Nos si humaines lois « divines »

3 septembre 2010 à 22:30 | Publié dans Circé, Penthésilée | Un commentaire
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Au départ de cet article, il y a la lecture du blog d’un ami et le début de la rédaction d’un commentaire:
1 – 1 = 0 ; 3 000 + 999 999 = 1
Mais me voyant si créatrice, j’ai décidé d’en faire plutôt un article en soi. Le lire vous permettrait de mieux comprendre le contexte.

L’article de départ

(Si vous l’avez lu, pas la peine de lire ce paragraphe)
Il aborde les aspects dominateurs dans les religions monothéistes et leur nature à se vouloir universelles, uniques, considérant toutes les autres approches religieuses comme fausses et impies. Par voie de conséquences, ça les pose en tant que rivales entre elles et toute autre forme de spiritualité.
De là, l’article part sur une comparaison avec les approches polythéistes et sur les différences que cela apporte dans l’organisation sociale humaine.
Sérieusement vous ne voulez pas le lire? C’est intéressant et vous permettrait de mieux comprendre le point de départ de ma réflexion.

Mon « commentaire »

Cependant, ce n’est pas le fait que ce soit un monothéisme ou les préceptes divins qui posent le vrai problème, ce sont plutôt des garants /gardiens /défenseurs /zélateurs de la foi qui le sont. Le fait de cette unicité divine ne fait que poser les dispositions à ne pas supporter la diversité et l’alternative, mais n’est pas suffisante en soi, il faut la complicité humaine que constituent les clergés et leur soif de pouvoir.
Ne nous y trompons pas, leurs principaux objectifs restent bassement humaines, et comme il est si simple pour eux de procéder à une usurpation divine, ils ne s’en gênent pas.

Il faut vraiment être un simplet pour croire qu’un livre saint puisse contenir les paroles d’un dieu. Un patriarche ancien, un prophète, même un messie, ne sont au final que des humains, même inspirés par un dieu, ils n’en restent pas moins des humains avec une culture dans laquelle ils ont grandi, des schémas culturels, etc….
Toujours pour parler de ces prophètes, si ils étaient si divins, ils seraient encore en vie, supportés par leur dieu et garants que cette volonté divine ne soit pas dévoyée. Leur si grande sagesse ou la si grande sagesse de leur dieu aurait permis de voir les détournements consécutifs et n’auraient pas laissé faire.
Il est amusant aussi de constater que la plupart des textes sacrés ont été rédigés longtemps après la mort des ces prophètes, alors que même les témoins de ses actes et même l’ensemble de ses compagnons et témoins d’époque ont été rattrapés par la mort.
Dès le départ, tout ça nage dans une hypocrisie crasse, clergés en tête!

De l’origine des lois

Dans les religions païennes et dans l’hellénisme en particulier, les ‘commandements divins’ sur les mortels sont plus que rares et même leur authenticité est suspecte.
Par exemple, ce ne sont pas les hommes qui sont interdits d’avoir le feu, mais les immortels sont interdits de leur donner et ce sera Prométhée qui paiera les pots cassés.
Si les immortels ont un grief sur un mortel ou un comportement, ils règlent le problème eux mêmes; ils ne laissent pas des lois directement aux humains, et surtout pas la consigne d’en faire appliquer en leur nom.
Aussi, l’ensemble des lois dans le monde hellénique sont des lois humaines, même celles concernant l’asébeia (absence de piété), la dyssébeia (manquement à la piété) ou l’hybris (excès). C’est d’ailleurs pour asébeia que fut condamné à mort Socrate, mais il s’agissait de lois humaines liées au respect des règles du culte au sein d’Athènes. Même si à Sparte, la Grande Rhêtra (lois constitutionnelles de Sparte) fut validée par l’oracle d’Apollon à Delphes, ce fut bien Lycurgue qui la rédigea; de même, elle pouvait changer, ce n’était que pour les temps à venir qu’elle était validée, pas ad vitam eternam, elle pouvait à tout moment être invalidée ou modifiée, avec ou sans oracle.
On retrouve ça aussi dans le fait qu’aucun ouvrage ne soit considéré comme sacré ou saint, ce ne sont que des productions de mortels, exprimant leur compréhension du Sacré ou du Divin.

