Libuše et Vlasta, la reine et la cheffe de guerre

10 juillet 2011 à 22:16 | Publié dans Circé, Penthésilée | 2 commentaires
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Vlasta
Je suis tombée il y a peu sur un film « The Pagan Queen » (Non traduit en Français à ma connaissance.) sur l’histoire de Libuše, la reine légendaire qui fonda Prague.

De là, j’ai découvert qu’il s’agissait d’une partie de l’histoire et de la légende de la fondation de la Bohême.

Cependant, ce film ne fit pas honneur à une autre femme de légende, une guerrière, une cheffe de guerre, mena une rébellion contre l’oppression à la tête d’une armée de femmes: Vlasta.

Même si les sources historiques, folkloriques et les chroniques divergent souvent, sans parler des fictions qui ont été greffées dessus, je m’essaie donc à en dégager une vision qui me semble cohérente.
Le seigneur Krok et ses filles
Au 8e siècle, en Bohême, le seigneur Krok, successeur du chef légendaire Čech, et sa femme Niva avaient eu trois filles:
> Kazi, herboriste et guérisseuse
> Teta, prêtresse et sorcière
> Libuše, voyante et devineresse

Quand il mourut, il désigna Libuše pour lui succéder.
Libuše et Přemysl
Le début de règne de Libuše fut propice puisse qu’en endigua la peste qui frappait la région et amena une grande prospérité.
Josef Mathauser - Kněžna Libuše věští slávu Prahy
Par ces dons de voyance, elle prophétise un endroit où construire une grande cité qui se révèle révélera être la future Prague.

Cependant, la présence de pillards se fait de plus en plus sentir. La nécessité d’une force armée se fit de plus en plus sentir. Une compagne d’enfance de Libuše, Vlasta, organisa une troupe de guerrières dont elle pris la tête.

Malgré les réussites de Vlasta, le conseil insista de plus en plus pour que Libuše prenne un mari pour régner.
La pression augmentant au fil du temps, elle céda et dit au conseil comment aller le chercher.
Il le trouvèrent en la personne d’un laboureur du village de Stadice: Přemysl.

Selon une tradition tardive, ensemble, ils eurent trois fils, Nezamysl, Radobýl et Lidomír, fondant ainsi la dynastie des Přemyslides.
La révolte de Vlasta
Il semble que Libuše soit morte assez peu de temps après son mariage (Je n’en ai pas trouvé la cause, ce qui remet en cause le fait des trois enfants.).

Přemysl continua à régner seul. Cependant, son règne semble avoir été très dur, les paysans autrefois libre se retrouvant opprimés sous son joug. De même, il établit des lois fortement défavorables aux femmes alors que la culture tchèque était précédemment équitable.

C’est ainsi que Vlasta, dont la troupe de femmes était devenue une vraie petite armée, entra en rébellion et parti s’installer à Děvín où elle établit ses quartiers et construisit une forteresse.
Vlasta
Dívčí válka, la Guerre des Filles
Mais elle ne fut pas un cas isolé. De nombreuses femmes s’en prirent à des hommes qui profitaient de ces nouvelles lois et beaucoup partaient se rallier à elle.
Selon toutes les sources, cette guerre fut longue. Certaines donne une durée de 8 ans. Il se serait plus agit de multiples escarmouches que de réelles grandes batailles.

Pour le reste, il est assez dur de trouver des sources fiables, toutes sont terriblement imprégnées d’un fort parti pris de la part de leur auteurs, même si certaines vont dans le même sens globalement. Bref, cela a suscité de très nombreux fantasmes.

Elle aurait voulu fonder un royaume fortement matriarcal. Les hommes auraient été interdit de porter des armes et de monter librement à cheval, seules les femmes pouvant exercer le métier des armes. Ils auraient été affecté aux champs et autres tâches productives au service des femmes.
On trouve aussi que des femmes venaient de loin se rallier par milliers, voire dizaines de milliers, étant prises en formation guerrière après avoir été accueillies, grossissant son armée.
Certains leur prêtent aussi de torturer systématiquement les prisonniers qu’elles faisaient avant de les exécuter ou les libérer mutilés.

