Retrouvé par hasard dans mes brouillons…

7 mai 2010 à 09:43 | Publié dans Circé, Penthésilée | 3 commentaires
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Je viens de retrouver dans mes divers brouillons celui d’un message que j’avais écrit à l’équipe de modération d’un forum lié au « paganisme féminin », suite au clash qui est à l’origine de mon article:
Quand les cruchopaïennes insultent les déesses et les païennes…

Visiblement, ce message n’a guère dû plaire, puisse que je me faisais bannir très rapidement derrière, sans avoir de réponse, mais je m’attendais potentiellement à cette réaction.

Je reconnais que ce que j’y évoque a de quoi être dérangeant par rapport à leur approche.
Pourtant, en le relisant, je me dis que j’y avais écrit des choses assez intéressantes qui pourraient avoir leur intérêt, ne serait ce que par les questions que je soulève.

Je vous le livre donc comme ça, il y a justes quelques petites corrections orthographiques ou de grammaire.

Salut

Bon, voilà, je prends un peu plus mon temps pour expliquer un phénomène que je trouve quand même assez étrange en rapport à certains contextes liés au « paganisme au féminin ». Comme déjà dit avant, une certaine objectivité est indispensable pour comprendre où je veux en venir.

Je fréquente diverses mouvances féminines pour diverses raisons, tant d’un point de vue privé qu’associatif ou autres, et je ne retrouve que dans dans le contexte païen féminin hors traditions natives cette perception si conventionnée de la féminité avec parfois des tendances rétrogrades voire caricaturales.
Je m’explique…
Par « conventionnée », j’entends cet usage quasi-omniprésent de la notion d’archétypes, de facettes et autres notions similaires.
Tout cela n’a aucun rapport avec la spiritualité ou la religiosité.

J’ai déjà entretenu des contacts irl et relations parfois assez profondes avec des chrétiennes, des musulmanes, des païennes de diverses voies « natives », des dianiques, des bouddhistes, etc…., jamais je n’ai retrouvé un tel formalisme dans la perception féminine.
Où est le naturel? Où est le personnel? Où est l’aspect initiatique?
Les archétypes et autres, ça n’a aucun rapport avec la spiritualité, c’est purement du domaine de la psychanalyse.

C’est donc bien là que ce situe le problème.

De mon côté, je suis parfaitement à l’aise dans ma féminité et dans sa modernité, dans les contextes dans lesquels j’évolue, la féminité, même si elle est perçue de manières diverses culturellement parlant est aussi assurée et tend à une certaine modernité, même si quelques archaïsmes culturels persistent, même dans mon cas, je suis prête à le reconnaitre. De toutes religions et cultures, de tous âges, ces femmes ne doutent pas d’être des femmes, même la plus masculinisée des lesbiennes, après ça tourne aux trans FtM qui sont affirmés dans leurs aspirations masculines.
Nulle part ailleurs je n’ai rencontré des phrases du type « Je n’avais pas conscience d’être une femme avant de rencontrer la déesse. » ou « La déesse m’a permis de faire la paix avec ma femme intérieure. ».
Qu’on tourne le problème dans tous les sens, ce n’est pas de la spiritualité, mais bien de la psychanalyse.
Aussi, je considère à ce niveau qu’il y a une grave confusion de sujets.

Mais dire que ça tient de la psychanalyse n’est pas suffisant pour expliquer le phénomène.
C’est même réducteur, et surtout n’explique pas tout.
Qu’il y ait initialement une aspiration spirituelle, je veux bien le croire, mais celle-ci se pert dans les méandres d’autres éléments, dont la psychanalyse.
Je pense qu’un aspect important se situe au niveau sociologique. La place de la Femme a très vite évolué dans la société, son émancipation cascadante depuis la fin de la seconde guerre mondiale a bouleversé les schémas sociétaux traditionnels et il est compréhensible que certaines aient du mal à se situer et aient besoin de trouver de nouvelles références.
Je constate exactement le même phénomène avec des migrantes. Certaines arrivent dans un contexte qui leur offre une liberté qui les dépasse et qui leur fait peur, elles se retrouvent à devoir faire face à des problèmes que la sécurité d’un chemin tout tracé pour elles par d’autres leur occultait. Elles doivent être aidée à jouir de leur statut qu’elles ne comprennent pas toujours ou ne voient pas comment l’assumer. Certaines ne l’assument d’ailleurs pas et on en arrive à un repli communautaire.