L’inconvénient d’une loi marquée dans un texte sacré, c’est justement qu’elle y soit, même si elle n’est plus adéquate, qu’elle devienne stupide par rapport à la réalité de la société ou du monde du moment, elle reste là. On ne peut toucher à un livre saint, le réécrire, le corriger, au mieux, le clergé peut décider unilatéralement qu’ils ont eu l’illumination divine qu’il n’y avait plus à obéir à un point précis… Et là encore, on s’aperçoit que leurs illuminations sont très orientées…
Une fois de plus je l’écris, hypocrisie ! On trouvera donc des intransigeances sur certains sujets, mais des abrogations sur le fait de tenir d’autres choses.

Pour prendre par exemple le cas du Lévitique, le christianisme à ‘oublié’ les passages concernant l’abomination que constitue la consommation du porc, du lièvre, de ce qui vient de l’eau et n’a pas d’écailles (comme les poulpes, les fruits de mer, etc…), oubliées aussi les obligations liées au fait de côtoyer des femmes quand elles ont leurs règles, mais par contre, concernant l’homosexualité, ça il n’y a qu’à voir les positions actuelles du Vatican ou de nombre d’églises évangélistes pour voir que ça n’a changé, de même que les rabbins n’ont pas envie de sacrifier à longueur de temps des animaux pour purifier des femmes, tout comme étrangement, sont oubliées les interdictions d’imperfections physiques chez les prêtres… Hypocrisie !
Hypocrisie encore dans le bouddhisme avec le statut de la femme, étrangement, il est différent pour celles qui sont de pays où le bouddhisme est une religion culturellement implantée et les nouvelles converties occidentales qui ne sont pas tenues/confrontées aux mêmes humiliations…

Toujours a chapitre ‘origines de ces lois’, on s’aperçoit aussi que l’ensemble des prophètes sont des hommes, et étrangement, dans ces recueils de lois divines, le statut de la femme est bien piètre. Déjà, c’est à peine si les prophètes s’adressent à elles (leur dieu ne daigne même pas le faire…) en dehors du fait de rester soumises à leur père ou leur époux. Quant à leur accès aux fonctions cléricales, il ne faut pas plaisanter avec ça, elles pourraient les aménager de manière à modérer le patriarcat, ça serait un crime de lèse-clergé!

Même si on prend une cité clairement misogyne comme Athènes, où l’éducation des filles ne consistaient qu’à être des animaux responsables du bien-être de l’homme, où elles étaient mariées à 15 ans, il s’agissait de lois de la cité, pas de lois divines. On y aurait, de même, pas apprécié un prophète s’arrogeant le droit divin de s’envoyer en l’air avec sa épouse âgée de 9 ans…

Pour ce qui est du patriarchisme divin, OK, l’atonisme fait peut-être exception, car Aton n’est pas affecté à un sexe particulier, mais cela reste une exception liée à ce détail.
Bien que je m’éloigne un peu du sujet, une autre exception est cette dérive récente de la wicca qui a tourné au monothéisme féminin. Outre son non-sens d’un point de vue de ses bases historiques et culturelles, on y retrouve ces principes de ne pouvoir supporter la diversité, même si cela prêtant comprendre la multitude des cultures. Etrangement, on y retrouve aussi cette prétention universelle décrite dans l’article, et la tolérance des autres approches religieuses y est toute aussi nulle, comme le montre l’incident que j’ai rapporté dans « Quand les cruchopaïennes insultent les déesses et les païennes… », en voulant rendre leur tambouille universelle en incorporant toutes les cultures, elles en sont arrivé à devenir méprisantes pour chacune. La supercherie suprémaciste divine n’est donc pas une exclusivité masculine.

De la volonté divine

Il y a une énorme différence entre chercher les auspices pour une loi et s’arroger le droit d’émettre une loi sous prétexte de volonté divine.

D’abord, comme déjà écrit, les auspices ne sont valables que pour les temps qui suivent, la situation peut changer et si des auspices étaient fait sur une proposition divergente, mais plus adaptée, ils pourraient être positifs à ce changement. De même, des auspices sont interprétés et peuvent être sujets à mauvaise interprétation.

