L’Âme de la Tapette Conquérante…

4 octobre 2011 à 21:45 | Publié dans Arc en ciel, Penthésilée | 3 commentaires
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Je n’aime pas le sport, je ne m’en suis jamais cachée, tant à en pratiquer, ou le regarder, à la télévision ou ailleurs. Rien à faire, ce n’est pas mon truc, je n’accroche pas. Le seul truc à la rigueur, c’est quand il y a eu la coupe du monde de foot-ball féminin il y a peu, juste pour comparer par rapport à l’équivalent masculin. C’est fou la différence de moyens, tant financiers que médiatiques, accordés aux pratiquantes, mais c’est un autre débat…
Là, ce qui m’intéresse est le retour sur les polémiques concernant David Douillet et ses propos tenus dans son livre de 1998 « L’Âme du conquérant », suite à une question à Roselyne Bachelot sur Europe1. Sa première réaction reste quand même sans appel…
On dit que je suis misogyne. Mais tous les hommes le sont. Sauf les tapettes!

Il arrive dans la même phrase à être à la fois sexiste et homophobe.
Voilà, le décor est posé, il ne reste plus qu’à signaler que le comité IDAHO a déjà réagit à cette nomination en émettant des inquiétudes sur la poursuite des politiques entamées pour lutter contre l’homophobie dans le sport.
Revenons sur les propos du livre:
Je préfère le repréciser, c’était en 1998, donc il y a 13 ans.

  • On dit que je suis misogyne. Mais tous les hommes le sont. Sauf les tapettes!
  • Pour moi, une femme qui se bat au judo ou dans une autre discipline, ce n’est pas quelque chose de naturel, de valorisant.
  • C’est la mère qui a dans ses gènes, dans son instinct, cette faculté originelle d’élever les enfants. Si Dieu a donné le don de procréation aux femmes, ce n’est pas par hasard.
  • De fait, cette femme-là, quand elle a une activité professionnelle externe, pour des raisons de choix ou de nécessité, elle ne peut plus jouer ce rôle d’accompagnement essentiel. (…) Je considère que ce noyau est déstructuré. Les fondements sur lesquels était bâtie l’humanité, l’éducation en particulier, sont en partie ébranlés.
  • Pour l’équilibre des enfants, je pense que la femme est mieux au foyer, à gérer affectivement la cellule familiale, quel que soit d’ailleurs le niveau social concerné. (…) J’ai une authentique admiration pour les femmes qui vouent leur vie aux leurs.

1998… Il a 29 ans le gars…
Et il trouve normal d’écrire ça dans un livre sans honte…

Ca remonte en 2009…
A l’occasion de son entrée en politique, le Canard Enchainé à fait remonter ça.
C’était passé globalement inaperçu jusqu’alors, ce livre ne devant représenter qu’un faible intérêt au niveau du grand public, ce que je comprends aisément.

Gêné par ses propres propos remontant en surface, c’est ainsi qu’on apprend de la part de son auteur que les « tapettes », ça n’a rien d’homophobe de sa part, pour lui, ce sont « les hommes qui ne s’as­sument pas » d’après sa définition.
Il faudra m’expliquer en quoi avec cette explication (bancale), la phrase entière ne reste pas un pur morceau de machisme. Il faudrait aussi qu’il explique ce que ça veut dire « s’assumer » pour un homme selon ses critères. Ca n’enlève rien aux autres citations non plus, qui restent parfaitement misogynes et machistes.
Et donc, le 05/11/2009:

D’accord, alors, on peut l’avoir l’explication pour savoir ce que voudraient dire l’ensemble de ces propos si ce n’est pas misogyne?
Non, parce que « On dit que je suis misogyne. Mais tous les hommes le sont. », ça ne voudrait pas dire ça, ça veut dire quoi alors, un complément aurait été le bienvenu pour compréhension…

