditionnelles, qui me fascinent. Quand je suis allée au Pérou, j’ai été voir le Machu Picchu, pas les quartiers branchés de Lima et leurs centres commerciaux (ça fait tout de suite moins rêver). Ce serait incohérent de rêver devant les civilisations passées et en même temps de vouloir que tout le monde vive comme moi aujourd’hui. Je me demande si c’est possible d’en finir avec l’aliénation de la religion, sans tomber forcément dans la froideur humaine des sociétés consuméristes. Je n’ai aucun exemple en tête, alors j’ai un gros doute. Bien sûr que la modernité a ses avantages, mais à Paris j’ai beau être entourée de gens cultivés et libérés du carcan religieux, c’est quand même assez froid sur le plan humain. C’est pas la même émotion que lorsque des villageois cambodgien m’invitent spontanément à boire une étrange boisson, et pourtant ces villageois sont très croyants. Est-ce que ma civilisation est supérieure à la leur, je n’en suis pas sûre, loin de là. C’est sûr que j’aurais du mal à vivre comme eux, mais en même temps ils ont souvent l’air heureux, bien plus que nous dans la modernité. 25% de la population française passe par les antidépresseurs au moins une fois dans sa vie, ça donne à réfléchir. La modernité possède aussi ses propres problèmes, comme la solitude, la froideur des relations humaines, la course au profit, la pollution, etc.

    En tout cas la question est intéressante, je n’ai pas fini d’y réfléchir !

    • Je me permets donc de t’amener d’autres éléments à ta réflexion…

      « En entrant dans ce temple malaisien, c’est surtout le peuple qui a choisi de construire ce temple que l’on ne respecte pas, plutôt que les croyances de ce peuple »
      Cela voudrait dire que ce peuple est indissociable de ses coutumes sous leur forme actuelle, et donc, que ce peuple par lui-même méprise les femmes plutôt que ce soit la coutume.
      Aussi, telle n’est pas ma démarche, ce que je critique est bien la coutume, car les coutumes peuvent et doivent évoluer, sinon, ça serait considérer que tous les peuples sont voués à un conservatisme obscurantiste et inique.

      « Si chez moi je veux que l’on enlève ses chaussures en entrant, et qu’une personne ne le fait pas, j’aurai plutôt l’impression que c’est moi qui n’est pas respectée, plutôt que mes principes »
      Le fait de demander d’enlever leurs chaussures à tes invités renvoie-t-il à un jugement de valeur sur ces derniers?
      Parce que cette interdiction émise correspond elle pleinement à un jugement de valeur fondamental des femmes.

      « Par contre je n’ai aucun problème pour critiquer leurs croyances, du moment que je ne piétine pas la sphère de leur vie privée. Ce temple malaisien fait partie de cette sphère pour certaines personnes »
      Déjà, religieusement parlant, un temple n’est pas un lieu privé, mais communautaire.
      Quant à la sphère privée, quand cela renvoie à quelque chose de plus fondamental, ça ne se restreint pas à la sphère privée, mais fait bien partie de la sphère idéologique. Ainsi, quand on voit la considération des femmes en Afghanistan ou dans le Tibet lamaïste, où elles sont rabaissées au rang d’animaux domestiques, c’est bien en tant que femme, que non seulement je me permet de critiquer, mais aussi de condamner et dénoncer.

      « Ce sont quand même des humains qui vivent ce qu’ils croient juste, on ne peut pas arriver avec nos gros sabots et leur dire comment ils doivent vivrealors qu’ils nous accueillent dans leur temple »
      Avec cette logique, tu dois aussi accepter de te faire insulter, rabaisser, etc…
      Mais laisse moi te raconter une petite histoire:
      Au lycée, en première, nous avons été invités à visiter une mosquée. Arrivés sur place, on nous annonce que nous, les filles, on doit mettre un voile (alors que ça n’avait jamais été évoqué avant). On a été quelques unes à refuser d’emblée, suivie d’autres, même quelques garçons nous ont soutenues. Face à cette « révolte », retour direct aux lycée pour les protestataires et rassemblement dans le réfectoire pour que le proviseur s’adresse à nous.
      Il commence d’entrée à nous engueuler et nous dire qu’on a fait honte à l’école, discours qu’il n’a pas pu finir, il a été bien cueilli par une vive montée de ton. C’est à notre tour que nous avons exigé des excuses de sa part pour cette histoire, car il n’avait même pas pris la peine de nous consulter sur le fait que nous allions devoir porter un symbole d’infériorité et d’oppression féminine.
      Voyant que ça tournait au vinaigre, avec des menaces de grève ou carrément de plaintes au rectorat de la part de majeures, on a quand même eu nos excuses. Cet imbécile n’avait même pas envisagé que nous ne nous conformerions pas gentiment à une coutume de soumission des femmes…
      L’expérience n’a pas été renouvelée par la suite.
      Mais cela pose aussi la question du respect des invités, ce qui est la base des règles d’hospitalité. Quand tu invites quelqu’un chez toi, tu n’as pas à lui imposer des coutumes le rabaissant.

      « J’aurais aussi un problème de conscience à mépriser le mode de vie de ces gens »
      Idem que plus haut quand j’évoquais l’Afghanistan et le Tibet lamaïste.
      Doit-on accepter aussi sous principe de « mode de vie » que des homos soient condamnés à mort pour leur seule homosexualité et que des femmes soient lapidées parce qu’elles ont été violées?
      Doit-on au même titre accepter l’esclavage, l’excision ou les sacrifices rituels humains?
      Je n’ai aucun problème de conscience à mépriser, condamner et dénoncer des « modes de vie » malsains, iniques, discriminatoires, etc…

      « Ce serait incohérent de rêver devant les civilisations passées et en même temps de vouloir que tout le monde vive comme moi aujourd’hui. »
      On peut parfaitement rêver devant des vestiges de civilisations passées, reconnaitre leurs défauts sociaux et vouloir la fin des iniquités arbitraires dans le monde (Je tourne ça comme ça du fait d’appartenir à une population sujette à discriminations).
      Il n’y a rien d’incohérent là-dedans.
      Pourquoi le fait d’admirer des splendeurs du passé devrait-il impliquer qu’on accepte les discriminations arbitraires?
      Je n’y vois aucun lien.

      « en finir avec l’aliénation de la religion »
      Ce n’est pas tant les religions qui sont à blâmer, mais les clergés. La plupart n’ont de religieux que le nom, leur nature étant généralement surtout politique.

      « Est-ce que ma civilisation est supérieure à la leur »
      Mon propos n’est pas de hiérarchiser les civilisations, mais bien de critiquer ce qui n’y va pas quelque soit l’endroit où on le rencontre.
      Ne crois-tu pas qu’en tant que militante féministe et lgbt, donnant un support technique ponctuel à des assos écolos locales, je ne suis pas dans la critique de ma propre civilisation?


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