Pour reprendre l’illustration du devin Calchas que j’avais déjà abordé sur mon article sur Artémis, sa compréhension de base est juste, mais la compréhension de la réelle volonté divine est fausse.
En gros, pour ce qui ne connaissent pas ce passage de l’Iliade, la flotte grecque est bloquée par des tempêtes et ne peut appareiller pour aller guerroyer contre Troie. Le devin Calchas détermine qu’Artémis est à l’origine de ces tempêtes, car le roi Agamemnon l’a offensée en prétendant être meilleur chasseur qu’elle. Pour libérer la flotte grecque, il doit lui offrir en sacrifice sa fille Iphigénie. Après bien des magouilles pour faire venir Iphigénie à l’autel de sacrifice, au moment de la sacrifier, Artémis intervient pour la sauver et l’emmène dans un de ses temples où elle sera prêtresse.
Artémis voulait qu’Agamemnon lui sacrifie bien sa fille effectivement, pas comme victime sanglante, mais comme un don expiatoire. Iphigénie y gagne même dans l’affaire. Calchas (qui aura d’autres mauvaises interprétations) a comprit certains aspects de la volonté d’Artémis, mais pas la réelle nature de celle-ci, ni le but profond.

Si même avec la considération du cadre oraculaire, il y a des incertitudes sur la volonté divine, qu’est ce que c’est quand on ne prend pas en compte ce paramètre…

Mais revenons un peu sur la définition de savoir ce qu’est un dieu… Globalement, on retrouve globale qu’il s’agit d’une entité supérieure aux humains. Alors comment un humain pourrait il comprendre ce que pourrait être la volonté d’un dieu? Il est déjà difficile de se comprendre entre humain, mais comment comprendre avec certitude la volonté d’un être qui nous est différent, qui plus est supérieur?

De même, si on regarde les siècles d’évolution de l’Humanité, comment peut on croire qu’un être supérieur puisse ne pas vouloir changer dans sa volonté pour que celle-ci prenne de nouvelles direction vers de nouvelles évolutions. Accepter une telle chose reviendrait à dire que l’Humanité a des siècles, voire des millénaires d’avance sur dieu!!! C’est dément.
Là encore, les religions souples, s’adaptant dans leur compréhension du Divin sont moins sujettes à une telle absurdité, leurs adeptes s’adaptent et s’actualisent en permanence, ils ne sont pas bloqués par des lois divines, leurs lois sociales étant humaines.

Il y a même des moment où la supercherie devient ridicule.
L’illustration flagrante est quand on regarde sur les loi concernant les codes vestimentaires féminins, il n’y a pas 36 solutions, il y a juste une alternative obligatoire:

  • Soit on a un dieu suffisamment futile pour s’intéresser de près à la mode vestimentaire féminine
  • Soit il y a une usurpation de la volonté divine avec dessein d’émetteurs humains de ces lois

D’après vous quelle proposition est la plus crédible?

Au bout du compte, on peut légitimement se demander les réelles motivations à vouloir croire en ces règles.
Elles peuvent être multiples.
En voilà quelques unes: la peur superstitieuse, la volonté de garder une position avantageuse par ‘droit divin’, le manque de moyens de réflexion, l’absence d’autres références pour comparaison, le conditionnement dès le plus jeune âge à accepter leur aspect divin, la peur de perdre un certain confort intellectuel qu’elles apportent, la peur de transgresser le modèle social, la stupidité, etc…. la liste est longue…

Suprémacisme

Au bout du compte, ce n’est pas tant qu’une religion soit monothéiste ou polythéiste, d’un livre ou païenne qui compte, mais c’est la manière dont elle se place dans la société humaine.
Ces variantes peuvent effectivement prédisposer certains comportements humains vis à vis d’elles ou peuvent être des conséquences de l’exploitation que veulent en faire une minorité dominatrice.

Cependant, cela peut représenter un besoin pour un clergé dominant détenteur de la vérité divine absolue. On peut même en comprendre quelques rouages et certaines dominations trouvent leurs explications.

Un des premier point est de considérer que ces fameuses lois divines sont indispensables pour ce genre de clergé exclusif à divinité unique et exclusive. Pour faire un parallèle législatif, elle définissent un contexte constitutionnel pour les lois humaines. Cet ensemble constitutionnel a pour vocation de maintenir cette position dominante du clergé sur l’ensemble de la société. Le fait que les lois humaines ne puissent en sortir sous peine d’accusation d’hérésie pour ceux qui oseraient les promulguer, maintient tout le système.
On remarquera que cela est aussi imposé comme correspondant à une forme de morale/moralité afin de condamner socialement ceux qui ne les respecteraient pas. Il est immoral d’être une femme indépendante, homosexuel(le), païen, athée, d’une autre religion, insoumis au clergé, de ne pas défendre le clergé et les prophètes, etc. …
On me répondra que c’est la même chose dans d’autres sociétés, à un détail près, encore une fois, ce n’est pas sous caution divine, mais humaine. C’est une énorme différence, car cela permet une libéralisation ou une restriction selon les évolution de la civilisation, ainsi, dans nos société occidentales, les évolutions des droits des femmes, des lgbt, la liberté de conscience n’ont pas provoqué la destruction de l’Europe avec un dieu descendant de son nuage pour tous nous transformer en statues de sel.
Et tant qu’à faire, ces lois divines constitutionnelles sont même données pour être des lois naturelles (voir Argument de naturalité / contre-naturalité), histoire de ne pas être contestées. Elles sont d’ailleurs si naturelles que l’histoire nous montre que lors de la diffusion de ces religions, ces lois ont dû être imposées par la guerre, les conversions forcées et l’oppression des peuples qui ne les connaissaient pas.