« expressions communes », « on peut leur faire dire tout et n’importe quoi »… Mais bien évidemment, les quatre dernières citations sont aussi des expressions communes auxquelles on peut faire dire tout et n’importe quoi
Ce n’est pas toutes nous prendre pour des couillonnes là?
Revenons en 2011…
Article dans Le Parisien du 02/10/2011

  • Ce qui est étonnant, c’est qu’une phrase, sortie de son contexte, arrive aujourd’hui, quinze ans plus tard. C’est fou, et même d’une médiocrité sans nom. Il s’agissait à l’époque d’une discussion de vestiaire. J’avais 20 ans. J’en ai 42 aujourd’hui. Cette expression était malheureuse. Je la regrette. Elle n’est pas ce que je suis.

Euh… Elle était déjà arrivée et elle n’est pas la seule…
Il y a déjà eu l’occasion d’y donner explication, mais ça n’a jamais été fait.

« J’avais 20 ans. J’en ai 42 aujourd’hui »
Euh… En 1998, Il n’avait pas 20 ans, mais 29, moitié de vie en plus, ce n’est pas un détail. Dire « quinze ans plus tard » au lieu de treize, à la rigueur, mais 20 ans au lieu de 29 ans, ça fait 22 ans au lieu de 13, ça ne le fait plus…
J’ai actuellement 26 ans, donc plus jeune que lui quand il a émis ces propos, je me vois mal utiliser l’excuse de jeunesse pour des propos que je tiendrais maintenant. A 29 ans, on est censé avoir une certaine maturité et expérience de la vie, non? Rien que par ce « J’avais 20 ans. » totalement bidon, la suite est discréditée et ça convainc d’autant plus qu’il n’y a rien de sincère dans ces regrets et son déni. Ca sonne même comme se fiche de notre poire…

De même, une « discussion de vestiaire » quand on la met en conscience dans un livre qu’on publie, dont on touche des droits d’auteur, ça n’est plus une simple discussion de vestiaire, c’est un écrit destiné à être partagé.

Qui est une tapette?
Pour moi, « un homme qui ne s’as­sume » est capable de reconnaitre qu’il a dit une énormité, assumer l’avoir dite et l’expliquer.
Un homosexuel qui fait son coming-out est pour moi « un homme qui ne s’as­sume » et a bien plus de courage et d’honnêteté qu’un champion de judo poids lourds de 1,96 m qui n’assume pas des propos qu’il a tenus dans un livre. C’est ça aussi s’assumer.
Alors tant qu’à parler de « médiocrité sans nom », j’ai mon avis personnel de savoir où se situe la « médiocrité sans nom »

On peut même en tirer des conclusions « étranges » à partir de ses propres propos…
Démonstration:
Dans un premier temps, il affirme que tous les hommes sont misogynes sauf les tapettes.
Dans un second temps, il affirme ne pas être misogyne.
Conclusion: Je vous laisse la tirer tous seuls…

Toute la nuance était dans le « On dit que », comme il affirme que ce n’est pas vrai, tout se trouve dans le « sauf »…
Franchement, c’était finement amené…
Droit à changer, évoluer et changer d’opinion
Oui, chacun y a droit.
Mais pour en bénéficier, au moins faut-il reconnaitre ses erreurs anciennes et en répondre si elles ressurgissent plutôt que simplement dénier des évidences.

On a aussi le droit de commettre des maladresses, mais là aussi il faut le reconnaitre et les expliquer, sinon, ça reste.
Comme déjà marqué quelques fois sur ce blog, j’en ai entendu des bien pires dans des maladresses de la part de mon entourage amical, mais eux au moins, ils ont l’honnêteté de faire face aux monstruosités qu’ils ont dit et de les assumer pour ce qu’elles sont après avoir compris l’impact et les conséquences de celles-ci, pas sur leur image personnelle, mais bien sur la vie des gens.