Alors oui, je comprends que je puisse être perçue comme une de ces chieuses de féministes qui n’ont que faire d’archétypes dépassés et datant de plus d’un siècle, je suis même fière d’être quelque part héritière de celles qui ont chamboulé la place de la femme et oui, je me situe dans une démarche solidaire visant à permettre à des femmes d’assumer leur indépendance, tout comme je suis solidaire de celles qui luttent.
Effectivement, je peux être perçue comme une ennemie opposée aux « rôles traditionnels » si rassurants.

Et là, on commence à aborder un autre plan en remarquant que la figure de « la déesse » est une figure rassurante. C’est là où on en arrive à développer autour tout un ensemble de conventions pour étoffer cet effet rassurant. Des conventions, c’est construit, c’est rassurant…
A noter d’ailleurs que « la déesse » est passée de « représentante » de toutes les déesse à « englobante », ce qui n’est pas une dérive sans conséquences, mais ce n’est pas mon sujet ici, bien qu’à l’origine de la brouille.
Les dianiques avec lesquelles j’ai eu le plus de contacts n’étaient pas de première jeunesse, certaines avaient même été des actrices du changement du statut de la Femme, aussi, elles n’avaient que faire de tant de conventions, elles n’avaient que faire de prétentions universelles, elles assumaient tant leur féminité que leur foi sans décorum. Mais surtout il y avait une énorme différence, pour elles, « la déesse » représentait les autres déesses, elle ne les englobait pas, les mythes étaient intègres et la cohérence y était.
Ai je connu les derniers dinosaures dianiques qui n’avaient pas besoin de passer par le « prisme » de « la déesse » les mythes pour les comprendre, qui n’avaient pas besoin d’un contexte rassurant? Je ne le crois pas, car j’ai des contacts de ma génération qui n’en ont pas besoin non plus, sans parler de toutes celles de voies païennes natives qui n’ont pas non plus « la déesse ».

Mais ce contexte rassurant est il spirituel?
Clairement, non, il est psychologique et sociologique.

Autre élément allant dans ce sens que j’avais démonté, quand on place la croyance avant les divinités, ce n’est pas de la religiosité, juste des conventions sans foi qui consolident ce contexte rassurant.
C’est d’ailleurs à ce niveau que le clash a eu lieu, je n’ai pas « la déesse », ce contexte rassurant ne m’est pas nécessaire, cependant la construction de conventions est arrivé sur le champ de mes divinités et de ma foi.
Je comprend qu’on puisse me trouver agressive et être dérangeante quand je réagis à ce qui selon mes préceptes traditionnels est une insulte à mes divinités, car ce faisant, je remets en cause les conventions et le gentil petit cocon protecteur. Ce n’est pas un problème théologique sur vous, je n’ai jamais eu la moindre considération de « la déesse », ça m’est un concept extérieur et le restera, il en va de même avec la plupart des adeptes de traditions sans « la déesse », le clash vient donc des conventions qui ont débordé sur les domaines « natifs ».

Quelles perspectives donc?
Avant de se poser le problème des perspectives, il faut se poser la question des problématiques et des évolutions passées.
Pourquoi les dianiques « old fashion » et les païennes natives n’éprouvent elles moins ce besoin de sécurité dans leur voie et leur féminité?
Est ce vraiment ça ou prennent elles les choses de manière plus directe?
Qu’est ce qui serait à changer ou remettre au goût du jour?

Pour moi, il y a beaucoup de choses à revoir, et cela passe par les fondamentaux qui sont bien souvent oubliés au profit d’approximations ou de théories plus ou moins fumeuses qui n’ont rien de spirituelles. Toutes ces dérives ne font qu’éloigner de la nature humaine réelle.
C’est d’autant plus important que toutes celles qui sont perdues dans leur féminité en reprendront des bases plus solides et concrètes.

Personnellement, je pense qu’au lieu de se cacher derrière des conventions sécurisantes pour des femmes en recherche de leur affirmation, il vaudrait mieux commencer plutôt un travail d’affirmation. Ca marche avec de jeunes lesbiennes d’origine musulmane, je ne vois pas pourquoi ça ne pourrait pas le faire avec les aspirantes païennes hétérottes plus âgées pour lesquelles le problème est moindre.
Je sais, je dérange encore en écrivant ce genre de trucs, parce que je remets encore en cause l’approche générale. Mais mince, à un moment il faut arrêter de se regarder le nombril et vouloir préserver celles qui se rassurent dans des modèles rétrogrades pour que les païennes modernes soient des femmes fières comme l’étaient leurs Anciennes et comme le sont beaucoup de femmes modernes.
Pour cela il y a des pistes archiconnues, mais là encore cela nécessite de sabrer dans les conventions pour que la partie initiatique féminine organique reprenne sa place, séparée de l’approche spirituelle. Gamine, je n’ai pas eu besoin de religion pour me dire que j’étais une fille et ce sont mes règles qui m’ont annoncé que j’étais une femme, ce ne sont pas mes déesses qui m’apprendront quand je serai maman non plus.
Vous allez dire encore que mes propos sont brutaux, mais résoudre ses problèmes d’accord personnel dans « la déesse » ne résout rien. Ses problèmes sont à résoudre en soi, sinon ça vire à l’illusion ou à l’illumination. La mièvrerie n’a jamais apporté de solution non plus. Hors tout ce que je peux lire de toutes ces femmes, qui trouvent ne elle pas leurs solutions, est une souffrance réelle qui n’est ainsi qu’occultée, le fond reste.