Mais pour arriver à imposer ces énormités de lois divines, il faut un conditionnement.
Là encore, l’histoire le montre bien, quand il commence à y avoir une faille, comme lors de la révolution française, ce genre de systèmes craque progressivement, car l’unicité divine ne s’impose plus à l’ensemble de la société et les idées de liberté se diffusent. Des reprises en main violentes peuvent avoir lieu à ces moments, comme on peut le voir actuellement en Iran.

Alors du côté du conditionnement…

On va dire que j’y reviens toujours, mais un maillon clé se trouve dans… …les femmes !
Pour qu’un patriarcat se maintienne tranquillement, il faut que celles-ci soient soumises, mais ce n’est pas suffisant, il faut qu’elles soient non seulement actrice de cette soumission, mais facteur de transmission de celle-ci. Cela ne concerne pas uniquement du conditionnement des filles, futures femmes à être soumises, elles doivent aussi conditionner les garçons.
Dans un modèle patriarcal fort, en tant qu’animaux domestiques par définition, elles ont en charge de s’occuper des enfants. Ce sont donc les premières actrices à apporter les bases de soumission et à devoir limiter les enfants dans leurs possibilités. Sans leur participation, les codes sociaux arbitraires ne pourraient se perpétuer correctement, mais surtout la reconnaissance de l’autorité divine serait moins imprégnée.
Là, il aussi à remarquer que dans tous les systèmes patriarcaux, l’éducation des femmes est limitée et sous extrême contrôle, il ne s’agirait pas qu’elles en viennent à réfléchir et s’apercevoir de la réalité du contexte dans lequel elles sont et le contestent.
On retrouve donc les schémas ‘traditionnels’ imposés aux femmes qui en plus de devoir être pour leurs maris de bonnes esclaves épouses, doivent être de bonnes mères respectant certains critères de transmission de ces valeurs. Le vice de ces schémas allant jusqu’à la culpabilisation de l’échec et la glorification dans la réussite de l’application de ses méthodes totalitaires. Une épouse soumise et ayant bien éduqué ses enfants est respectable, alors qu’une qui tiendrait tête ou ait transmis des idées perverses serait une dépravée.

L’autre maillon se situe sur les grands dirigeants.
Eux aussi doivent se porter comme élément de transition entre le clergé et les profanes, servir de bras armé et garde-chiourme.
L’utilité est multiple. Machiavel y aurait vu un dégagement en cas de désapprobation par le bas. Si le peuple n’est pas content, il reprochera ça aux dirigeants pas aux religieux. C’est pour cette raison qu’il est important que le pouvoir temporel soit ‘de droit divin’ pour la caution religieuse, mais pas ‘divin’ car le clergé se le réserve et peut se désengager en cas de soucis avec un dirigeant.
Leur principal rôle est de respecter cette constitution divine dans l’établissement des lois humaines. Ceux qui ne respecteraient pas les lois temporelles en accord avec les divines se trouverait donc en position d’opposition au pouvoir temporel en même temps qu’au clergé, ce sera donc les dirigeants qui s’occuperont de remettre de l’ordre et réguler la situation, sans que le clergé n’ai à faire quoi que ce soit à part souffler à l’oreille du dirigeant.
Il n’y a qu’à voir ce qu’il s’est passé lors des guerres de religions qui ont déchiré l’Europe, mais aussi toutes les interventions cléricales lors des évolutions de société pour sortir de la constitution divine.

C’est évident, mais tout cela impose donc une structure très hiérarchisée dans les relations humaines et des relations de pouvoir dominant-dominé naturellement divine selon la hiérarchie:

  • le clergé /le pouvoir religieux
  • les dirigeants temporels
  • les hommes
  • les femmes

Toute variation est hérétique.