Parler ensuite de « médiocrité sans nom » alors qu’on assume pas ses propos après avoir dit que « tapettes » désigne des « hommes qui ne s’assument pas », on croit rêver!
Là, on est en plein dedans!
Il y a un truc qui s’appelle un miroir dans lequel on peut se regarder en face…

Des gens ayant changé d’avis sur l’homosexualité ou des hommes reconnaissant leur passé machiste primaire, j’en connais, mais ils assument avoir eu à une époque de leur vie ces idées. Ils ont évolué, ont reconsidéré leur système de valeurs et n’ont pas à être considérés pour quelque chose qu’ils ne sont plus.

« Cette expression était malheureuse. Je la regrette. Elle n’est pas ce que je suis. »
C’est trop facile, je regrette et baste!
Outre que cela n’enlève rien à ses propos sur les femmes, ça voudrait dire qu’on peut sortir n’importe qu’elle monstruosité publiquement et balancer un vague regret qui excuserait tout?
Il y a d’autres réalités derrière tout ça: Le taux de suicide chez les jeunes homosexuels. Il y a aussi les discriminations salariales chez les femmes et les obstacles à l’évolution de carrière, les actes homophobes et misogynes en général qui sont toujours là.
Donc, non, il ne suffit pas de dire qu’on se passe l’éponge d’un ton agacé, il faut au moins des explications derrière parce qu’il y a aussi des personnes bien réelles pour lesquelles ces propos sont loin d’être anodins pour leur vie quotidienne.
Pour moi, l’ardoise est toujours là et ses propos sont toujours à son crédit.

Je dirais même mieux:
Dans ce genre de cadres, donner une explication cohérente et honnête tient même de la décence.
De là, je me réserve le droit d’avoir mon propre jugement sur la personne publique, mais aussi sur la personne en tant qu’individu.

Même si je n’aime pas le sport, on m’a souvent répété que le sport et le judo en particulier se devait de véhiculer un certain nombre de valeurs.
Je me marre !
Il s’agirait de le rappeler à quelques « célébrités » du domaine sportif…

« Pour moi, une femme qui se bat au judo ou dans une autre discipline, ce n’est pas quelque chose de naturel, de valorisant. »
Ca promet pour le sport féminin et le judo en particulier avec un tel ministre…

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3 commentaires »

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  1. Extraordinaire, n’est ce pas?
    J’ajouterait (j’espere comme j’ai lu que ce n’est pas deja mentionné), que David Douillet, un Grand ami de notre président, a d’aobrd été promu au rang de Ministre des Francais a l’étranger, et après seulement ,quand il n’on pas su quoi lui donner comme fonction, il a été mit ministre des sports.
    Vive Sarko, qui, lors de la campagne présidentiel, avait appeller les Homosexuels pour lui car il plaiderait en faveur du mariage et des Droits.
    Il a courte mémoire, on dirait.

    • Désolée de te contredire, mais il a toujours été contre.
      Il y a d’ailleurs le coup du « le modèle qui est le nôtre doit rester celui d’une famille hétérosexuelle » (Source) de 2006 qui m’est resté coincé en travers de la gorge.
      Un peu plus haut dans l’article, à la question sur le mariage, sa réponse était sans ambiguïté:
      « J’y ai beaucoup réfléchi et j’y suis opposé tout comme à l’adoption d’enfants par des couples homosexuels. C’est clair et c’est précis. »
      Ce qui fait que la suite immédiate est parfaitement hypocrite:
      « En revanche, je suis profondément hostile à toute forme de discrimination. Les homosexuels ne doivent pas en subir. »
      Nous refuser le mariage et la reconnaissance de nos enfants est une discrimination de fait, mais ça ne semble pas lui effleurer l’esprit.

  2. Tout à fait d’accord. Les hommes politiques se tiennent les coudes et s’en tirent toujours par des pirouettes saluées par la presse, le plus souvent masculine il faut bien le reconnaître. Marre des machos qui pensent s’en sortir avec leur petites excuses « j’ai dit une bêtise et je le regrette » et qui 3 jours après montrent dans leurs actes ou nouvelles réflexions qu’en fait leur opinion est toujours la même.


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