Bref, il y a du tri à faire dans tout ça…
Divoká Šárka, Šárka la sauvage
Šárka, lieutenante de Vlasta, est aussi une figure de la guerre des filles.
Elle piégea une bande d’hommes armés commandé par Ctirad, un jeune noble farouche ayant provoqué de lourdes pertes, en s’attachant elle-même à un arbre et affirmant que les femmes rebelles mise, déposant un cor et une cruche d’hydromel hors de portée pourla narguer. Ctirad croit à son histoire et sa détache de l’arbre. Une fois libérée, elle verse l’hydromel aux hommes en cadeau de remerciement. Les hommes ne soupçonnent pas que Šárka avait mis un somnifère dans l’hydromel. Quand ils sont tous endormis, Šárka sonne du cor pour prévenir les rebelles de sortir de leurs cachettes et de la rejoindre dans l’abattage des hommes.
Les dernières batailles: Vyšehrad et Děvín
Tout cela se terminera par la mort de la plupart d’entre elles, massacrées par l’armée de Přemysl.

Il ressort que Přemysl ait voulu tenter de marcher sur Děvín après l’affaire Ctirad, mais rencontra de fortes résistances sur le trajet et rebroussa chemin, non sans avoir tué de nombreuses guerrières et en ayant capturé certaines. De là, Vlasta aurait voulu faire une contre-attaque contre lui à Vyšehrad.
Lors de la bataille qui eut lieu avant qu’elle arrive sur la ville, elle se serait retrouvée isolée et surpassée par le nombre, elle fut tuée. Leur meneuse morte, le reste de l’armée aurait essayé de se rabattre sur Děvín. Un certains nombre furent tuées sur le trajet, et celles qui purent arriver à la forteresse furent massacrées lors de la prise de celle-ci.
Přemysl, vainqueur, fit raser la forteresse de Děvín pour ne plus laisser de traces et de base à une nouvelle rébellion.
The Pagan Queen (2009)
Production par le réalisateur allemand Constantin Werner, il reprend l’histoire en prenant pour lui l’hypothèse d’un changement d’un matriarcat à un patriarcat. Les aspects occultes sont mis en avant aussi.
Bon, si la première heure n’est pas mal du tout, le film dérape totalement dans la seconde partie.
Vlasta devient une hystérique psychopathe misandre. 8 ans de guerres sont résumé en un truc qui tiendrait en moins d’une semaine; son point de départ en est d’ailleurs faux, Libuše est bien vivante au moment de la mort de Vlasta, le massacre de son armée n’a d’ailleurs même pas lieu… La fin est en queue de poisson.

J’ai pu lire qu’il avait reçu un très mauvais accueil en Tchéquie.

Dans l’ensemble, il n’est pas si mal, même la fin dérape, mais il n’est pas inoubliable.
Si parfois des éléments d’ambiance font penser à « Les Brumes d’Avalon », il n’en a pas son envergure.
Diverses fioritures sont en trop, comme le côté extrême de Vlasta ou la liaison que le scénariste lui met avec Přemysl (ce qui serait censé expliquer son glissement psychologique?).
A voir, sans plus.
La Guerre des Filles
En 1981, Christiane Singer sort « La Guerre des Filles » inspiré de cette histoire.
Je ne l’ai pas lu, je le signale à titre indicatif. Si quelqu’un l’a lu, vous pouvez donner votre appréciation dans les commentaires.
Fantasmes et partialité dans les sources
Les premiers écrits concernant cette histoire datent du 12e siècle avec les écrits de Cosmas de Prague, un ecclésiastique.
Quatre siècles après, un ecclésiastique racontant une histoire se passant à l’époque païenne… Il y a déjà de quoi avoir de la déformation et une vision partiale…
Il est même amusant de savoir qu’il y a des problèmes de cohérence avec un manuscrit plus ancien, « la légende chrétienne » (Kristiánova legenda), décrivant la christianisation du pays.

Là où l’idéologie en devient risible…
Ainsi, Alois Jirásek (Staré pověsti české – Légendes de l’ancienne Bohême – 1894) conclut sa chronique sur la Dívčí válka:
« L’ordre et la justice ont été à nouveau établis, comme il y avait avant, et le prince Přemysl régna seul, sans opposition des femmes. »
Ayant raconté au début qu’il tient son pouvoir uniquement de son mariage avec Libuše qui régnait seule avant, sortant à peine d’un carnage, c’est sûr que l’ordre et la justice sont rétablis… …surtout si on considère qu’il ait été un oppresseur…
On notera au passage une certaine apologie patriarchiste…