En termes de perspectives, on peut aussi légitimement considérer que toutes ces conventions et futures conventions sont une nuisance pour leur affirmation en tant que femmes ou personnelle. Quand quelque chose n’a pas de réponse ou dérange, on occulte ou on développe une nouvelle convention palliative, mais une réflexion en profondeur n’est pas menée.
Par rapport à tous les contextes féminins que je fréquente et où il y a exception ici, c’est qu’ils se situent dans une logique d’ouverture et d’emprise avec le réel, là on a quoi, un système qui se développe pour répondre, pour donner des réponses qui n’apporte pas cette emprise avec le réel, mais bien un repli.
Le communautaire, quel qu’il soit, peut être positif s’il est facteur de soutien de ses membres, mais il peut être aussi facteur de repli pour ceux qui ne savent pas en gérer la limite. Une personne non affirmée tombera à coup sûr dans ce travers.

Mais indépendamment de tout ça, en sautant du coq à l’âne, c’est vrai qu’il y a aussi des choses que je ne supporte plus, le manque de compassion envers celles en souffrance par exemple ou encore les jugements hâtifs sans que la moindre réflexion consciencieuse n’ait eu lieu, le dénigrement de celles qui se sont battu ou qui se battent pour leurs droits et leur intégrité et tant de chose que j’en arrive à me poser des questions sur la conscience féminine de certaines.
Et on en revient encore et encore au même problème de fond.

Voilà, j’ai expliqué ce que j’avais à expliquer, faites en ce que vous en voulez parce que je sais d’avance que ça vous remet trop de choses en question. Vues les réponses que j’ai eu sur le forum, je sais aussi que vous n’êtes pas prêtes au changement d’angle que ça implique.
Dommage, c’est pourtant un sens de réflexion à mener pour apporter une réelle aide à certaines qui s’enlisent.

Roxane.

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3 commentaires »

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  1. Bonjour à toi,

    Je te félicite pour cet article. Je pense qu’il aidera certaines personnes à ouvrir leurs champs. Le phénomène m’inquiète beaucoup.
    Cela démontre encore un réel problème dans notre société, du côté des femmes, en manque de repères, en mauvaise compréhension, avec des dérives religieuses ou traditionnelles.

    Juste une suggestion il manque l’ajout des réseaux sociaux de rencontres réelles ou virtuelles sur les problèmes féminins, genre réunion de femme. Surtout pour celles qui n’ont pas de famille ou qui sont seules sans soutien.
    Bien sûr, hors cadre religieux ou tradition spirituelle, bref, des structures neutres profanes.

    Bisous, je te remercie,

    Sylvia (TitAnkhAset)

    Ps: En tant que femme, lire ce genre de chose me peine puis me met en colère pour ces ou cette fille(s)
    “Je n’avais pas conscience d’être une femme avant de rencontrer la déesse.” ou “La déesse m’a permis de faire la paix avec ma femme intérieure.”
    Réveillez vous bon sang!

  2. Et que penser de certains hommes qui jouent le même jeu, qui les confortent dans ce sens? Je ne sais pas pour les Cunningham et autres, mais certains païens d’aujourd’hui me paraissent valider ces concepts de féminité rétrogrades et de déesse englobante… quel est l’intérêt pour eux? Ont-ils besoin d’entretenir un archétype féminin pour se rassurer dans leur masculinité? A moins qu’ils regrettent de n’être des femmes…

  3. « il manque l’ajout des réseaux sociaux de rencontres réelles ou virtuelles sur les problèmes féminins »
    Bien m’dame, il faut que je pense à m’y atteler dans ma page de liens.

     

    Tes questions sont très intéressantes, Tom, mais je serais bien incapable d’y répondre.
    Comme tu le sais, autant je suis pour l’initiation féminine dans la logique de l’initiation de genre, que je le suis aussi pour la masculine. Mais là aussi, il faut que ça se fasse sans tomber dans des travers faciles et réducteurs.

     
     

    A vous deux vous m’avez donné une idée, mais bon, je ne dis rien pour le moment…


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