Dans les faits, on retrouve ça dans le judaïsme, le christianisme, l’islam et le bouddhisme.

Là, on pourrait me dire qu’on le retrouve dans d’autres contextes, mais ce n’est pas sous caution religieuse, uniquement humaine. Comme la variation ne serait pas une hérésie, celle-ci est possible et les évolutions sociétales sont possibles.

Je ne résiste pas à citer un dicton tibétain illustrant la chose pour terminer:

Si tu veux un maître, fais de ton fils un moine.
Si tu veux une servante, fais de ta fille une nonne.
Ma conclusion

Nom d’un chien, qu’est ce qu’on est mieux dans un état laïc !
Ce n’est pas encore tout à fait au point et on s’empêtre encore avec certains passifs hérités du temps où ce n’était pas le cas, mais il faut aller jusqu’au bout et ramener définitivement la religion dans la sphère privée et hors de la cité pour le bien public.

– Envoyez vos commentaires –

Un commentaire »

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  1. Hey! enfin ma réponse!

    D’ailleurs, je ne vois pas tant ça comme une réponse que comme un prolongement de mon article. Un prolongement qui me fait bien plaisir car, non seulement il tisse ses liens avec ma pensée, mais en plus il m’ouvre de nouvelles perspectives d’observation…

    Pour ma part, les distinctions entre le religieux et le profane, les lois humaines et les lois divines, la sphère publique et la sphère privée sont un cadre essentiel, trop peu évident hélas, et tu l’as admirablement rappelé.
    Je ne me permettrais que de critiquer – bien légèrement et pour chipoter – la façon dont tu exprimes ton explication historique, essentielle puisque tu ancres ton discours dans une histoire. A te lire on croirait que tu fais un parallèle entre le principe de laïcité et le fonctionnement du pouvoir et de la loi dans les sociétés antiques. Or, ce serait gravement anachronique et même si je sais que ce n’est pas ce que tu voulais dire, on croirait que les Anciens avaient conscience que les lois divines et les lois humaines étaient deux choses clairement distinctes. Il est vrai que, si on ne peut parler de fonctionnement laïc, on ne peut pas non plus complètement parler d’un fonctionnement entièrement divin, plutôt d’une recherche de caution divine. Mais cette idée d’une caution divine apportée à telle ou telle loi, tel ou tel principe social ou moral a vite évolué vers l’approche d’un divin obligatoirement régulateur et moralisateur. La philosophie, dès les VI et Ve siècles av. l’ère commune, a exprimé une théologie de la morale. Déjà chez Homère on repère un divin qui fixe une ébauche de morale et de règles sociales. C’est sur cette base que le christianisme pourra s’implanter, quand elle sera devenu principe général sous l’empire romain. Et le fait est que c’est par le biais de la religion individuelle, privée, que le principe de la morale d’origine divine s’impose aux hommes. Dans le système du culte public, la séparation prométhéenne, sur laquelle on ne revient jamais assez, implique au contraire cette conscience d’une distinction entre le sacré et le profane, entre les lois humaines (certes parfois cautionnées par l’oracle) et les lois divines. En fait, on observe plus sûrement que le divin est immanent au monde mais que dans la partie qui revient aux hommes, le profane, ce sont les fils de Deucalion qui gèrent, tandis que dans le sacré, c’est-à-dire l’espace sanctuarisé, où se fait la rencontre entre l’humain et le divin, ce sont les dieux qui établissent leurs lois et ce… par le biais des prêtres! Les oracles, d’ailleurs, ne se préoccupent généralement que des règles rituelles. Les inscriptions qui témoignent d’une justice divines montrent que les dieux punissent celui qui a « profané », fauté rituellement. Il n’y a pas de châtiment divin pour celle qui aurait été adultère, elle sera jugée par les hommes. En revanche, il y a châtiment divin si la relation sexuelle – quelle qu’elle soit – est consommée dans l’enceinte sacrée du temple, puisque cela est impur et heurte le dieu.

    Il y a un gros travail à faire autour de cette idée de séparation prométhéenne, de morale divine appliquée via le privé et de justice divine via le sacré public. Cela permettrait de repenser la conception du rapport hommes-dieux de nos jours et cette idée « loi » ou de « justice ». Un travail, tu t’en doutes, que j’ai déjà commencé… dans la sphère privée 😉


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