On trouve aussi chez certains auteurs qu’il y ait eu une relation sapphique entre Libuše et Vlasta. Peut-être, mais dans les faits, rien ne l’indique dans les sources historiques.
En fait, cela doit simplement venir du fait que Vlata soit parfois appelée l’amazone de Bohême, on va dire par effet poétique. De là, il n’y avait qu’un pas à en rajouter par rapport à l’imagerie des amazones, imaginées comme tribades (Ce qui ne repose d’ailleurs sur rien d’historique, les amazones étant simplement des guerrières scythes sauromates.).
Parce que c’est connu, toutes les femmes guerrières sont tribades (tout comme sûrement tous les guerriers sont homos aussi…) et tous les généraux ont des rapports homosexuels avec leurs rois…

Concernant les lois établies par Vlasta, il est amusant de voir qu’elle seraient connues par des personnes extérieures, qui plus est prenant parti pour ses ennemis. Si on ajoute à ça qu’elle ont été massacrées, pas facile d’établir ce genre d’informations…
On est donc plutôt sur ce sujet d’une point de vue propagande. Idem pour sa « cruauté », il est logique d’avoir un tableau noirci pour donner plus d’honneurs au vainqueur.
Cela dit, en considérant qu’elle était à la tête d’une armée féminine, qu’elle est en rébellion, que l’armée en face est exclusivement masculine, il serait logique stratégiquement de considérer pour des raisons de sécurité qu’un homme armé est un potentiel ennemis infiltré et qu’un homme à cheval un observateur avancé. Même si rien n’est prouvé, ça aurait une certaine cohérence, tout comme l’inverse dans l’autre camp.
Différence de considération patriarcat-matriarcat sur ce cas
Il y a quand même un truc amusant, un réflexe culturel:
Si on regarde bien, la considération des deux opposants Vlasta et Přemysl n’est pas du tout la même, alors que sur le fond… Il y a juste inversion entre les sexes de dire qui s’occupe de la guerre, qui dirige et qui assiste.
Pourtant, la perception donnée n’est pas du tout la même comme le montre la citation de Alois Jirásek plus haut.

Avec les évolution de société, Vlasta passe d’abord très négativement, surtout avec la christianisation, puis plus récemment devient une héroïne d’un point de vue féministe du fait de s’oppose au patriarcat et des loi arbitrairement oppressive pour les femmes.
Aussi, si je devais les départager, l’histoire précédente montrant qu’il y avait des dirigeants hommes, je me baserais que la culture devait être assez égalitariste jusqu’à Libuše et que le déséquilibre est arrivé avec Přemysl. De là, la réaction de Vlasta ne se fait qu’en réaction et comme marqué plus haut a une certaine cohérence stratégique.
De même à considérer qu’il y avait des lois concernant les hommes sur ses domaines, c’est qu’il devait bien y an voir. Puisse qu’elle est donnée par ses ennemis comme tuant ses prisonniers de guerre, le noircissement de sa personne devient donc à ce niveau paradoxal, sauf si ceux-ci l’ont ralliée volontairement, la préférant à Přemysl… Ce qui la positionnerait comme non une héroïne matriarcale, mais bien une protectrice du peuple tout court, comme dans sa charge initiale.
Héroïne tout court donc.
La note de fin
Je m’amuse à voir comment l’imagination de certain(e)s s’emballe sur le sujet pendant les petites recherches que j’ai fait sur le sujet.
Ce qui est le plus amusant est de voir que les gens s’attachent plus aux versions romancées ou librement interprétées plutôt que les éléments de la légende initiale.
Parce qu’encore une fois, on est au temps des ducs légendaires de Bohême…

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2 commentaires »

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  1. salut ! je me permets en tant qu’auteur de te signaler un roman de S-F qui reprend certaines parties et personnages de l’histoire de Vlasta. J’en suis l’auteur : si ça tebranche le texte est disponible sur le net en tapant Solar Ranks. Voilà, cela fait plaisir de voir une personne s’intéresser à ces questions que beaucoup tiennent fort à laisser sous le boisseau ou aux mains de grands délirants plutot inintéressants ! Amicalement Olivier Volf. Je suis joignable sur le mail = ziliona@live.fr Bon vent

  2. Merci du partage de vos recherches et remarques sur le sujet. Il est très difficile d avoir des infos sur un sujet aussi confidentiel. Un manga est paru sur La guerre des filles (Divci Valka – la guerre des pucelles de Kouichi Ohnishi aux éditions komikku) et j’ai eu grande peine à trouver les sources d inspiration de l’auteur pourtant japonais!


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